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Dans ses discours, à l’intérieur comme à l’extérieur du pays, le président malien ne rate aucune occasion pour vouer aux gémonies ces détracteurs et mettre en avant son « MOI » surdimensionné. Lors de ses tournées à l’étranger, de Yamoussoukro à Rabat, en passant par Dakar, systématiquement, IBK tire à boulets rouges sur les personnes qui le contrarient et se livre à un véritable « One Man Show ». Du coup, les priorités des maliens et leurs attentes sont renvoyées aux calendes grecques.

On le sait depuis Pascal : le Moi est haïssable! D’autant plus qu’il n’est en général qu’une ombre portée. Tout se passe, en effet, comme si le sujet voulait vérifier sa propre existence dans l’environnement où se déploient son corps et sa parole. Dans ses discours, le président IBK n’arrête pas de faire l’éloge de la première personne du singulier (JE, MOI) et de s’en prendre à ceux qui ne sont pas d’accord avec sa gestion du pouvoir.

Ce qui laisse perplexe bon nombre de citoyens. Les observateurs attentifs et désintéressés de la vie politique nationale ont déjà commencé à tirer sur la sonnette d’alarme, sur le hiatus entre une élite au pouvoir occupée à se partager des strapontins et des populations plongées dans une misère de plus en plus accentuée. Comme on pouvait s’y attendre, de gros nuages sombres sont en train de s’amonceler dans le ciel malien. Le pouvoir en place ne réussit pas, pour l’instant, à atténuer, encore moins à juguler les problèmes auxquels les maliens sont confrontés.

Ne sentant aucune amélioration dans leur vécu quotidien, malgré les campagnes médiatiques plus tapageuses que pertinentes des thuriféraires à la solde de Koulouba, les masses populaires, après une longue période d’expectative, marquée par un profond doute montrent des signes inquiétants de désespérance sociale. Elu avec 77% du suffrage des électeurs, le président doit comprendre que le temps de la campagne électorale est terminé depuis fort longtemps.

Après l’avoir plébiscité, le peuple malien attend autres choses de son président que des diatribes. Donc place à l’action. IBK doit se faire une raison car l’opposition, dans sa mission, est en droit de lui demander des comptes et de faire des critiques. L’essentiel est ailleurs. Mais pas dans les sorties au vitriol. Autant dire que le peuple malien attend, en plus de la résolution des urgences socio-économiques, la résolution de la crise du Nord et le retour aux valeurs cardinales de notre société, de la refondation institutionnelle et du renouveau moral pour sauver la Patrie en danger.

Madiassa Kaba Diakité

Le Républicain du 30 Avril 2014