Partager

Réconciliation nationale et lutte contre l’impunité, développement durable et bonne gouvernance, paix et sécurité. Voici développés par IBK lors de sa première participation, en sa qualité de chef de l’Etat, à une assemblée générale de l’ONU. Une participation qui signe également le retour du Mali sur la scène internationale.

Pour marquer le retour de son pays sur la scène internationale et sa volonté de jouer désormais sa partition dans le concert des nations, Ibrahim Boubacar Kéita, fraichement élu à la tête du Mali, vient de participer à la dernière session de l’Assemblée générale de l’Organisation des nations unies, aux côtés de plusieurs centaines d’autres chefs d’Etat et de gouvernement.

Si le président malien a effectué le voyage de New York, ce n’est pas seulement pour remercier les nombreux Etats, comme la France ou les pays membres de la Mission internationale des Nations unies pour la stabilisation du Mali (Minusma) pour l’avoir aidé à se débarrasser d’une grande partie des groupes terroristes, rebelles et narcotrafiquants qui occupaient le nord de son pays, mais c’est également et surtout parce qu’IBK a compris qu’il a plus que jamais besoin de la communauté internationale pour mener à bien son quinquennat et atteindre les objectifs qu’il s’est fixés dans son projet de société.

Lors de la transition, des milliers de milliards de F Cfa ont été promis par cette communauté internationale au Mali pour financer la reconstruction nationale et la relance de l’économie. Mais auparavant, la condition première était la tenue d’une élection présidentielle régulière afin de doter le pays d’institutions crédibles. Cela a été fait avec l’élection du président du RPM sur la base d’un programme de gouvernement dont les axes majeurs sont la réconciliation nationale et la lutte contre l’impunité, le développement durable et la bonne gouvernance, la paix et la sécurité. Plus qu’élu, IBK a été véritablement plébiscité avec un score avoisinant les 80% et un fort taux de participation. Mais ce triomphe est-il suffisant pour un mandat tranquille et paisible ? Rien n’est moins sûr tant les attentes sont nombreuses et les défis immenses.

Réconciliation nationale et lutte contre l’impunité

Par réconciliation nationale, les autorités nationales et la communauté internationale entendent des retrouvailles entre populations du sud et communautés du nord. Faut-il le rappeler, des groupes armés rebelles touareg appuyés par des mouvements islamo-terroristes avaient profité de la rupture de la chaine de commandement militaire, consécutive au coup d’Etat du 23 mars 2012, pour occuper deux tiers du territoire national et y appliquer les pires atrocités, ce qui avait fait fuir la plupart des habitants de ces territoires. Il s’agit, aujourd’hui, d’amener les occupants à s’asseoir sur la même table que les occupés.

Or, les occupants se sont montrés particulièrement cruels envers les occupés : vols, pillages, viols, homicides, etc. Cela avait commencé par l’exécution sauvage et barbare de plusieurs dizaines militaires à Aguel Hok (des crimes de guerre imprescriptibles), cela a commencé sur des abus divers sur des populations civiles avec, circonstances aggravantes, une complicité avec les autres occupants adeptes de la charia.

Mais malgré leurs réticences justifiées, les autorités et les populations ont accepté de s’asseoir sur la même table et de pardonner, à condition que justice soit faite et que certains crimes ne restent pas impunis. Difficile donc d’arriver à une véritable réconciliation nationale si la lutte contre l’impunité devait être lettre morte.

Les groupes rebelles terroristes touareg, Mnla et Hcua, l’ont d’ailleurs compris puisqu’ils viennent de suspendre, vendredi dernier, leur participation au processus de dialogue supervisé par la communauté internationale. D’ailleurs, ces groupes n’avaient jusque-là témoigné d’aucune véritable volonté d’aller à ce dialogue devant aboutir à la paix. Pour preuves, refusant toujours de désarmer, ces groupes armés terroristes ont également refusé de se cantonner dans la seule région de Kidal, se montrant très actifs du côté de Léré (Région de Tombouctou), où ils ont eu des accrochages avec les forces armées et de sécurité, ou vers Ménaka où ils continuent leurs exactions sur les populations civiles. Ces régions constituent avec Kidal leur territoire qu’ils revendiquent pour créer une hypothétique république de l’Azawad.

Paix et sécurité

Il faut dire que ces gens bénéficient de la bienveillante protection du Serval français et de la Minusma : aujourd’hui encore ils contrôlent Kidal, y dictent leur loi, et ont cantonné l’armée malienne dans un coin. Or, sans la présence de l’armée et de l’administration sur tout le territoire national où doivent exercer leur souveraineté, on ne peut parler de libération totale du nord a fortiori de réconciliation nationale. Encore moins de paix et de sécurité.

Le président français François Hollande affirme vouloir organiser des assises internationales sur la question paix et sécurité dans le Sahel. Comme ATT qui a longtemps demandé à la communauté internationale de l’aider à organiser une conférence internationale sur la paix, la sécurité et le développement dans la bande sahélo saharienne. Pour des questions d’ego, calculs individualistes et agendas personnels de certains chefs d’Etat, le projet n’a jamais abouti et le Sahel est devenu, entre temps, une véritable poudrière et une menace permanente pour tout le monde.

Il reste à espérer que le président Hollande rencontrera beaucoup moins d’égoïsme, d’hypocrisie, de calculs politiciens que l’ancien président malien. Car si l’intervention de la France et de la Minusma à éparpiller les groupes armés terroristes et jihadistes, la menace est loin d’être complètement et définitivement circonscrite. En témoigne l’attentat-suicide, samedi dernier à Tombouctou, contre le camp militaire. Un acte qui en dit long sur la capacité de nuisance de ses groupes dont des membres, originaires des régions du nord, ont trouvé refuge dans leur communauté de base, au sein du haut conseil pour l’unité de l’Azawad (HCUA) ou du Mouvement islamique de l’Azawad (MIA), en réalité des prolongements du Mujao, d’Aqmi et d’Ansar Eddine.

Développement durable et bonne gouvernance

La bonne gouvernance est un facteur de développement durable. Tout au long de sa campagne électorale, le candidat IBK n’a pas manqué d’affirmer qu’une fois élu il s’attellera à poursuivre le processus démocratique brutalement interrompu par les militaires, à la lutte contre la corruption et la délinquance financière qui plombent l’économie nationale. Il sait de quoi il parle mais a-t-il réellement la volonté de combattre ces fléaux ?

Parce que l’électeur qui l’a élu sait, lui aussi, qu’IBK est largement comptable dans la décrépitude que le pays connait depuis l’historique soulèvement populaire de 1991 alors qu’il était aux affaires : de 1994 à 2000 comme Premier ministre, de 2002 à 2007 en tant que président de l’Assemblée nationale. En outre, de 2002 à 2006, l’homme a étroitement collaboré avec pouvoir d’Amadou Toumani Touré avant de rompre avec le président pour se préparer à la présidentielle de 2007. Battu, il sera encore représenté dans le gouvernement d’ATT pendant une bonne partie du deuxième quinquennat de ce dernier.

Côté démocratie, personne n’oubliera de sitôt qu’IBK a été élu avec le soutien actif de forces obscurantistes, rétrogrades et antidémocratiques.

Mais comme il l’a dit, et il n’y a aucune raison de ne pas le croire, le nouveau président ne se veut l’otage de personne ni d’aucun groupe, voulant sans doute avoir les coudées franches pour tenir au moins quelques unes de ses nombreuses promesses de campagne. Populaire aujourd’hui, le restera-t-il dans quelques mois ? En tout cas il vient d’assurer le retour du Mali sur la scène internationale en attendant d’assurer sur le plan national.

Cheick TANDINA

30 Septembre 2013