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Dans son discours à la nation, à l’occasion de la célébration de la date anniversaire de l’indépendance nationale, le 22 septembre dernier, le président de la République, Amadou Toumani Touré, avait promis de doter l’opposition d’un statut et de conférer à son chef tous les privilèges afférents à son rang.

Par la même occasion, le père du consensus annonçait ainsi la mort d’un système diabolique qui avait plongé le Mali, pendant cinq ans, dans un unanimisme béat abreuvé à la sauce du béni oui ouisme, de la flagornerie et de l’aplatissement devant le chef suprême.

«Unanimisme parlementaire», rétorquait le député de Gao, l’inamovible premier vice-président de l’Assemblée nationale, Assarid Ag Imbarcawane, comme pour parfaire l’œuvre du maître et mettre les élus de la nation en coupe réglée.

Mais, depuis la fameuse promesse présidentielle, rien ne se perd, certes, mais aussi rien ne se crée. L’opposition, regroupée au sein du Front pour la démocratie et la République attend toujours son statut tout en continuant sa longue errance dans le désert.

D’aucuns disent que c’est la Commission Daba Diawara qui se chargera de trouver chaussures à ses pieds. Pourvu qu’elle ne soumette pas toute la classe politique au supplice de Tantale, en se vautrant dans des poufs sous les lambris dorés.

En attendant, celui qu’on peut raisonnablement soupçonner comme étant le chef de file de l’opposition, El Hadj Ibrahim Boubacar Kéïta, rogne son frein. Tout le monde convient que le mandemansa a la carrure et la stature d’un vrai  » chef de guerre « .

Mais, manifestement, il peine à endosser sa nouvelle robe d’opposant. Tout comme il est difficile à un bourgeois d’être un révolutionnaire, un plébéien ne peut enfiler la toge du proconsul. Pas facile pour le châtelain de Sébénicoro, un vrai mandéka repu à la sauce d’arachide, de quitter l’ermitage pour se mettre à l’épreuve de l’adversité.

En tout cas, sa démarche politique actuelle est empreinte d’une forte dose d’ambiguïté. De deux choses l’une : ou il fait le difficile apprentissage de l’opposition, ou il a des accointances avec le régime. En particulier avec le président de la République, Amadou Toumani Touré.

Car on ne comprend pas qu’au cours de ses sorties sur le terrain, il souffle le chaud et le froid, tient un discours mi-figue mi raisin, envoie le chef suprême ad patres pour mieux l’encenser aussitôt.  » ATT, pour un Mali qui perd  » était le slogan de campagne du candidat IBK à l’élection présidentielle.


L’autre jour, au cours d’un séjour à Niono, il déclarait que  » ATT est un échec
« . Aussitôt, comme pour mieux s’excuser, il ajouta que ATT est son frère et que son opposition à lui ne doit pas être considérée comme un signe d’inimitié. Puis de remercier le président de la République pour les bons services rendus à l’occasion du décès de sa belle-mère.

Entre les deux hommes, il y a toujours un échange de bons procédés car IBK a aussi été le parrain du mariage de Mabo, la fille du président. C’est vrai que la politique n’est pas une question de haine, on est avant tout entre adversaires et non entre ennemis. Seulement, il faut savoir fixer la limite entre les bons sentiments et la complicité active.

Business is business, disent les Anglais pour indiquer qu’il ne faut pas mélanger la chèvre et le chou. Leader charismatique sans doute, l’ancien Premier ministre de Alpha, usé par le temps et les nombreux coups de poignard reçus dans le dos, a perdu de sa superbe. Il n’est plus cet homme à poigne qui a maté la révolte estudiantine et embastillé les opposants. La mauvaise performance enregistrée par son parti, lors des élections législatives, a davantage refroidi son ardeur et émoussé sa témérité.

C’est à cause de ce maudit score qu’il a perdu le perchoir et a été rejeté dans l’opposition. Malgré lui. Surtout dans un pays où nul ne veut aller à l’opposition, considérée comme la malédiction suprême. Une opposition républicaine, au sens où l’entendent les dirigeants du FDR, c’est-à-dire constructive, à défaut d’être participative. Une opposition qui évite la fronde, les meetings tous azimuts, les marches provocatrices, sources de casse des biens publics et privés.

Avec des gens aussi magnanimes, ATT peut toujours dormir sur ses deux oreilles. Rien n’a changé ou presque. Comme si l’on vivait au bon vieux temps du consensus.

Mais pour quels résultats ? A ce jeu, en tout cas, le risque est grand de prêcher dans le désert et de voir tous ses efforts réduits à néant comme de la transpiration sous la pluie. Autrement sans coup d’éclat, pas de dividende politique. Le peuple est ainsi fait qu’il aime les héros, même les Zorro mais pas les zéros.

Pour autant IBK a trébuché mais il n’est pas tombé ; il a plié comme le roseau de la Fontaine mais sans rompre. Entre son chemin de croix et une possible traversée du désert, il tient encore la barre du RPM comme un grand timonier. Un parti qui s’est réduit comme une peau de chagrin. Il reste, cependant, que le nouvel opposant, après son baptême du feu, doit convaincre ses partisans que face au pouvoir, il constitue une alternative crédible.

Oumar SINANTA

19 Juin 2008