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L’usage commande en Afrique que le nouveau chef de l’Etat se rende auprès de certains de ses aînés dans la fonction. Certes, pour y recevoir des conseils mais aussi une façon pour le novice de reconnaître que sa place dans une hiérarchie est fondée, entre autres, sur le nombre d’années au pouvoir. Le nouveau venu dans le cercle des princes qui nous gouvernent, le Malien Ibrahim Boubakar Keïta, réputé homme de poigne, n’est cependant pas homme à transgresser les codes. A l’évidence, après son investiture, il effectuera le tour de bien de capitales africaines pour recevoir la bénédiction des kôrô, comme Blaise Compaoré du Burkina, Alassane Ouattara de la Côte d’Ivoire, Mahamadou Issoufou du Niger et bien d’autres. Mais avant même ce périple initiatique, le président élu malien n’a pas attendu son sacre pour toquer à la porte d’un futur homologue qui plus est un voisin éloigné : le Tchadien Idriss Deby Itno.

A l’évidence, cet honneur fait à l’homme fort de N’Djamena, lundi dernier à Iriba près de la frontière soudanaise, se comprend aisément :

en effet, dans la guerre contre les groupes armés qui s’étaient emparés du nord du pays, les soldats tchadiens furent les premiers Africains à voler au secours de l’intégrité territoriale du Mali. Avec près de 2400 hommes, les troupes de «Super» Déby, aux côté des Français, étaient en premières lignes sur le théâtre des affrontements. Leur puissance de feu conjuguée à leur intrépidité, même si elles en payèrent le prix (une trentaine de tués), ont permis de reconquérir le septentrion malien.

Normal donc que l’enfant de Koutiala vienne dire «a nikié», merci en bambara, à l’ancien berger de Berdoba. «Il était indiqué que je réserve cette première visite au Tchad, que je vienne exprimer ma reconnaissance au peuple tchadien et à son président pour l’action qui a permis aujourd’hui qu’on soit à cette stabilité», a en effet précisé l’obligé de Deby, avant de glisser un carton d’invitation à son hôte pour son investiture, prévue pour le 4 septembre prochain.

Mais sur un autre registre de lecture, ne peut-on pas penser qu’IBK a choisi le «warrior» de N’Djamena pour montrer sa prédilection pour l’option militaire dans la question touareg ?

Réputé pour la fermeté dont il a fait montre face aux syndicats et aux étudiants quand il était à la primature, Ibrahim Boubacar Keïta a vécu l’intervention étrangère comme une blessure narcissique. A l’instar de la grande majorité de ses compatriotes. Alors, durant toute la campagne politique, il a promis de restaurer «l’honneur et la dignité du Mali».

Président de l’Assemblée nationale, il a ouvertement critiqué l’Accord politique conclu en 2006 avec les séparatistes qui a conduit à la démilitarisation partielle du Nord. Ce n’est pas lui qui partagerait volontiers du thé avec les rebelles touareg, comme l’a fait ATT, à leur retour de Libye.

Derrière ses airs bonasses, le président élu dissimule un caractère bien trempé. Et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’avec lui, la crise malienne aurait été gérée autrement.

Alain Saint Robespierre

Mise à jour le Mardi, 27 Août 2013 20:08

Source : L’observateur Palaaga