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La fièvre qui s’était emparée des populations de Sébénicoro dans le ramassage des noix de mangue est retombée aussitôt venue. En effet, faute d’acheteurs, les bonnes femmes qui avaient cru découvrir le précieux filon, commencent à prendre leur mal en patience. La corvée avait pourtant duré toute la semaine dernière durant laquelle femmes et enfants s’adonnaient à cœur joie à la collecte des noix de mangue.

On se croirait dans un nouveau Far West. Certaines femmes avaient déjà récolté la tonne et le quintal en remplissant des sacs de 100 kg. Les noix de mangue, avait-on dit, se seraient écoulées au prix de 250 francs Cfa le kilo.

La perspective d’amasser une somme aussi rondelette en un rien de temps et en si peu d’effort avait fait pousser des ailes aux plus entreprenantes. Mais lorsqu’elles se sont rendues au marché de Sébénicoro pour écouler leurs précieuses cargaisons, il n’y avait point d’acheteurs.

Pourquoi une telle mésaventure ? Depuis un certain temps, la rumeur circulait dans le quartier qu’une usine de la place travaille à transformer la noix de mangue en savon.

Et les femmes bondirent aussitôt sur la fausse bonne nouvelle. Sans désespérer, une bonne femme affirme mordicus : « les gens de l’usine sont allés voir si le projet est faisable ». Celle-là, on s’en doute, risque d’attendre aux calendes grecques.

Transformer la noix de mangue en savon, n’est-ce pas vouloir transformer le métal en or comme voulaient le faire les alchimistes du moyen âge ? Le seul regret dans l’affaire est que Sébénicoro, débarrassé de ses noix de mangue avait commencé à devenir propre.


Mamadou Lamine Doumbia

09 Mai 2008