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Après Nouakchott, le président malien attendu demain à Alger : le pari (incertain) d’IBK pour impulser la coopération sécuritaire au Sahel occidental

La visite que vient d’effectuer le président IBK en Mauritanie et celle qu’il entreprend à partir de ce jeudi en Algérie s’inscrivent dans son projet de réchauffer et redynamiser les relations entre le Mali et ces deux pays dits du « champ » qui s’étaient détériorées au point de friser la rupture sous ATT. Au cœur de cette mésentente : une différence d’approche très marquée sur la façon la plus appropriée de vaincre l’hydre du terrorisme dans la zone sahélo-saharienne.

Régulièrement Nouakchott, plus encore Alger, par le biais de la presse à leur dévotion et jusque dans les fora internationaux, faisaient le procès du Mali, accusé de s’être transformé en « terre d’accueil « si ce n’est » le ventre mou » voire « un sanctuaire » pour le terrorisme en Afrique. A quoi Bamako, tout en évitant de citer ouvertement ces deux capitales, rétorquait avec l’argumentaire que voici : le terrorisme en question a pris racine en Algérie. C’est de là qu’il est parti pour se répandre, tel le mildiou (souvent décrit comme le cancer des plantes) dans le sahel occidental, principalement le nord du Mali. Entre 2008 et 2010, voire au-delà, les forces armées maliennes ont lancé des assauts répétés contre les bases et unités terroristes, leur infligeant de lourdes pertes en vies humaines et en matériels. Mais eu égard à l’immensité du théâtre des opérations, à la mobilité des groupes terroristes et à la faiblesse des moyens notamment logistiques des forces armées, il est vite apparu qu’ à elles seules, elles ne peuvent gagner la partie.

D’où les appels incessants du président ATT en faveur de la mise en place d’une coopération sous-régionale dans le domaine sécuritaire. De nombreuses réunions se sont tenues à cette fin à Alger, Tamanrasset et Nouakchott. Elles ont été sanctionnées par des résolutions afférentes à un échange plus soutenu des renseignements entre les armées des quatre pays prioritairement concernés (Algérie, Mauritanie, Niger, Mali) sur les mouvements des terroristes dans le désert ; à la création de patrouilles mixtes pour mieux surveiller les frontières ; à une formation plus adaptée des soldats à la guerre dans l’espace saharien. Elles n’ont jamais été suivies d’effet.

En tant que puissance économique et militaire régionale, c’est l’Algérie qui était censée prendre la situation en main et traduire ces belles résolutions en actes concrets. Non seulement elle n’a rien fait, mais a semblé, en bien des circonstances, être de connivence avec les entités ciblées. Celles-ci ne pouvant à l’évidence être opérationnelles qu’avec les véhicules, les pièces de rechange, les carburants, les vivres dont elles prenaient possession en territoire algérien. Sans compter que les terroristes blessés lors des affrontements avec les militaires maliens se faisaient soigner en Algérie. Et y reprenaient des forces pour revenir sévir au Mali.

Les dirigeants maliens de cette période ont toujours pensé et dit aussi que la seule approche militaire et sécuritaire était insuffisante pour éradiquer le fléau terroriste et que celui-ci se développant sur le terreau de l’extrême pauvreté, il y a lieu de la soutenir et compléter par une approche de développement pour parvenir à un résultat efficient.

Dans cet esprit, ATT et son ministre des Affaires étrangères, Moctar Ouane, ont tenté d’organiser à Bamako un sommet sur « la paix, la sécurité et le développement au Sahel ». En vain. Leur enthousiasme et leur détermination ont échoué face au boycott organisé par la redoutable machine de la diplomatie algérienne lancée à plein régime.

Le manque de volonté des autorités d’Alger à s’engager dans une coopération sincère et efficace avec le Mali en matière sécuritaire s’est illustrée dans des circonstances autrement tragiques qu’il n’est pas vain de rappeler. L’Algérie n’a pas eu la réaction souhaitée lorsque le gouvernement de Bamako l’a exhortée à approvisionner en eau et en vivres les troupes maliennes qui, dans leur traque des bandits armés de Bahanga, s’étaient trop éloignées de leur base et n’étaient plus qu’à portée de canon de la frontière algérienne. C’est le président Bush des Etats-Unis qui les sauvera d’une mort annoncée en leur faisant larguer les vivres indispensables par un cargo des forces aériennes de son pays.

A la veille de l’attaque des jihadistes contre le camp de Kidal en 2012, l’Algérie a préféré exfiltrer ses instructeurs venus former les soldats maliens plutôt que de leur ordonner de combattre aux côtés de ceux-ci jusqu’à l’arrivée de renfort qui aurait pu en éviter la chute. Pire, elle n’a accepté de recueillir sur son sol les soldats maliens en débâcle qu’une fois qu’ils se furent délestés de leurs armes et munitions en territoire malien. C’est-à-dire aux mains des ennemis qui les pourchassaient.

Enfin, lorsque la communauté internationale se mobilisait pour libérer le septentrion malien finalement occupé par les jihadistes, l’Algérie s’est évertuée à déployer une débauche d’énergie et de malice pour l’en dissuader. Dans le but manifeste de faire échec à l’opération. Grâce à Dieu et aux hommes de bonne volonté comme François Hollande, Alassane Ouattara et Idriss Déby, elle n’y est pas parvenue. Ce voisin du nord que le Mali a aidé pour se libérer du joug du colonialisme français n’a pas envoyé un seul soldat pour bouter hors du Mali des terroristes pourtant venus pour la plupart de son territoire. Des pays, que le Malien ordinaire ne peut situer sur la carte, l’ont fait.

C’est dire que le président IBK aura fort à faire pour élever la relation sécuritaire algéro-malienne au niveau dicté par le bon sens et l’intérêt réciproque des deux Etats que tout condamne à s’entendre et à être solidaires l’un de l’autre.

El Hadj Saouti Labass HAIDARA

L’Indépendant du 15 Janvier 2014