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Dans sa parution du jeudi 30 avril, notre confrère l’Aurore a publié un article signé par un certain N’Ji Diarra, intitulé : «fuyant la prophétie défaitiste de la mare de Woyowayanko, IBK déménage de Sébénikoro et élit domicile à Boulkassoumbougou-Kouloubleni». Cette information a fait le tour de Bamako, du Mali et même du monde entier à travers le Net. Car ce sont plus de cinq mille internautes de l’Afrique, de l’Europe, des Amériques, de l’Asie et de l’Océanie qui ont lu cet article. Parmi eux, une cinquantaine ont cru nécessaire de réagir. Et la très grande majorité a manifesté sa sympathie pour IBK comme pour dire que c’est un mensonge. Il se trouve que l’article n’a aucun fondement. Joint par téléphone, IBK s’est dit étonné par cette nouvelle. Avant de soutenir : «c’est un mensonge grossier. J’habite toujours à Sébénikoro».

jpg_i-4.jpgL’article de ce bihebdomadaire qui a fait le tour du monde a été élaboré sur la base, semble t-il, d’une légende qui «voudrait que nul habitant en amont de la mare de Woyowayanko, ne règne un jour sur les traces de l’empire de Samory Touré. D’abord réfractaire à cet oracle, Ibrahim Boubacar Kéïta, en bon Africain et Malien en particulier a fini par céder. Il a, désormais, élu domicile en Commune I, plus précisément à Boulkassombougou Kouloubleni».

En parcourant le texte, l’auteur fait un peu de l’histoire notamment celle du «Woyowayanko», une mare située à l’Ouest de Bamako, sur la route nationale n°5 qui mène en Guinée. Ainsi, N’Ji Diarra qui, manifestement, était à l’école des griots et autres historiens, explique que : «c’est au bord de cette rivière, le 2 avril 1882, que les troupes de Samory, dirigées par le Général Kémè Bourama et non moins frère de Samory, affrontèrent les colons français pour la première fois, dans les limites de Bamako. Il parvint à vaincre le mythe de l’invincibilité des Toubabs malgré la supériorité logistique de ces derniers.


La victoire fut éclatante.
Woyowayanko devint alors un symbole. Un autre affrontement aura lieu le 29 Février 1883 au même endroit. C’est l’une des batailles les plus héroïques que livra l’Imam. Il la perdit. Ce jour, dit-on, les eaux du Woyowayanko prirent la couleur du sang. Samory abandonna ainsi Bamako non sans maudire et promettre de revenir châtier les Toubabs et leurs alliés. Samory, faut-il le rappeler, était un homme pieux d’où le titre de «Imam» ou Commandeur des Croyants.

On raconte qu’il fit détruire tous les fétiches et construire des mosquées dans toutes les contrées conquises. Les historiens et griots retiennent que «tous les vendredis, en sortant de la Mosquée, sur la place ombragée qui lui faisait suite, il venait entendre les plaintes de ses sujets, venus parfois des régions les plus éloignées de son empire».

Sa malédiction fut donc prise au sérieux. Un mythe venait de naître. Il devint plus tard une prophétie. Vingt années, jour pour jour, après la défaite du Woyowayanko en 1883, les travaux de construction du Palais du Gouverneur (actuel palais présidentiel) furent entamés à Koulouba en 1903. Woyowayanko ne cessa pour autant pas d’être le symbole de la résistance et de la malédiction de l’Imam dans l’imaginaire populaire».

Cette prophétie, selon l’illustre inconnu, N’Ji Diarra, se résumerait aujourd’hui «au fait que nul parmi les populations en amont de Woyowayanko, n’accède [ou ne s’allie] au pouvoir, symbolisé à l’époque des faits, par le Toubab, au risque de subir la malédiction de l’Imam». Il précise «qu’aujourd’hui encore, les détenteurs des sciences divinatoires dans nos sociétés croient toujours en cette prophétie. Ils auraient, par conséquent conseillé à Ibrahim Boubacar Kéïta de quitter les lieux s’il espère encore accéder à Koulouba. Après avoir rejeté d’un revers de main, cette invite, IBK aurait finalement pris l’affaire au sérieux. D’où son déménagement».


Voilà, N’Ji Diarra
voulait donner du crédit à cette légende en l’illustrant par un prétendu déménagement de IBK qui loge derrière la mare à environ 300 m. Malheureusement pour lui, le président du RPM est toujours à Sébénikoro. Il n’a pas du tout déménagé contrairement à ses allégations.

Tous ceux qui ont suivi l’ascension politique d’IBK savent qu’il n’a jamais été aussi populaire que lorsqu’il a emménagé à Sébénikoro. Lâché par son cadet, Alpha Oumar Konaré, en 2000, l’ancien président de l’ADEMA emménage dans les champs hérités de son père sis à Sébénikoro. C’est de là qu’il a lancé son parti, le RPM. Les échos de la rentrée politique d’IBK en juin 2001 ont dépassé les frontières du pays. Une année après, en septembre 2002, le voici président de l’Assemblée nationale.

A ce titre, il a brillamment contribué à faire de la diplomatie parlementaire une réalité et a œuvré pour la mise en place du parlement panafricain dont il est membre. Pour la première fois, le Mali a organisé sous son mandat, une rencontre parlementaire de haut niveau, regroupant les députés ACP et UE. Ce fut un franc succès. N’est-ce pas également lui qui a contribué à l’élection de ATT, en 2002, en lui apportant son soutien au second tour, au détriment de Soumaïla Cissé? Et il était un allié du pouvoir.

Si la légende de Woyowayanko était alors une réalité, depuis 2000, IBK serait politiquement mort. Aujourd’hui encore, malgré les vicissitudes de la vie, il se maintient sur l’échiquier politique du Mali et conserve ses relations à l’extérieur, notamment dans le cadre de l’International socialiste où il parle souvent au nom de l’Afrique.

Chahana TAKIOU

L’Indépendant du 04 Mai 2009