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Le Challenger d’Ibrahim Boubacar Kéita le livre aux lourdes attentes des Maliens et de la communauté internationale. Sans même lui laisser le plaisir de goutter aux délices d’un baroud d’honneur qu’il devait tirer de la victoire à l’issue d’une dernière bataille pour la validation de résultats controversés. On n’attendra plus rien des résultats du ministère de l’Administration territoriale que pour servir d’archives. Et ceux de la cour constitutionnelle une validation, sans statuer sur aucun litige, puisqu’il n’y aura aucune requête, comme en a décidé le candidat Soumaïla Cissé. Tant mieux !

Les Maliens savent le nom de leur futur président depuis l’invention faite par Soumaïla Cissé, de transformer sa défaite en une victoire éclatante. Son échec cuisant devant le mastodonte IBK a été oublié, ou du moins refoulé, depuis sa visite qualifiée d’originale, chez son ainé, lundi soir après s’être imprégné des tendances aussi défavorables qu’au premier tour.

En 2012, le Mali est plongé dans une crise se manifestant par des attaques rebelles, puis l’occupation progressive du territoire par ces groupes armés dont certains sont rentrés de la Libye avec des armes lourdes, et leurs alliés occasionnels (Jihadistes d’Ansar-Dine et du Mujao, Aqmi).

Avec comme conséquences : l’effondrement de notre armée, le repli des soldats du front et leur retour dans la capitale se soldant par le renversement du pouvoir élu, l’absence de l’Etat sur 2/3 du territoire national, l’application de la charia sur une partie du territoire (à contrario de l’Etat laïc et républicain), une crise politique et sécuritaire sans précédent au Mali.

Relever un tel Etat en lui conférant son intégrité territoriale a nécessité le concours de la communauté internationale dans son ensemble. On peut faire le décompte des acteurs dans le processus, au moment où un nouveau Capitaine prend le gouvernail du bateau Mali: en plus des acteurs politiques nationaux, il y a la communauté internationale en général et la France de François Hollande en particulier qui est restée ‘’intraitable’’ sur le processus politique malien.

Il y a l’armée nationale, car l’ordre constitutionnel ne sera possible que si elle reste véritablement aux ordres du pouvoir civil. En outre, le rôle des religieux dans le processus, impose que l’ère IBK marquera certainement un tournant qui fera école dans le type de collaboration à établir dans ce domaine. Idem des militaires qui ne sont pas demeurés en reste. Que dire de la France et du Mnla avec la situation de Kidal?

IBK aura en face de soi, des acteurs plus nombreux et plus exigeants, aux objectifs et aux intérêts souvent divergents ou antagoniques. « La tache sera lourde et très lourde », comme l’a compris et déclaré, le candidat lui-même, s’adressant à la presse à son domicile, le 28 juillet après son vote au premier tour.

Ces poids qu’IBK doit avoir la prouesse et l’habileté de transformer en atouts pour réussir sont l’armée, le Mnla et la France, la classe politique, la société civile et particulièrement les organisations religieuses dont il peut se glorifier aujourd’hui d’avoir bénéficié du soutien. Tous seront là et tiendront à jouer leur rôle pour l’effectivité de l’ordre constitutionnel, la démocratie et la bonne gouvernance.

Le ‘’jump’’ du Capitaine Amadou Aya Sanogo, au grade de Général, indiqué dans le communiqué du conseil des ministres d’hier mercredi 14 août, vise sans aucun doute une mise à la retraite dorée à la fin de cette transition, pour permettre au président IBK de gouverner sans interférence. De nombreuses autres nominations devraient intervenir pour atteindre le bout de cette logique.

B. Daou

Le Républicain du 15 Août 2013