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Ibrahim Boubacar Keïta, candidat à l’élection présidentielle d’une forte coalition de 40 partis et plusieurs dizaines d’associations, s’est rendu, le lundi 15 juillet, à Kidal, capitale de l’Adrar des Ifoghas et bastion de la révolte touarègue. Il était accompagné, pour la circonstance, de son directeur de campagne, Abdoulaye Maiga, son conseiller spécial, Soumeylou Boubèye Maïga, l’inspirateur de cette mission. C’est aux environs de 15 h que l’avion d’IBK a atterri sur l’aérodrome poussiéreux de Kidal. Les premiers vents de sable ont accueilli la délégation à la descente de l’avion.

Rapidement, cinq véhicules, venus en trombe, se sont arrêtés devant nous. Les uns et les autres se sont engouffrés dans les véhicules à destination de la mairie de Kidal. Au passage, pas un coq dans les rues désertes de Kidal. A part deux ou trois boutiques ouvertes, c’était le silence radio. Aucun bruit, aucune animation, aucun signe de vie normale.

A l’arrivée, IBK a été accueilli par les Préfets de la région de Kidal, le Gouverneur, les membres de son Cabinet et le Président de l’Assemblée régionale. Tout ce beau monde habite le seul local de la mairie. Ils y travaillent, y dorment à même le sol, dans des conditions peu enviables. On nous apprend que les listes électorales existent, les cartes également sont enlevées sans anicroche. Selon le Président de l’Assemblée régionale, en trois jours, mille cartes ont été enlevées.

Le Directeur de Cabinet du Gouverneur nous a confié qu’avant vendredi prochain tous les Préfets vont rejoindre leurs localités.
Deuxième étape de la visite, chez Intallah, le chef vénéré des Ifoghas, père d’Algabass Ag Intallah, Président du Haut Conseil Unifié de l’Azawad. C’est son fils ainé, Mohamed Ag Intallah, député de Tin-Essako, qui conduisait la délégation. Il est également le porte-parole de son père. Pour la circonstance, il était interprète.

IBK a dit à Intalalah : « Mon père, je suis venu te saluer et m’enquérir de ton état de santé. J’ai ta nostalgie. Mon père, la situation de notre pays est grave. Le pays a besoin de votre sagesse, de votre implication et de votre influence pour la réconciliation nationale mais je pense que ça ira, incha allah ! ». Mais l’interprète a dit à IBK : moi je ne suis pas allé par quatre chemins, j’ai dit à mon père, en plus de tout ce que tu as dis, que tu veux être président et que tu as besoin de son aide, de son soutien (éclats de rires). Après, la délégation s’est retirée et IBK est resté seul avec Intallah et son fils interprète.

Troisième étape de la visite, chez cet autre notable ; Baba Ould Sidi Elmoctar, le chef des Kountas d’Anefif, Baba Ould Sidi Elmoctar. IBK a répété devant ce vieux les mêmes propos tenus à Intallah. Sans langue de bois, le chef des Kounta a loué les mérites d’IBK, ses qualités d’homme d’Etat et clairement affirmé qu’il reste avec IBK jusqu’à sa mort. Il lui a promis de faire de son possible parce que maintenant il n’a plus de force comme avant mais qu’il donnera les instructions nécessaires pour que le vote se fasse en faveur d’IBK, dans les zones où il reste influent. Après, IBK a eu un tête- à-tête avec Baba Ould Sidi Elmoctar, loin des yeux et oreilles indiscrets de la presse.

Dernière étape de la visite, le camp n°2 de Kidal. Là, la communauté Imgad qui s’y est refugiée après des affrontements sanglants, parce qu’ayant applaudi l’arrivée de l’armée malienne, a réservé un accueil chaleureux à IBK : « Mali, Mali, Mali, IBK, IBK, IBK », non sans arborer le drapeau malien. IBK en était fier. Il les a salués et leur a demandé de rester calmes et sereins. Il leur a également demandé d’ignorer les provocations d’où qu’elles viennent.
Ensuite, il a salué les militaires maliens à qui il a rendu un hommage pour le sacrifice consenti et l’amour de la patrie. Il leur a demandé d’être à l’écoute de leurs chefs parce que le monde entier a les yeux rivés sur eux.
« Je comprends et je vois vos conditions, ils changeront Incha allah » a-t-il lancé, avant de leur dire : « courage, le pays compte sur vous ».
IBK et sa délégation ont repris l’avion à destination de Bamako, avec une escale technique à Sévaré. C’est aux environs de 22 h qu’ils ont atterri à Sénou, avec un grand ouf de soulagement.

Il est donc le premier et l’unique candidat, pour l’instant, qui a eu le courage politique d’aller à Kidal, malgré les risques liés à une telle entreprise dans le contexte actuel. La tension est perceptible dans la ville, avec un tissu social déchiré. Les défis de Kidal sont nombreux. IBK a eu l’onction des notabilités de Kidal qui comptent sur lui pour la paix et le développement de la région.
Rappelons que 72 heures avant le départ de la délégation sur Kidal, les ressortissants de cette région, réunis au sein de leur association, ont décidé de soutenir IBK, parce qu’il est le seul, à leurs yeux, capable de recoudre le tissu national, remettre les Maliens au travail et développer la région de Kidal.

Chahana Takiou

22 Septembre du 18 Juillet 2013