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Les dires du Directeur de l’Institut norvégien des Affaires internationales, M. Lodgaard Sverre, sont assez pertinentes sur les airs et accents de ces chants qui font la fierté de tout pays : “Beaucoup d’hymnes nationaux sont nés à un moment crucial de l’histoire de leurs pays, coïncidant, le plus souvent, avec des batailles sanglantes.” Ce qui explique très souvent le caractère belliqueux et guerrier de leurs paroles.

Cependant, chez la majeure partie des pays africains, les hymnes nationaux sont inspirés des circonstances et péripéties des indépendances. D’où la couleur et la résonance patriotiques de leurs mots, avec des notions de liberté, d’affranchissement, d’émancipation… Comme disait l’autre, “le triste souvenir de la colonisation a passé par là.


L’esprit guerrier,… même sur les stades

Chez la plus grande partie des pays occidentaux -et même orientaux-, les termes des hymnes réflètent un esprit guerrier, sinon vengeur ou vindicatif.

A force d’être galvanisé, le patriotisme a pris une tournure martiale, et les hymnes ont emprunté des allures de chants révolutionnaires. Mais l’intolérable, du moins l’intolérance, c’est que ces hymnes sont clamés… lors des rencontres sportives internationales.

Au lieu de se contenter d’un hymne de la CAF ou de la FIFA, qui ferait honneur au seul sport en général, ce sont plutôt les hymnes des équipes concurrentes -le jour de la rencontre- qui sont solennellement chantés à l’unisson, souvent à tue-tête. Comme pour rehauusser l’image du pays de l’équipe ou du sportif en compétition et prier pour que “les dieux du stade” soient de son côté.

Pourtant, ces rencontres sportives sont censées promouvoir la paix et la fraternité entre les peuples. Mais le moins que l’on puisse constater, c’est que les mots et le ton de certains hymnes sont loin d’être…fair-play. Et pour cause: en général, ce sont des bouts de phrases “va-t-en-guerre”.


Des airs effrayants…

Aux armes, citoyens ! Formez vos bataillons ! Marchons, marchons ! Qu’un sang impur abreuve nos sillons ! ” Ainsi houspille “La Marseillaise” des Français, un chant écrit par un acteur de la Révolution française de 1789, Rouget De Lisle.

Et les Italiens, de répliquer, encore plus suicidaires : “...Rassemblons-nous en une cohorte ! Nous sommes prêts à mourir ! L’Italie nous appelle ! “.

Et les Mexicains, de menacer : “… Mexicains, au cri de guerre, préparez aciers et destriers ! Et que tremble le noyau de la terre, au rugissement du canon!”

La Chine n’en compte pas moins sur sa force de “pays le plus peuplé du monde” pour exhorter : “… Debout, debout ! Nous, millions d’hommes, d’un seul coeur, bravons le feu de l’ennemi ! En avant ! “.

Avant d’attaquer le pays de Saddam Hussein, les Etats Unis n’avaient peut-être pas prêté attention à l’hymne extrémiste iraquien : “… La jeunesse ne sera pas fatiguée ! Elle doit lutter pour l’indépendance ou elle mourra ! Nous préférons trinquer à la mort qu’être esclaves de l’ennemi !

Dès lors, on comprend mieux pourquoi les Etats Unis ne parviennent toujours pas à “pacifier” l’Irak…Quant à l’hymne des Afghans, il ne badine pas non plus, et mieux, il avertit : “… Tant qu’un seul Afghan respirera, l’Afghanistan existera !

Un des hymnes du Danemark -car les Danois en ont deux- est digne des Barbares d’Attila : “… Son épée frappa à coups redoublés ! A travers les casques et les têtes gothiques, il passa !” Ce “il”, c’est le roi danois, Christian II qui, en 1644, livra une terrible bataille contre les Suédois.

Les Norvégiens aussi ne s’en laissent pas compter: “... Les fermiers aiguisent leurs hâches !” Contre qui? Encore contre… les Suédois.

Les Polonais, eux, jurent de se venger : “… Ce que l’étranger nous a pris par la force, nous le regagnerons pour délivrer la patrie ! Et nous reviendrons par la mer ! “. Cet “étranger” n’est autre… que la Suède. Encore et toujours les Suédois, qui envahirent aussi la Pologne, entre 1655 et 1660. C’est que la Suède, particulièrement puissante à l’époque, avait terrorisé toute l’Europe de l’Est !

Et de doux accents

Après avoir “goûté” à la guerre durant des décennies, les Boliviens n’aspiraient finalement plus qu’à la paix. Ce qui explique la teneur pacifique de leur hymne : “… Au vacarme martial d’hier, et au bruit de l’horrible guerre, succèdent maintenant, dans un harmonieux contraste, les doux hymnes de la paix et de l’union.

L’hymne des Anglais n’est pas celui de “poules mouillées”. Aussi n’oublent-ils jamais leur “Mère Poule” , autrement dit, la Reine d’Angleterre : “… Que Dieu protège la Reine ! Dispersez les ennemis et provoquez leur chute ! ”.

Quant à l’hymne du Nouveau Monde -les Etats Unis-, il sublime plutôt la bataille qu’il a livrée en 1814 contre l’envahisseur…anglais, pour protéger les voies fluviales de Baltimore. Et le drapeau américain, surnommé “La bannière étoilée”, ne fut créée qu’après son adoption par le Congrès, en 1931.

L’hymne de l’Autriche, lui, ne fut officialisé qu’en 1947, c’est-à-dire après les affres endurées par le pays, au cours des deux grandes guerres. Si bien que depuis lors, les Autrichiens ne pensèrent plus qu’à… louer la beauté de la nature : “… Pays des montagnes, pays des fleuves, pays des champs ! ” Si seulement… un certain Adolph Hitler avait été sensible à cette beauté !…

Jusqu’à présent politiquement neutre et pacifiste, la Suisse est l’un des rares pays dont l’hymne glorifie la paix: “… Sur nos monts,… les beautés de la patrie parlent à l’âme attendrie ! “ C’est que les Suisses n’ont pas essuyé de guerre, depuis… plus de 500 ans.

Oumar DIAWARA

22 novembre 2007.