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Ouvrant hier, lundi 21 octobre, les travaux des états généraux sur la décentralisation, au CICB (Centre International de Conférences de Bamako), IBK a déclaré qu’un » Etat fort et des pouvoirs locaux consistants pouvaient cohabiter dans une parfaite harmonie « . Il estime ainsi que c’est la démocratie malienne qui en sortira victorieuse. Cette rencontre de trois jours regroupe des Maliens de tous bords, responsables gouvernementaux, de partis politiques, leaders religieux et coutumiers, associations et ONG intervenant dans le cadre de la coopération décentralisée, membres des différentes communautés du Mali, élus locaux. Ils se pencheront sur les difficultés rencontrées dans la mise en œuvre de la décentralisation au Mali. La crise du nord, les transferts de compétence et de ressources aux collectivités, le renforcement des pouvoirs locaux sont autant de dossiers qui seront examinés et débattus lors de ces assises. Rappelons que les représentants de plusieurs organisations impliquées dans la résolution de la crise malienne (CEDEAO, MINUSMA etc.) ainsi que des partenaires techniques et financiers du Mali, la MINUSMA, la CEDEAO prennent part à la rencontre.

La grande salle Djéli Baba Sissoko, qui a une capacité de 1000 places a refusé du monde lors de la cérémonie d’ouverture des Assises nationales sur la décentralisation au Mali. Pendant, les 3 jours que dureront les travaux de ces états généraux, les participants débattront d’une dizaine de thèmes pour dresser le bilan de plus d’une décennie de mise en œuvre de la politique nationale de décentralisation au Mali ainsi que ses perspectives. Notons que ce débat intervient dans un contexte assez particulier.

En effet, de 19 communes seulement en 1992, le Mali compte aujourd’hui 761 collectivités dont 703 communes. En plus de cette situation, le pays se relève encore difficilement de la plus grave crise de son existence, dont les séquelles sont encore visibles. Sans compter que plusieurs maires ont été éclaboussés récemment par des dossiers de malversation notamment dans le domaine foncier.

Les échanges d’allocutions ont été ouverts par la représentante du maire de la commune III du district de Bamako qui accueille cette rencontre. Dans son mot de bienvenue, Mme Djire Mariam Diallo a relevé l’importance de ces assises, qui selon elle, interviennent au moment opportun.
En effet, elle a indiqué qu’elles » permettront de revoir la politique de décentralisation mise en œuvre par les pouvoirs publics depuis plus d’une décennie « . Pour elle, des avancées notoires ont été obtenues grâce à la décentralisation notamment en matière de santé, d’éducation, d’accès à l’eau potable.

Cependant, des insuffisances ont également émaillé ce processus. Lui succédant au micro, le Chef de file des partenaires techniques et financiers, l’ambassadeur de la République Fédérale d’Allemagne, M. Günter Overfeld, a indiqué que la décentralisation devrait permettre trois choses : d’abord garder l’unité nationale du pays, responsabiliser les populations à travers les élus communaux qui ont en charge de gérer convenablement leurs préoccupations et enfin enclencher une dynamique de développement dans tout le pays.

Il a rappelé que les partenaires techniques et financiers du Mali ont toujours soutenu cette réforme dès le début de sa mise en œuvre. Il a ajouté que pendant la crise » les mairies ont joué un grand rôle pour le maintien de la stabilité et la cohésion du pays » en assurant les services publics aux citoyens. Il a indiqué que la mise en œuvre de cette réforme est un projet politique ambitieux qui nécessite une forte volonté politique. Il a reconnu néanmoins quelques difficultés auxquelles les collectivités sont confrontées, il s’agit notamment de la faiblesse des ressources financières, le timide transfert des compétences et des ressources.

En outre, il a cité plusieurs chantiers de la décentralisation qui sont à l’arrêt parmi lesquels la non-effectivité du transfert des compétences et des ressources, la profession nalisation de l’administration locale. Par conséquent, il a encouragé les efforts déployés par le centre de formation des collectivités territoriales et l’Ecole Nationale d’Administration tout en plaidant à ce que leurs produits puissent renforcer la capacité des collectivités. Pour lui, ces assises sont un élément clé dans la réconciliation nationale engagée par les nouvelles autorités du pays.

Tout en réaffirmant le soutien indéfectible des partenaires techniques et financiers du Mali, il a appelé à ce que les tâches soient clairement et loyalement réparties pour un développement harmonieux et équilibré du Mali. Pour sa part, le président du Haut Conseil des Collectivités du Mali, Oumarou Ag Mohamed Ibrahim a salué cette initiative du Président de la République.

Il a rappelé que la décentralisation est la » seule terre fertile sur laquelle on peut s’affirmer « . Il a souligné que cette occasion permettra de faire un diagnostic sans complaisance de la politique de décentralisation. Pour lui, une bonne mise en œuvre de celle-ci devrait permettre au » Mali d’être un pays émergent et de regarder son avenir avec hardiesse « . Il a aussi indiqué que les contentieux liés au découpage territorial datant de 1999 ainsi que la bonne gouvernance restent un goulot d’étranglement et une entrave au processus.

Ouvrant les travaux, le Chef de l’Etat a indiqué qu’ » il ne pouvait commencer sa gouvernance autrement que par la revue de tout ce qui a été fait « . Pour lui, l’Etat postcolonial n’a pas été bien réfléchi ou suffisamment adapté à nos réalités. Il a souligné que l’une des causes de la crise que le Mali a traversée est liée à la déliquescence de l’Etat.

Il a indiqué que ces assises sont une occasion pour inventer un nouveau modèle malien. Revenant sur les grands thèmes développés durant sa campagne présidentielle, il a révélé que sa vision est celle d’un État fort où il y a un égal accès à tous les services publics sur l’ensemble du pays.

Un État dont le socle ne peut être que la justice et la bonne gouvernance. Il a précisé que le Mali a opté pour une politique de décentralisation parmi les plus avancées en Afrique. »

Les collectivités ont connu d’énormes améliorations mais connaissent quand même bien des insuffisances. Il a rendu un vibrant hommage aux grands concepteurs de la politique de décentralisation malienne tels que Ousmane Sy, Oliviet Goinet, Yahya Magréga. Il a révélé que seuls 25% des communes ont une viabilité financière à un certain niveau mais bénéficient néanmoins de financements exclusivement d’origine PTF.

Il a promis que cela sera corrigé. IBK a aussi indiqué que les exécutifs des collectivités ont parfois affiché « un niveau de corruption très élevé singulièrement dans le traitement des questions foncières « . Des mesures seront prises pour éviter des conflits à venir. » Nous serons sans pitié sur les questions de domaines fonciers « .

Il a reconnu que la persistance des contentieux liés au découpage territorial a rendu difficile la conduite des programmes intercommunaux. IBK a promis la création très prochaine des maisons de services publics destinées à satisfaire les citoyens.

A cet effet, il compte exiger un comportement exemplaire pour tous ceux qui ont des charges et des responsabilités publiques. Toutes ces mesures sont destinées à assurer le développement économique des communautés qui seront plus épanouies. IBK a par ailleurs déclaré la nécessité de renforcer les pouvoirs locaux et que cela ne pouvait en aucun cas remettre en cause l’autorité de l’Etat.

Aussi, il a indiqué que le Mali bénéficie d’un élan de solidarité internationale jamais égalé et qu’à travers cela, les Maliens doivent montrer des comportements exemplaires.

Maciré DIOP

22 Octobre 2013