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Privées de leurs clients des régions du nord et interdites d’exportation, les huileries ont aujourd’hui sur les bras, de gros stocks d’aliment-bétail et d’huile

jpg_une-1199.jpgLes industries de transformation occupent une place vitale dans l’économie de la 3ème Région, principalement celle du cercle de Koutiala, le premier producteur de coton du pays. Ce cercle compte, à lui seul, 29 industries dont 24 huileries cotonnières sur la quarantaine que totalise le pays faisant ainsi de Koutiala, la 2è ville industrielle de notre pays et la 1èreville en industries de transformation du pays.

Ici les fabriques d’huile font la fierté de la ville depuis la fermeture de Huicoma en 2008. En effet, l’importante production de graine de coton enregistrée depuis deux décennies dans la région, a facilité l’implantation de nombreuses huileries. Au départ, la plupart de ces unités se caractérisaient par l’absence d’équipements techniques de raffinage. Cette insuffisance influait sur la qualité des huiles mise sur le marché. L’on se souvient qu’en 2008, les associations de consommateurs étaient montées au créneau pour dénoncer la mauvaise qualité de la production de certaines huileries. En son temps, le gouvernement était intervenu pour suspendre la production d’huile alimentaire par les unités incriminées. La mesure a porté ses fruits. Beaucoup d’usines se sont mises à niveau.

PETITES HUILERIES DEVIENNENT GRANDES INDUSTRIES. Elles se sont, en effet, dotées d’équipements performants de raffinage, de traitement et de transformation la graine de coton ou toutes autres amandes oléagineuses. Elles se sont aussi équipées de laboratoires adéquats d’analyses et ont embauché des laborantins spécialisés. Beaucoup de petites huileries créées en 2008 sont devenues aujourd’hui de véritables unités industrielles dotées de raffineries de dernière génération et de laboratoires d’analyse digne de ce nom. C’est le cas des huileries « Unité Djéna » de Idrissa Ouattara, « Huiko-Fak » de Fanta Mady Keita, « Huico-Nour » de Namakan Keita, « Tara d’Or » de Madou Traoré, « Huilerie » de Mamoutou Touré, « Huileries TBAB », « Huico-SAP », « SK-D’Or », « Huico-Bak », « Huico-Bo ».

La compagnie Badenya est la plus grande entreprise industrielle de la ville. En plus d’une huilerie (H.Y.K), dernière génération, l’entreprise compte une usine d’emballage de sacs tissés (emballage Miankala) et une autre de glace. Cette entreprise emploie actuellement plus de 200 employés permanents autant de temporaires pour la campagne des huileries qui a débuté depuis novembre avec le démarrage des usines d’égrainage de la Compagnie malienne de développement du textile (CMDT).

Le promoteur de la compagnie, Yaya Koné, rappelle que la campagne industrielle a démarré en novembre pour la plupart des huileries de la ville avec la mise à disposition par la CMDT, des graines de coton. Les activités de ces usines étant étroitement liées à la production de coton, lorsque celle-ci est mauvaise, les usines sont contraintes d’importer de la graine de coton des pays voisins notamment la Côte d’Ivoire, le Burkina Faso et souvent la Guinée Conakry. Mais cette année, avec la bonne pluviométrie enregistrée dans notre pays, la production cotonnière a été excellente d’où le démarrage rapide de la campagne. Actuellement, la production journalière de Badenya avoisine les 200 tonnes de graine par jour soit près de 4.000 litres d’huile raffinée, développe l’industriel.

Le président de la coopérative des huiliers de Koutiala, Fanta Mady Keita, se félicite du développement exponentiel des huileries de la capitale du Miniankala depuis 3 ans. « Nombre de ces fabriques se sont dotées de stations d’épuration et de traitement des eaux usées. Celles-ci ont coûté plusieurs dizaines de millions d’investissement pour certaines et des centaines de millions pour d’autres. Certaines huileries ont recruté des spécialistes au Burkina Faso et en Côte d’Ivoire. Des techniciens chinois et indiens forment les ouvriers chez d’autres. Aujourd’hui ces entreprises ont généré des centaines d’emplois. Plusieurs d’entre elles emploient plus de 100 personnes à titre temporaire ou permanent », explique l’industriel.

L’ECONOMIE DE LA VILLE RETROUVE SON DYNAMISME. Le démarrage de la campagne des huileries à Koutiala est une période de bonnes affaires dans la cité. Tous les secteurs d’activités économiques de la ville s’activent. Idrissa Ouattara, promoteur de l’huilerie « Djéna », résume la situation en ces termes : « Le démarrage de la campagnes des huileries, c’est le décollage de la vie même à Koutiala. Elle mobilise les 700 camions-remorques de la ville. Tandis que certains ramassent le coton graine des champs, d’autres distribuent de la graine de coton dans les huileries et les plus solides vont livrer nos productions dans les régions du Nord. A côté des camionneurs, les vendeurs de pièces détachées, les mécaniciens, électriciens et autres plombiers prospèrent aussi. Ceux-ci sont mobilisés pour réparer aussi bien les pannes des machines des huileries que ceux des gros porteurs et autres engins lourds. Quant aux ouvriers, ils sont réclamés aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur des huileries pour les chargements de camions en coton graine, le déchargement de la graine dans les usines », développe le manufacturier.

La gent féminine est elle aussi très sollicitée. Elles sont soit recrutées par les huileries pour la fabrication et la vente du savon, soit pour l’installation de cantines alimentaires pour les ouvriers. Certaines opèrent dans le lavage et la stérilisation des bidons et autres récipients servant au stockage des produits finis. Cette forte mobilisation de tous les bras valides de la ville a forcément un grand impact sur les autres activités économiques tels que les commerces, les boulangeries, les laiteries, les gargotes et même le commerce de bétail. La manne a attiré des ressortissants étrangers. Fréderic, est un électricien togolais, venu pour la campagne de production d’huile à Koutiala. Cet électricien est spécialisé dans la réparation des dynamos et des courroies de transmission pour engins lourds. « Je viens ici chaque année pour la campagne de Koutiala. J’amène des pièces détaillées pour ce genre d’industrie que je livre aux industriels de la ville. J’en profite également pour faire des dépannages et des révisions de certaines machines. Car, je suis mécanicien spécialiste de cette industrie », témoigne le technicien avouant être très satisfait de ce début de campagne.

L’IMPACT DE LA CRISE DU NORD. Cependant, l’effondrement de l’économie suite aux multiples crises que vit notre pays, a profondément affecté ces huileries. Ainsi, celles-ci sont aujourd’hui privées de leurs principaux débouchés notamment les 3 régions du nord et une partie de la région de Mopti.

Le président de la coopérative des huiliers de Koutiala, Fanta Mady Keita est catégorique. « Nous ne savons plus à quel saint nous vouer. Depuis le début de la campagne, nous cherchons à entrer en contact en vain avec nos partenaires commerçants du nord mais sans succès. Certains nous ont signifiés qu’ils ont quitté la ville pour s’installer dans d’autres pays de la sous région, tandis d’autres disent avoir arrêtés les activités pour le moment. Aujourd’hui, nous ne ravitaillons qu’une partie de la zone de Bankass, de Koro et des zones Bandiagara, Ténenkou, Djenné, San et la ville de Mopti », énumère l’huilier.

En outre, les huileries font également face à la mévente de leurs produits phare : l’aliment bétail. En effet, la bonne pluviométrie de cette année a favorisé le maintien des animaux aux pâturages plus longtemps que les autres années. Pour les promoteurs des huileries, la seule solution à cette mévente est l’ouverture du marché à l’exportation. « Un arrêté du ministère du Commerce et de celui de l’Economie interdisait tout exportation de l’aliment bétail. Cette année est particulière, nous sommes privés de nos principaux débouchés, nos usines et magasins sont débordés d’aliment bétail. Il faut que l’Etat face quelques chose », lance le patron de « Unité Djéna ».

Le PDG de la compagnie « Badenya », Yaya Ouattara, souligne un autre problème majeur : le lâchage par les partenaires extérieurs des industries lourds comme son usine d’emballage. « Au niveau de l’usine d’emballage, nous faisons les achats de matières matières sur le marché international via des banques. Avant la crise, les fournisseurs demandaient le transfert de 60 % de la valeur avant livraison et le reste après, mais aujourd’hui, ils ont imposé le paiement cash des marchandes dès la commande. Pour mes partenaires, notre pays n’est plus une destination sûre. Même dans les banques de notre pays, l’accès aux crédits est très difficile maintenant. Et cela hypothèque sérieusement notre production », témoigne ce jeune entrepreneur.

Malgré tout ici les moteurs tournent à plein régime et l’espoir est de faire une bonne campagne malgré la situation difficile du pays. Les promoteurs appellent de tous leurs voeux une ouverture à l’exportation en attendant la libération des régions du nord.

D. DJIRE

L’Essor du 29 Novembre 2012