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Le premier vice-président du Front anti-putsch non moins premier vice-président itou de l’Alliance pour la démocratie au Mali parti africain pour la solidarité et la justice (Adema/Pasj) a déclaré : « nous allons demander la dissolution du gouvernement dans les jours à venir ». Iba N’Diaye au-delà de l’horizon moral », qui impose les convenances diplomatiques en bridant l’analyse et le débat franc et sain.

Pour cet homme politique connu pour son franc-parler, « on ne peut continuer à entretenir cette confusion dans laquelle le Premier ministre regarde d’abord les yeux du Capitaine avant de prendre même les décisions les plus fondamentales pour la gestion quotidienne des affaires à plus forte raison la conduite des dossiers stratégiques« .

M. N’Diaye a fait cette déclaration peu après une rencontre du Premier ministre avec la communauté malienne en France. Rencontre au cours de laquelle, Cheick Modibo Diarra a été assailli de questions par la salle notamment sur la situation sécuritaire du pays coupé en deux au lendemain du coup d’Etat du 22 mars, sa politique gouvernementale et surtout la situation des responsabilités dans l’agression contre le président Dioncounda Traoré à son palais. Evoquant ce dernier point, le chef du gouvernement de transition n’a pu contenir son émotion, fondant des larmes que certains n’ont pas hésité à qualifier de « larmes de crocodiles ». Un cri du fond de la salle couvrit les murmures « nous avions pensé que vous étiez contre Dioncounda ».

Cette idée qui s’est imposée au sein de la communauté, Iba N’diaye n’est pas loin à la conforter en affirmant que « les pro-putsch qui soutiennent le CNRDRE et le gouvernement sont tous des gens qui savent qu’ils ne peuvent nullement diriger le pays par la voie des urnes». Il fera savoir que sur les 150 partis politiques formellement constitués au Mali, seules quinze formations sont représentées à l’Assemblée nationale reconnaissant toutefois le courage politique du parti Sadi de s’inscrire dans l’opposition alors que toutes les autres formations ont fait le choix d’accompagner le pouvoir ATT dans son « fameux consensus politique ». Mais atténuera-t-il son jugement en faisant remarquer que « c’est au nom de ce consensus, que l’Assemblée a aménagé ses textes pour permettre au parti Sadi d’avoir la vice présidence de son bureau malgré que le parti de Mariko, du fait de ses intransigeances, ait vu partir deux de ses cinq élus vers d’autres formations ; des départs qui empêchaient le parti d’avoir un groupe parlementaire« .

Eclaircissement

Iba N’Diaye en homme clairvoyant reconnaîtra que la politique du consensus proposée par ATT était une expérience qui a montré ses limites. C’est pourquoi, il prône désormais « que chacun s’assume ». Expliquant sa pensée, il a fait savoir qu’une démocratie digne de ce nom ne peut fonctionner sans la confrontation des idées, des programmes politiques. Faisant désormais valoir sa détermination à se battre pour ses idées à lui, sûrement aussi de son parti l’Adema, M. N’Diaye n’a pas hésité à demander « un éclaircissement même s’il faut mourir dans cette bataille« .

Il reconnaîtra qu’ « avec ce gouvernement nous nous enlisons » soulignant au passage la navigation à vue de l’équipe dirigée par Cheick Modibo Diarra. Il est en effet courant que les observateurs fassent remarquer l’absence de feuille de route pour le gouvernement même si pour le Premier ministre lui-même, ses missions ont été définies dans l’Accord-cadre proposé à la junte par la Cédéao. Soit ! Mais l’autre reproche fait au gouvernement CMD est de faire planer des doutes sur le bien fondé de ses actions et de ses priorités. Plutôt que de dissoudre purement et simplement le CNRDRE comme l’exigent les partenaires de notre pays, CMD s’est contenté de le transformer en un comité consultatif sur les reformes militaires.

Oussouf Diagola

(correspondant à Paris)

Les Echos du 19 Juin 2012