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Le président de la République s’est rendu dans la capitale algérienne, surtout pour raffermir la coopération sécuritaire et économique entre les deux Etats, partageant un Sahel en quête de paix et de développement

jpg_une-2547.jpgLe président de la République Ibrahim Boubacar Keita a entrepris ce week-end une visite d’amitié et de travail de deux jours en en République démocratique algérienne à l’invitation de son homologue algérien Abdel Aziz Bouteflika.

La visite de deux jours du président de la République « s’inscrit dans le cadre de la tradition de dialogue et de concertation qui unit les deux pays ». Elle a été l’occasion pour « évaluer les relations entre l’Algérie et le Mali, dégager les voies et moyens à même d’assurer leur élargissement et leur renforcement et pour aborder les questions régionales et internationales d’intérêt commun ».

Cette visite traduit donc la volonté commune des présidents Keita et Abdel Aziz Bouteflika de renforcer et de dynamiser la coopération sécuritaire et politique entre nos « deux pays frères ».

Après le Sénégal, pour le dernier sommet de l’Uemoa et la Mauritanie, pays du champ, le chef de l’Etat s’est rendu chez l’autre voisin algérien pour donner une impulsion nouvelle aux relations entre les deux pays et asseoir du coup les fondements d’une coopération bilatérale et régionale plus efficace, face à la menace terroriste dans la région du Sahel, dont la stabilité est dans l’intérêt de tous.

La délégation présidentielle comprenait, outre le patron de la diplomatie malienne Zahabi Ould Sidi Mohamed, les ministres de la Réconciliation nationale et du Développement des régions du Nord, Cheick Oumar Diarrah et de la Sécurité, colonel Sada Samaké. Le directeur de cabinet du chef de l’Etat, Mamadou Camara était également du voyage.

La présence de ces membres du gouvernement est liée à la nécessité de donner un coup d’accélérateur au développement des régions du Nord et à la détermination des nouvelles autorités à trouver réponse aux questions de sécurité qui se posent dans notre Septentrion. Surtout quand on sait que l’Algérie a toujours pris une part active dans la résolution des différentes crises soulevées par des groupes armés dans notre pays.

Ibrahim Boubacar Keita est arrivé dans la capitale algérienne samedi après midi, sous un climat doux caractérisé par ce vent frais et léger propre à la Méditerranée entrecoupé d’une fine pluie. Il a été accueilli à sa descente d’avion par Abdelkader Bensallah, président du Conseil de la nation algérienne. Après le salut au drapeau et l’exécution de l’hymne national de notre pays, le chef de l’Etat a fait la revue des troupes.

Avant de mettre le cap sur la résidence d’Etat « Zeraida », à une trentaine de kilomètres du centre-ville d’Alger, l’hôte de marque a déclaré à la presse qu’il venait
» prendre des nouvelles de l’aîné, surtout prendre conseil auprès de lui et, bien sûr, prendre des nouvelles de l’Algérie, pays ami et frère auquel nous lient l’histoire, la géographie et l’anthropologie ».

Lors de cette première visite d’Etat en Algérie, le président Ibrahim Boubacar Keita n’a pas manqué de se recueillir dimanche sur le Sanctuaire du martyr où il a déposé une gerbe de fleurs en compagnie du Premier ministre algérien. Comme pour rendre hommage à la bravoure des « Moudjahidine » (combattant en arabe) et au nationalisme algérien.

Ce lieu est chargé d’histoire et de symbole pour le peuple algérien qui a payé de son sang pour sa liberté et sa dignité. Le Mémorial du martyr ou Sanctuaire du martyr est un monument dédié aux morts de la guerre dite d’Algérie. Erigé en 1982 à l’occasion du 20e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, en mémoire des morts de la guerre d’indépendance, le monument d’une hauteur de 92 mètres surplombe la ville d’Alger faisant face à la mer.

PARTENAIRE DE PREMIER PLAN. Le président Keita a pu admirer la belle architecture composée de trois feuilles de palmier qui se rejoignent à mi-hauteur, d’une tourelle de style islamique d’un diamètre de 10 mètres et d’une hauteur de 7,6 mètres et surmontée d’un dôme de 6 mètres. Au bord de chaque feuille de palmier, il a pu admirer les statues de soldats, chacun symbolisant une étape de la lutte pour l’indépendance de l’Algérie.

Le chef de l’Etat s’est montré admiratif du génie algérien. Mais l’invité de marque du président Bouteflika est surtout venu en Algérie pour raffermir la coopération sécuritaire et économique entre les deux Etats partageant un Sahel en quête de paix et de développement. Le grand banditisme, le narcotrafic et le terrorisme international y ont trouvé le terreau idéal. Pour les y déloger et installer définitivement une culture de paix et de dialogue, la synergie des différents pays composant cet espace est d’une nécessité évidente.

C’est d’ailleurs pourquoi, depuis sa prise de fonction, le président de la République Ibrahim Boubacar Keita a prôné « la paix, rien que la paix » invitant les pays concernés à jouer leur partition. Alger, fort de son influence dans la bande sahélo-saharienne, demeure un partenaire de premier plan dans la résolution du conflit fratricide qui secoue notre pays. A ce propos, un de nos diplomates bien averti a clarifié que « le Mali ne se laisse plus jamais influencer » ajoutant qu’il n’y aura « pas de négociations en dehors du territoire national ».

Il confiera aussi que le voisin algérien a déjà mené sur son territoire des consultations pour « faciliter les discussions futures » ajoutant que « le président de la République est déterminé à n’ouvrir le dialogue qu’après le désarmement des groupes armés ». Pour lui, la crise connaitra un dénouement heureux « dans les six mois à venir ».

Les efforts de la diplomatie algérienne ont permis la signature d’un protocole préliminaire la semaine dernière avec certains groupes armés. Mais le contenu du document n’est pas encore rendu public. L’objectif de la démarche est de « faciliter les choses avant le début effectif des pourparlers entre Maliens ».

L’épineuse question de la sécurité dans la bande frontalière, vaste de plusieurs centaines de Km2 s’est donc forcément invitée au menu des échanges entre Ibrahim Boubacar Keita et Abdel Aziz Bouteflika hier. Aussi, les deux chefs d’Etat ont entériné les conclusions des différentes rencontres techniques. Il s’agit notamment de redynamiser la coopération à travers la reprise des travaux du Comité bilatéral frontalier- dont la prochaine réunion est prévue pour février à Bamako- ainsi que la relance des activités du Comité mixte probablement en mars prochain à Alger. La relance du projet « Transaharien» aura une place de choix dans l’ordre du jour des travaux.

En gros, tous les secteurs de coopération, y compris la possibilité d’interconnexion du réseau électrique au bénéfice des régions du Nord, seront concernés par ces réunions techniques qui donneront un souffle nouveau à l’amitié entre les deux pays. Rappelons à ce sujet que l’Algérie a appuyé notre pays dans le domaine humanitaire à travers des convois de vivres, du matériel militaire et même des soutiens financiers sous la période de la Transition.

Les questions bilatérales ont été également évoquées lors d’une séance de travail entre le président Keita et le Premier ministre Abdel Malek Sellal, un entretien élargi ensuite aux membres des deux parties. Lors de la conférence de presse conjointe qu’ils ont animée après la rencontre, les deux deux ministres des Affaires étrangères ont réitéré leur volonté de raffermir les liens entre les deux pays en renforçant la coopération commerciale et sécuritaire.

Le président de la République Ibrahim Boubacar Keïta, rentré au pays dimanche soir, a fait bonne moisson, donnant ainsi un coup d’accélérateur au processus de normalisation et en faisant bouger les lignes sur nombre de questions qui interpellent aussi bien les pays de la région que la Communauté internationale dans son ensemble.

Envoyé spécial

A. M. CISSE

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Pleine disponibilité du président Abdel Aziz Boutéflika

Le président de la République, Ibrahim Boubacar Keïta, s’est entretenu en tête à tête dimanche après midi avec son homologue Abdel Aziz Bouteflika dans son palais. Mais rien n’a vraiment filtré des échanges de près d’une heure. Selon un communiqué conjoint publié à la fin de la visite de deux jours, le président Bouteflika a réitéré la « pleine disponibilité » de l’Algérie à accompagner le Mali dans ses efforts pour la consolidation de sa sécurité et sa stabilité par le dialogue et la cohabitation.

« Le président Bouteflika a assuré le président Keita, de la pleine disponibilité de l’Algérie à accompagner le Mali dans ses efforts visant à consolider la sécurité et la stabilité, à préserver l’intégrité territoriale du pays et à réconcilier tous les Maliens, grâce au dialogue et conformément aux valeurs ancestrales de cohabitation et d’entente qui ont toujours prévalu au Mali », indique le communiqué commun.

Les autorités de notre pays ont salué l’engagement de l’Algérie qui a contribué aux « démarches en cours de la Communauté internationale pour promouvoir un dialogue national inclusif dans le respect des règles de transparence, de loyauté, d’efficacité, de responsabilité et d’appropriation par les Maliens de ce processus et cela en conformité avec les différentes résolutions du Conseil de sécurité des Nations unies et du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine ».

Le communiqué ajoute que les deux chefs d’Etat ont procédé à un échange d’informations sur « les réformes politiques et économiques engagées par l’Algérie et le Mali, passé en revue l’état de leur coopération bilatérale et examiné les voies et moyens de la redynamiser dans l’intérêt des deux peuples frères ».

A. M. C

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Discussions exploratoires à Alger, négociations inclusives à Bamako

La conférence de presse conjointe animée dimanche par le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Zahabi Ould Sidi Mohamed et son homologue algérien Ramtane Lamamra, a été largement dominée par les négociations exploratoires engagées par l’Algérie « à la demande des groupes armés ». Aux nombreuses questions des journalistes curieux de savoir si les négociations ont effectivement démarré en Algérie, les deux diplomates ont clairement expliqué qu’il s’agit juste des contacts « préliminaires destinés à préparer des négociations inclusives à Bamako ».

Sur la question, selon le ministre Zahabi, la position du président de la République est on-ne-peut-être-plus-claire : « il s’agit d’un problème maliano-malien qui va se discuter obligatoirement au Mali entre toutes les composantes de la société sans aucune exclusion». Zahabi Ould Sidi Mohamed précise qu’il n’y a pas de « concurrence sur le dossier malien » faisant allusion à la médiation burkinabè qui du reste a permis la tenue des élections.

Les diplomates malien et algérien ont rendu « un hommage » à la médiation burkinabè tout en estimant que la démarche algérienne vient en appui à la dynamique engagée et participe à une approche globale. Pour argumenter cette position, le ministre algérien a notifié la visite à Alger du représentant spécial du secrétaire général de l’ONU Albert Koenders précédant ainsi l’arrivée des délégations des groupes armés (Ganga Koy, Gandeyzo, Mnla, Hcua). Pour ainsi dire toute « la transparence qui entoure ce dossier ». Ramtane Lamamra ajoute qu’avant le 16 janvier dernier, date de la tenue de la rencontre avec les groupes armés, tous les acteurs du dossier, y compris la CEDEAO, ont été informés de la démarche algérienne.

Pour Alger, il ne s’agit pas de « négociations proprement dites », mais des « discussions exploratoires ». Parce que celles-ci se passeront indiscutablement en territoire malien, en l’occurrence à Bamako, comme le veut le président de la République. Dans le même sens, encourageant l’initiative du grand voisin algérien, Zahabi Ould Sidi Mohamed expliquera que ce pays est un partenaire de premier degré dans la résolution du conflit. Comme l’ont souhaité nos autorités, elle s’est décidée à s’impliquer davantage, s’est félicité le patron de la diplomatie malienne.

Pour réussir cette délicate mission, le ministre algérien a invité les journalistes à éviter de tirer des conclusions hâtives. Son homologue est d’accord avec lui ajoutant pour sa part que la démarche algérienne ne doit être vue comme une concurrence à la médiation burkinabè. « C’est une responsabilité commune » a-t-il dit, ajoutant que la stabilité de notre pays est dans l’intérêt du monde entier.

S’agissant de la « rumeur » sur le refus d’un groupe armé à signer les documents de la rencontre du 16 janvier, le ministre algérien a formellement apporté le démenti relayé par une partie de la presse internationale. Il précisera que tous les groupes armés ont participé aux assises et ont bel et bien signé les documents finaux. Et puis, il ajoute, il y a des individus qui font souvent des déclarations dont la parole n’engage aucunement tout leur groupe.

Pourquoi, demande un confrère, les précédents accords signés à Alger n’ont pas été respectés ? Justement, répond le diplomate algérien, il s’agit à présent d’étudier les dossiers et de voir pourquoi les précédents accords n’ont pas remplis toutes leurs promesses.

Ramtane Lamamra a loué l’excellence des rapports entre les deux pays, avant de rassurer son homologue de la détermination de son pays à aider le Mali à sortir de la crise au « plus tôt ».

Sur insistance de nos confrères algériens à propos de la signature d’une convention de sécurité entre la France et le Mali, le ministre Zahabi a clairement fait entendre que « le Mali est un pays souverain » et il lui appartient de trouver les moyens nécessaires pour assurer sa défense. « Que ce soit avec nos voisins immédiats ou lointains » a lancé le ministre des Affaires étrangères qui s’est montré très optimiste quant à l’issu des futurs pourparlers à Bamako.

A. M. C

L’Essor du 21 Janvier 2014