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A vouloir chercher du rationnel dans une corbeille de subjectivité, l’on ne peut que se perdre ; tel semble être l’exercice auquel se livrent les Maliens depuis la formation du nouveau gouvernement. Cependant, ce penseur aurait dû inspirer le président de la République entrant mieux que les autres, lorsqu’il écrit : «Si l’humanité pouvait s’inspirer des faits de tous les jours, les hommes se seraient passés de faire des livres.»

Nul doute, que le peuple malien, par une mobilisation jamais égalée, a donné une nouvelle virginité à IBK, d’autant que ce peuple n’ignore pas un seul instant que l’Adema, l’URD et le RPM ne sont rien d’autres que des triplés conçus de l’éclatement du même ovule, avec des responsabilités partagées.
La victoire de IBK, à la présidentielle, est la résultante d’un vote sanction contre un système mafieux et crapuleux savamment tissé par les hommes politiques de notre pays depuis une vingtaine d’années.
Cette victoire, d’un peuple abusé et désabusé contre les errances politiques, ne devrait être galvaudée ni par un regroupement de partis politiques ou d’associations politiques, encore moins par le RPM, qui a peiné à assurer à son président une victoire aux dernières législatives.
Mieux, le Procureur général soulignait avec force, à l’intention du président de la République : «La société malienne, que je représente auprès de la plus haute juridiction de notre pays, réclame … la fin de la gestion patrimoniale de l’Etat … ».

Tous ces éléments devraient, au moment de la formation de l’équipe gouvernementale, conforter le président IBK et le conduire à ne pas prendre tant de liberté ; une liberté surtout ponctuée de contingences, amicale, fraternelle et parentale.
Avec la subjectivité avérée qui a dominé la formation du gouvernement, IBK pourra-t-il, à l’inverse de ses prédécesseurs, laisser le Mali dans un meilleur ?
A lui de faire l’effort nécessaire pour être au rendez vous de l’histoire, car le peuple pense, dès à présent, avoir été payé «en monnaie de singe», avec le retour en force d’anciens ministres, qui, dans un passé récent, ont démérité dans la conduite des affaires publiques.

«L’Inter de Bamako», qui soulignait, dans sa dernière parution, que des rapports de contrôle ont relevé des faits de malversations et/ou de détournements de fonds publics contre Soumeylou Boubèye Maïga, Moustapha Dicko, Bouaré Fily Sissoko, Sada Samaké et bien d’autres, produit une liste du procureur de la commune III dressant en 2004 l’ensemble des rapports transmis par la CASCA ayant fait l’objet d’une procédure judiciaire.
Dès lors IBK, peut-il valablement justifier le rappel aux affaires de tous ces anciens responsables contre lesquels un peuple, longtemps abusé, a opposé un vote juste et raisonné ? Sauf que de fixer les Maliens que leur vote ne compte plus et que les enquêtes de moralité sont de vieux souvenirs dans ce pays.

Sans tomber dans un procès d’intention, «L’Inter de Bamako» fera une présentation succincte des différents rapports, y compris certains restés dans les tiroirs de la présidence.
Aujourd’hui, le désenchantement est général, pour tous ces nombreux votants, qui s’étaient éloignés de la politique et du politique à cause de la puanteur ambiante. Il est clair que la réédition de cette dégradante gouvernance, minée par l’injustice sociale et l’irresponsabilité, pourrait être porteur de gros risques pour le pays.

En raison de toute son expérience de la gestion de l’Etat, la cooptation de tous ces voleurs de la République n’est ni une erreur, ni une faute mais un choix. S’il est établi, qu’il faut un peu de tout pour faire le monde, il est tout aussi clair qu’il ne faut pas de tout pour diriger un pays ; car à ce niveau on ne saurait mélanger les serviettes et les torchons.
Le docteur Seydou Badian ne disait-t-il pas : «Quand la patrie est en danger, lorsque l’unité nationale de la patrie est menacée, lorsque les chefs font des erreurs, le silence devient lâcheté».

Au président Ibrahim Boubacar Keita (IBK) de comprendre qu’un «vote sanction», par essence tire son fondement de l’irrationalité, sa légitimité se perd plus vite qu’elle n’a été acquise.

Safounè KOUMBA

L’Inter de Bamako du 16 Septembre 2013