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L’exercice du pouvoir n’est pas un long fleuve tranquille. IBK, le président élu, se trouve depuis quelques jours brutalement confronté à cette implacable réalité. Le Mali vient en effet d’être le théâtre de plusieurs évènements préoccupants : actes de provocation du Mnla suivis d’affrontements et d’attentats à Kidal ; attaques terroristes à Tombouctou et descente musclée dimanche dernier de soldats lourdement armés au siège de l’ex Cnrdre. Devant la dégradation soudaine de la situation sécuritaire, le Président, qui était en visite en France au moment des faits, a dû écourter son séjour hexagonal pour rentrer d’urgence au pays.

Si ces évènements regrettables ont un mérite, c’est sans doute celui de rappeler une évidence : l’extrême complexité de la gestion des deux principales thématiques de la campagne électorale d’IBK et qui l’ont porté véritablement au pouvoir.

En effet, le rétablissement de l’ordre au Nord et le retour de l’Etat dans tous les secteurs d’activité répondent à une forte demande populaire dont le point d’orgue a été atteint au cours d’une Transition traumatisante marquée par l’impunité que se sont arrogée des groupes et milices armés tant au nord qu’au sud du pays. IBK, après avoir intelligemment surfé sur cette attente légitime des citoyens, et beaucoup promis, doit maintenant faire face à la complexité de la situation.
Pour relever les défis qui l’attendent sur ces dossiers et surtout pour ne pas décevoir, il devra, contrairement au ton péremptoire et aux simplismes qui ont caractérisé ses prises de positions et ses interventions antérieures, faire preuve d’une pédagogie toute différente. Ce qui demande un changement radical de discours et d’approche. En premier lieu, le Président et ses collaborateurs devraient restituer à ces problématiques leur complexité et prôner la patience pour leur résolution définitive.

Patience et temps

L’actuelle crise du Nord, qui combine les difficultés sécuritaires liées à l’occupation de cette partie du territoire national par des groupes jihadistes, et celles spécifiques posées par l’existence du Mnla et de ses revendications irrédentistes, ne peut s’expliquer par la seule carence des gouvernements qui se sont succédé à Bamako.
La résolution définitive de cette crise passe naturellement à la fois par la prise en compte de l’ensemble des acteurs et de tous les paramètres internes et externes. Ce qui demande, outre la volonté politique, de la patience et du temps. Il en est de même du rétablissement global de l’autorité de l’Etat, y compris la question particulière du retour de la discipline au sein des Forces armées et de sécurité.

En second lieu, le traitement efficace des problématiques sécuritaire et politique au Nord, et de celle du rétablissement de la discipline au sein de l’armée, commandent de mettre en avant une organisation nouvelle et une méthode différente, qui ne devront faire aucune place à l’improvisation. S’agissant de questions systémiques, qui appellent des réponses structurelles, l’accent devra davantage être mis sur les cadres d’action.
A titre d’illustration, la lutte contre le terrorisme devra être axée sur une réflexion et une organisation radicalement différentes pour la bonne et simple raison que le terrorisme est une réalité contre laquelle notre pays n’est pas spécialement préparé. La menace nouvelle que pose la présence de groupes jihadistes sur notre territoire appelle des réponses adaptées, notamment en termes de renseignement, de prévention et de capacité de riposte. En clair, elle exige une approche rigoureuse, accordant à la planification et à l’anticipation toute leur importance et permettant d’aboutir à une plus grande efficacité de l’action des services dont la mission est de prévenir et traiter les menaces sécuritaires.

Crise d’autorité dans l’armée

Quant aux récents évènements de Kati, ils ne sont que le prolongement de la crise d’autorité que connaît l’armée malienne depuis le déclenchement en 2012 du conflit au Nord et depuis le coup d’Etat. Ils confirment également la nécessité de mettre en œuvre une véritable politique de réforme de cette armée pour qu’elle ne renoue plus avec les démons qu’elle a récemment connus.
Les mêmes remarques pourraient d’ailleurs valoir pour d’autres chantiers jugés prioritaires depuis l’élection présidentielle. Pour atteindre l’efficacité souhaitée par exemple dans la lutte contre la corruption, également un de ses thèmes – phares, il faudrait que le Président s’oriente vers l’amélioration des dispositifs déjà en place et qu’il évite de se donner comme horizon le très court terme. Le volontarisme qui le caractérise et la conviction qui l’anime autorisent certes l’espoir, mais ils ne suffiront probablement pas à relever les défis qui attendent le Mali.

Birama FALL

Le Prétoire du 3 Octobre 2013