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Pour être, il voulait tuer le père. Aujourd’hui, l’enfant prodige tente un rapprochement. Quel sera le prix à payer ?

S’il y a un jeune loup de la politique malienne, c’est bien lui, Housseyni Guindo alias Poulo, le président de la Convergence démocratique au Mali (Codem). Il a des ambitions et s’en donne les moyens.

Pour les Amion Guindo, le Rassemblement pour le Mali (RPM), au départ, était une affaire de famille. Ce qui a d’ailleurs valu à Poulo, alors âgé d’une trentaine d’années (il est né le 21 avril 1970 à Bandiagara), d’être bombardé dans les instances supérieures du parti du Tisserand qu’il quittera pour devenir candidat indépendant à Sikasso. Proche des jeunes et des populations, il parviendra (il est en cela le seul des 7 précédents députés de la région), à renouveler son mandat et à se faire réélire. Poulo a des idées et le sens de l’anticipation.

Ces trois derniers coups médiatiques qui ont eu de vastes échos, c’est d’abord sa visite dans des rédactions, un exercice auquel peu d’hommes politiques ont osé se soumettre. Ensuite, il a lancé une opération de ramassage du grand dépôt d’ordures devant le cimetière de Lafiabougou, soufflant du coup sa notoriété et sa sympathie dans la Commune IV à Moussa Mara.

Ensuite, il renoncera, pendant la campagne électorale, aux millions que l’aide publique aux partis politiques lui octroyait. L’histoire ne dit pas si cela a été effectivement fait ou pas, tout comme en Commune IV où le tas d’ordures demeure, mais s’y attaquer était déjà une nouveauté.

« Retour » à la case départ ?

Au vu des multiples divergences qu’il a eues avec IBK et de la manière dont les deux étaient dans des camps opposés sous ATT, on s’attendait soit à le voir rester neutre au second tour de la présidentielle du 11 août, soit opter pour Soumaïla Cissé. Mais, c’est vers le père qu’il se retournera.

Cette posture est hasardeuse pour lui : au sein du RPM, certains n’ont pas oublié tout ce qui a été fait pour « l’enfant gâté » du parti, qui avait fini par rejoindre le camp opposé, celui d’ATT. Ce « retour », qui se dessine se fera également au détriment d’une certaine pratique de la « politique de proximité » qui réussissait pourtant à Poulo.

Pis, il est évident que nombre de militants qui se plaisent à la Codem se sentiront perdus dans un rapprochement avec le RPM, qui ne tarderait pas à devenir l’ogre. Or, personnellement, pour sa réalisation, Poulo a besoin aujourd’hui de plus d’envergure, de surface. Il a donc le choix cornélien à faire entre profiter du RPM pour se réaliser tout en acceptant les quolibets ou refuser d’aller à la soupe et garder son rythme de croissance… qui sera forcément long.

Alexis Kalambry

Les Échos du 23 Août 2013