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Notre propos ici est de faire une analyse sémiotique et stylistique de ce discours fondateur, car pour nous c’est hier que le chef de l’Etat a été investi. Il a parlé plus de 30 fois à la première personne et posé les jalons de ce que va et doit être la reprise en main dans un pays meurtri par la chienlit.

Entre l’escalade de la surenchère brandie par les factions séditieuses au nord et la vilénie indescriptible d’une partie de l’armée honteusement tapie à Kati, le Chef de l’Etat a tranché net, dans sa dernière adresse à la nation. Il a d’abord réaffirmé vigoureusement que la solution de sortie de crise passe par la mise en œuvre d’une stratégie basée sur le développement local dans un Etat éclairé. Il a ensuite pris sans doute la décision la plus spectaculaire de son début de mandat : celle de la dissolution ipso facto du comité militaire de la réforme des forces de sécurité et de défense « .

Sur la forme, il ne s’est pas trompé. Il s’est adressé directement à la nation par une adresse solennelle aussi bien dans le décor que dans le ton.

Sur le décor, les attributs de la souveraineté ont été mis en avant dans la prestance : debout à Koulouba, le palais de la gouvernance, le drapeau tricolore, l’hymne national.

Le fait qu’il ait choisi de parler essentiellement à la première personne ( je et me) est très symptomatique de l’enjeu qu’il a de sa responsabilité : « Je ne me méprends pas sur a signification du vote qui me vaut le redoutable privilège de parler au nom du grand peuple que vous êtes. Je n’ai pas été porté à la tête de ce pays pour l’affaiblir, le trahir, le piller, en faire la risée du monde ou le laisser à la dérive « .

Cette responsabilité est assumée une trentaine de fois avec une grande nervosité , signe de l’énormité des faits incriminés. La gestuelle est vivace avec même parfois des indexations comme s’il était en face de ses interlocuteurs.

Visiblement, il est hors de lui-même quand il parle de « l’indignation « , de » l’humiliation » posées par des soldats de Kati au «moment où les soldats d’autres nations, quittant leur pays et leurs familles, sont sur notre sol, pour nous défendre, et cela parfois jusqu’au sacrifice suprême».

Est-ce pour cela que le Chef de l’Etat est « sorti » de son texte initial ? En tous cas les téléspectateurs qui ont suivi le direct de l’intervention ont retenu des propos forts du genre «on ne me trimbale pas ; Kati ne fera pas peur à Bamako». Ces propos ne sont pas dans le texte publié dans les colonnes de votre journal.

Bien dit, mais les sauts d’images trahissent un travail de nettoyage hâtivement mené. Il appartient aux communicants du chef de l’Etat de lui faire voir la nécessité de la bonne articulation de ses textes car parfois, on en est à se demander ce qu’il est en train de dire. Le rendu doit être à la dimension de la grande qualité mise dans le style de rédaction qui tient tant de Bossuet que de Victor Hugo.

Ibrahima MAIGA

04 Octobre 2013