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Hôtellerie, restauration, agences de voyages, billetterie, guides touristiques, ces sous-secteurs avaient entamé, ces dernières années, un véritable bond avec le développement du tourisme. La crise politique et sécuritaire du pays a précipité le secteur dans un malaise qui l’agonise de plus en plus.

Un tour d’horizon dans les hôtels permet d’apercevoir une absence étonnante de clients. Les grandes conférences qui drainaient par mois des centaines de personnes au Mali ont été brusquement interrompues. Des chancelleries occidentales ont déconseillé la visite du pays à leur ressortissant. Et par mesure de précaution, des ressortissants d’autres pays africains ont préféré se mettre à l’abri, en quittant le pays. «La situation du secteur de l’hôtellerie n’est guère à l’optimisme», nous confie un administrateur à l’Office Malien de Tourisme et de l’Hôtellerie (OMATHO).

Pas seulement les hôtels, les agences de voyage connaissent un véritable revers. Selon nos informations, trois d’entre elles auraient décidé une fermeture totale de leur service. Cela ferait une moyenne d’une vingtaine d’emplois réguliers perdus. Au-delà de ces trois, l’essentiel des agences de voyage a précédé soit à une réduction de personnel, soit à une baisse de salaires pour faire face à la crise. Ce scénario est également de mise dans plusieurs hôtels. Y-a-t-il eu une fermeture d’hôtel ? «Les hôtels peuvent opter pour une fermeture sans faire recours à notre service», nous répond à l’OMATHO. Les agences de voyages déclarent leur fermeture à l’OMATHO aux fins d’une récupération de deux (2) millions de caution. Tel n’est pas le cas pour les établissements hôteliers.

«Ce qui est évident, c’est qu’aucun hôtel à Bamako n’est épargné par cette crise», a souligné un employé de l’hôtel de l’amitié sous couvert de l’anonymat. Dans cet hôtel, filiale du groupe libyen LAICO, on se défend d’une restructuration profonde vis-à-vis des employés. Selon un responsable du personnel, aucun des quelques trois cents (300) employés du groupe LAICO au Mali (l’Amitié et El Farouk) n’a été licencié. Mais selon des informations, beaucoup d’entre eux ont été promus à un «congé anticipé».

Personnel «non essentiels»

Affaire et humanisme font-ils bon ménage ? A priori, la réponse est négative. Pour sa part, le promoteur de l’hôtel «The Sleeping Camel» veut prouver le contraire. Établissement de moyen standing, cet hôtel, situé à Badalabougou -Est à quelques mètres du pont des martyrs, a une clientèle spécifiquement anglo-saxonne. Cette caractéristique fait de lui une victime de premier rang de la crise actuelle (avec la restriction des voyages des occidentaux à destination du Mali) mais le directeur général de l’établissement aurait tenu à «sauver tous les emplois». Interrogé par nos soins, des employés n’ont pas souhaité commenter l’arrangement social en l’absence du directeur en voyage. La mesure reste tout de même très appréciée dans le milieu de l’administration publique du tourisme et de l’Hôtellerie.

Nous n’avons pas eu d’interlocuteur au groupe Azalaï qui détient les hôtels Salam, Nord-sud et Grand hôtel. Mais selon des informations, le groupe se serait débarrassé de son personnel «non essentiels», estimé à près d’une centaine d’employés. Selon nos informations, plusieurs autres hôtels ont réduit de moitié son personnel sous des vocables de congé anticipé, chômage technique ou licenciement. Les conditions économiques d’accompagnement resteraient pour le moins sombre.

Pour des responsables d’agences de voyages, la crise a provoqué une chute de chiffre d’affaire de l’ordre de 65% entre mars et mai 2012. La destination Mali n’attirant plus de touristes, la billetterie et les guides touristiques en font les frais. Un autre domaine, celui du chiffre d’affaire des agences en charge pèlerinage, sera en chute libre cette année. Sur les quelques 7000 pèlerins qu’enregistre le pays chaque année, environ 3000 proviendraient des régions nord. Combien manqueront-ils au rendez-vous cette année ? C’est la question qui taraude les esprits dans ce milieu aussi dynamique en termes d’apport financier à l’économie nationale.

Seydou Coulibaly

Le 18 Juin 2012

© AFRIBONE