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Le fonctionnaire Souleymane Samaké est revenu à la terre. Il est devenu producteur de pourghère à Tinkélé, village situé à environ 70 kilomètres de Bamako, dans la commune rurale de Ouélessébougou.

Le paysan moderne Samaké est aujourd’hui le président de l’association « Djitoumou Kunkan » qui travaille à promouvoir le biocarburant à partir de l’huile de pourghère.

Cette plante est une chance pour notre pays. Le Programme de valorisation énergétique de la plante pourghère (PVEPP) a déjà réalisé un bond remarquable. L’utilisation de l’huile de pourghère comme biocarburant ne relève plus du rêve. Nous disposons désormais de la technologie nécessaire à la transformation des graines en huile et tourteau.

L’indépendance énergétique du Mali est possible. Le chef du PVEPP, Aboubacar Samaké, confirme cet espoir. Toutefois, il émet une réserve: « à condition que tous y croient et que les politiques appuient les actions de recherches et les acteurs de la filière« .

De son nom scientifique, Jatropha Curcas L, le pourghère est une ancienne plante, très connue à travers le monde. Mais son origine précise et la manière de sa propagation, restent encore mal cernées. Certains chercheurs situent son origine en Amérique centrale ou du sud.

La plante se serait ensuite répandue au Mexique, au Chili et au Paragay. Selon les archives du Centre national de l’énergie solaire et des énergies renouvelables du Mali, son introduction au Cap-Vert par les Portugais au 16è siècle, marque la date de son arrivée en Afrique.

La découverte du pourghère remonte à 70 millions d’années environ. Les scientifiques ont découvert des fossiles de la plante datant du tertiaire. Parmi les 8000 espèces réparties entre 210 genres de la famille des euphorbiacées, le pourghère est la forme la plus primitive. Son espérance de vie se situe dans la fourchette de 50 à 100 ans, dont 30 de pleine production.

Avant la production d’énergie. Le pourghère a connu des usages multiples. En effet, les feuilles et les racines étant propres à la consommation selon l’espèce, la plante est aussi utilisée à titre curatif. L’huile de l’espèce gossypifolia est un purgatif. Ses racines sont utilisées dans le traitement de la lèpre, à en croire les sources du CNESOLER. Plusieurs maladies comme le rhumatisme ou la calvitie sont soignées avec l’huile de pourghère.

Au-delà de la plantation du pourghère par les paysans comme haie vive pour protéger leurs champs, les sous-produits de la plante entrent dans la cosmétologie, notamment, la fabrication du vernis. La plupart des savons qu’utilisent les femmes rurales et même certaines familles urbaines, est obtenue à partir de l’huile de pourghère.

Les qualités du pourghère comme fertilisant des sols et de pourvoyeurs d’insecticides sont aujourd’hui avérées. Ainsi, plusieurs études réalisées au Mali et ailleurs, ont prouvé la valeur fertilisante du tourteau de pourghère, compte tenu de sa teneur élevée en éléments minéraux utilisables par les cultures.

La décomposition et la minéralisation du tourteau de pourghère sont très rapides, rappellent les scientifiques de l’IPR/ISFRA. Cette propriété permet aux cultures d’utiliser les éléments fertilisants libérés quelques jours seulement après son épandage.

Les résultats des études réalisées dans les champs de l’Institut de Katibougou par le chercheur Fousseini Samaké ont prouvé des rendements moyens de l’ordre de 1400 kg/hectare sur le sorgho et de 1300 kg/hectares sur le cotonnier, à la dose de 5 tonnes de tourteau par hectare.

La vulgarisation auprès des producteurs de ces résultats n’est pas pour demain. Ils attendent d’être confirmés par un dispositif d’expérimentation étendu sur plusieurs localités du territoire national, selon Aboubacar Samaké, chef du Programme de valorisation énergétique de la plante pourghère (PVEPP).

Ainsi, la culture du pourghère offre de multiples opportunités de développement socio-économique durable pour notre pays. La filière procure de nombreux avantages.

Elle participe à l’amélioration de la productivité et de la production agricole. L’industrialisation de l’agriculture par la valorisation des produits et dérivés est possible. La filière permet la création d’emplois ruraux. « Si elle est bien exploitée, la filière se présente comme une arme redoutable de lutte contre la pauvreté« , analyse Sadio Koité, de la coordination des jeunes de koulikoro, à la fin de la formation des promoteurs nationaux de la filière pourghère du Mali.

30% de réduction

pourghere.jpgCe taux représente actuellement l’apport de l’huile de pourghère comme biocarburant dans la facture énergétique du Mali, selon les statistiques du CNESOLER. Chaque année, s’émeut Souleymane Samaké, qui préside la coordination des producteurs de la plante pourghère au Mali, l’État dépense des centaines de milliards dans les factures d’hydrocarbures.

Et pourtant nous avons des moteurs qui peuvent consommer directement l’huile de pourghère. En guise d’exemple, nous avons aujourd’hui un véhicule du CNESOLER fonctionnant à l’huile de pourghère. Les moulins utilisés en milieu rural pour moudre les graines, pourraient tous fonctionner à l’huile de pourghère.

Les tracteurs et autres machines agricoles pourraient aujourd’hui être adaptés au biocarburant du pourghère. Il est propre, moins coûteux. Il protège l’environnement, garant d’une économie sociale durable, porteur d’espoir.

L’exemple du Brésil, dont plus de 50% des véhicules consomment du bioétanol (biocarburant à base d’huile végétale), est encourageant. En valorisant les potentialités énergétiques de la plante pourghère, nous gagnerons beaucoup en terme d’indépendance énergétique.

Il impulse le développement économique et social durable, reste convaincue Mme Keïta Awa Keïta, militante de l’association des productrices de graines de pourghère de Djoliba, une commune rurale du Mandé.

Les résultats obtenus depuis quelques années, en matière technologique, autorise le rêve. Dans le cadre de la mise oeuvre de la valorisation énergétique du pourghère, deux types de presse ont été expérimentés pour l’extraction de l’huile de pourghère. Les deux types sont disponibles sur le marché national et sous-régional.

Le premier type ou « presse Sundhara à moteur« , destinée à l’extraction des huiles végétales, a une capacité de 1.800 heures de service par an. La presse « bagani« , comme on l’appelle, peut traiter environ 100 tonnes de graines de pourghère par an. L’appareil est aujourd’hui fabriqué par les Ateliers militaires centraux de Markala (AMC).

La deuxième technologie de presse, appelée presse « Niéléni« , est une invention récente de Carl Bienlenberg, à faible coût de production. Elle est conçue pour le traitement à petite échelle, de semences oléagineuses (15 à 30 kg/ha). Elle s’avère comme un moyen efficace d’extraction.

Dans le domaine de la production énergétique, l’huile de pourghère peut alimenter un moteur hybride, c’est-à-dire un groupe électrogène pour produire de l’énergie électrique. L’engin fonctionne avec un mélange de gaz et d’huile de pourghère. Aboubacar Samaké évoque l’exemple de Kéléya avec fierté.

Village situé à une centaine de kilomètres de Bamako, Kéléya (commune rurale de Ouéléssébougou), est entièrement éclairé par une centrale hybride. Grâce aux efforts de recherches du Programme que dirige monsieur Samaké, le projet a vu le jour, et fait le bonheur des milliers d’habitants de Kéléya.

La centrale d’une capacité de 60 kva, consomme 9000 litres d’huile de pourghère par an. Plus d’une centaine de familles, des bâtiments administratifs, les marchés, la mairie, le poste de gendarmerie, les lieux de culte, sont alimentés à partir de cette centrale.

Le problème qui se pose à la filière est de produire assez pour répondre à la demande d’huile du marché. La production nationale n’est pas en mesure de satisfaire les besoins, indique Aboubacar Samaké. Le cercle de Kita est la seule localité du pays où la culture du pourghère donne une grosse quantité de graines et d’huile de pourghère.

L’artisanat local est très développé autour de la transformation de l’huile de pourghère. Le savon traditionnel de qualité appréciable fait le bonheur des familles. Mais les efforts à Kita ne suffisent pas à couvrir la consommation nationale, selon les estimations du CNESOLER.

Il faut dynamiser les actions de promotion de la plante, affirment les agents de cette structure. Ils encouragent les paysans, surtout les ruraux, à cultiver le pourghère. Elle peut se faire avec toutes les autres cultures céréalières, soutiennent les spécialistes. L’exploitation en est plus facile.

Comme un véritable miracle, le pourghère résiste à tous les obstacles à la croissance de l’espèce végétale. La plante livre une lutte sans merci contre la désertification et l’érosion. L’agro-industrie deviendra une locomotive de la croissance, en respectant l’environnement par l’utilisation du bio-carburant.

La mécanisation de l’agriculture connaîtra un essor remarquable grâce au faible coût de production du biocarburant, estime le CNESOLER. La biomasse (gaz inflammable) obtenu à partir du pourghère est une source d’énergie domestique très rentable.

Les nouvelles potentialités énergétiques favorisent un développement harmonieux. Il accorde aux générations futures, le droit à un monde sain, débarrassé de toutes les formes de pollution.

C. A. DIA- L’Essor

13 novembre 2007.