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Ce mercredi 04 septembre 2013, au cours d’une cérémonie chargée de symboles et hautement historique pour la nation malienne, Ibrahim Boubacar Keita a été investi dans ses fonctions de chef de l’Etat par la Cour suprême du Mali. Ainsi, IBK devient le troisième président élu de l’ère démocratique. A travers cette investiture, c’est une nouvelle ère qui s’ouvre pour le pays qui renoue ainsi avec une vie constitutionnelle normale. Mieux, le Mali signe son grand retour sur la scène internationale.

Personne, visiblement, n’a voulu se faire raconter cette cérémonie marathon qui a eu lieu au Centre international de conférence de Bamako qui, pour l’occasion, avait fait sa mue à la dimension de l’évènement. En effet, ils étaient tous là : les présidents des institutions de la République, les membres du gouvernement de transition, ceux de la Cour constitutionnelle, les représentants des missions diplomatiques et consulaires ainsi que ceux des organisations internationales, régionales et sous-régionales.

A ceux-ci, s’étaient joints presque toute la crème de l’élite politique malienne, notamment Soumaïla Cissé, candidat malheureux au second tour de la présidentielle, la haute hiérarchie des forces de défense et de sécurité, les leaders de la société civile et des confessions religieuses, les notabilités de Bamako et plusieurs autres personnalités.

Il importe d’insister sur la présence fortement remarquée et appréciée de l’ancien président de la République du Mali, le Général Moussa Traoré, qui faisait, de mémoire de Maliens, sa première sortie lors d’une cérémonie politique ou institutionnelle depuis son départ du pouvoir en mars 1991. Les grandes absences à cette cérémonie, et qui ont vraisemblablement suscité beaucoup d’interrogations, ce sont celles du néo Général Amadou Haya Sanogo, du premier chef de l’Etat de l’ère démocratique, Alpha Oumar Konaré.

Il était exactement 10H30 lorsque l’épouse du nouveau président de la République, Keita Aminata Maïga, a été accueillie dans une salle de mille places archicomble du Cicb, tant chacun a voulu être le témoin oculaire de cet instant solennel, chargé de symboles et d’émotions. A la suite de la première dame, les membres de la Cour suprême ont fait leur entrée, suivis du nouveau président de la magistrature suprême quelques minutes plus tard. Auparavant, IBK, accueilli à sa descente de voiture par le Premier ministre, Diango Cissoko, avait procédé à la revue des troupes et salué les membres des corps constitués.

Après l’ouverture de l’audience solennelle par le président de la Cour suprême, Nouhoum Tapily, le greffier en chef de cette institution a procédé à la lecture de l’arrêt de la Cour constitutionnelle qui a consacré la victoire d’Ibrahim Boubacar Keita au second tour de la présidentielle de 2013. Ensuite, le Procureur général près la Cour suprême, dans un laborieux réquisitoire, a d’abord eu une pensée pieuse envers tous les soldats du Mali et d’ailleurs qui sont tombés sur le champ de l’honneur ainsi que les victimes civiles des évènements du nord. Il s’est ensuite réjoui de la réussite de la transition malienne mais surtout de la bonne tenue de la présidentielle qu’il estime être la plus transparente et la plus démocratique que le Mali ait connue.

Cette victoire électorale est, selon le PG, celle du peuple martyr du Mali, du gouvernement de transition, des institutions ainsi que de tous ceux qui ont aidé notre pays à se tirer d’affaire. Il a ensuite dressé une longue liste des attentes du peuple malien. Attentes qui ont pour noms : la réconciliation nationale, la restauration de l’autorité de l’Etat et de la dignité du Mali, l’accès à des soins de santé efficaces, la refondation de l’école, l’avènement d’une agriculture moderne.

Toutefois, le Procureur général a rappelé que rien de cela ne pourra se réaliser si les actes ne sont pas posés sous le sceau de la bonne gouvernance, où le mérite sera le principe qui guide le choix des hommes. A sa suite, Ibrahim Boubacar Keita s’est soumis à la prestation de serment, conformément à l’article 37 de la Constitution, afin de recevoir ensuite, des mains du grand chancelier des ordres nationaux, les attributs tels que les insignes de la Dignité de Grand-croix.

Après l’exécution de l’hymne national, le désormais président de la République du Mali a prononcé un discours dont la portée se mesure à l’aune des défis qui l’attendent. Ainsi, après avoir exprimé sa reconnaissance à l’endroit des amis du Mali, la France en avant, pour la solidarité dont ils ont fait preuve à notre égard, IBK a félicité ceux qui ont eu la charge de conduire le bateau Mali sous la transition, particulièrement le Pr Dioncounda Traoré, président de la République par intérim.

Parlant de la dernière présidentielle, le chef de l’Etat a estimé qu’elle aura convaincu le monde entier de la grande maturité du peuple malien qui, dit-il, retrouve le chemin des urnes dès lors que celles-ci ont été débarrassées des embûches, malices et autres tripatouillages voire spoliation et mépris total de ses choix. A présent, le monde doit compter avec le Mali, «un Mali sur un socle de légitimité avérée, en acier trempé». Ainsi, il s’est engagé, grâce à cette confiance massive des Maliens, à faire de ce socle le départ du renouveau de notre pays dans tous les domaines. «La confiance, la très grande confiance placée en moi ne sera jamais galvaudée. Je veillerai désormais à sauvegarder notre peuple, en ses personnes et ses biens», a promis IBK.

La réconciliation nationale, pour lui, demeure la priorité la plus pressante. Ce, d’autant que le nouveau président de la République s’engage à rassembler tous les Maliens pour que triomphe enfin la justice et l’équité sans lesquelles il ne saurait avoir d’avenir viable pour le Mali.

Pour y parvenir, le chef de l’Etat entend redonner à l’Etat son autorité qui se conjuguera avec la lutte contre la corruption. «En tant que président de la République, je veillerai à la bonne gouvernance des deniers publics. Je mettrai en place les mécanismes appropriés pour assurer la transparence et l’efficacité de la dépense publique. Nul ne pourra s’enrichir de manière illicite sur le dos du peuple malien», a indiqué le premier magistrat du Mali. Mieux, il s’engage à bâtir un État fort, impartial, qui sera totalement dédié au service du bien-être moral et matériel de la nation malienne.

Bakary SOGODOGO

Le Prétoire du 05 Septembre 2013