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Si les sociétés marocaines déjà présentes, notamment dans les domaines de la finance et des télécommunications, contribuent à donner un bol d’air à l’économie malienne, les derniers coups de fouet de sa Majesté le Roi Mohamed VI à la coopération maliano-marocaine relèvent d’un secteur où tout acte posé dénote assurément d’un sens élevé du partage et du don de soi. Par conséquent, il n’a de récompense que la grandeur d’âme de ce dernier. Regard scrutateur sur l’un de ces actes de très haute portée sociale: l’hôpital médico-chirurgical de campagne du Royaume du Maroc à Bamako.

Il regroupe une douzaine de tentes de type militaire sur un site bien protégé, au moyen d’une clôture grillagée, au pied de la colline de Koulouba dans l’enceinte du Stade omnisports Modibo Kéïta. A la date du 31 octobre dernier, quarante-sept jours se sont écoulés déjà, jour pour jour, depuis son déploiement, le 14 septembre 2013.

Cependant, la devanture de l’hôpital médico-chirurgical de campagne grouille toujours de monde. D’origines et d’horizons divers, hommes, femmes, enfants, tous sont là, certains depuis des jours, dans le seul espoir de bénéficier d’un service gracieux dont ils ont entendu parler.

«L’affluence a commencé dès que nous sommes devenu opérationnels, parce que l’information donnée par le ministre de la Santé lors de notre arrivée à l’aéroport, et relative à la gratuité des consultations, des soins et des médicaments, est très rapidement passée de bouche à oreille», explique le Médecin-Colonel Baite Abdel Ouahed, médecin chef de l’hôpital. «Au début, j’avoue qu’on était débordés», reconnaît-il.

Une organisation et un professionnalisme modèles

Le Médecin-chef de poursuivre: «mais, depuis la venue des éléments du ministère de la Santé (ils sont au nombre de 8, dont 2 médecins) et des policiers, on arrive à faire régner l’ordre. Les priorités sont données aux urgences, aux personnes âgées, aux personnes handicapées et aux petits enfants. Puis, on donne des rendez-vous pour le laboratoire, le bloc opératoire et les pansements.

Après ces prioritaires, toutes les autres couches de la population qui arrivent sont d’abord sensibilisées par les éléments du ministère de la Santé malien par rapport aux spécialités qui sont là, puis inscrites (enregistrées) sur une liste et triées une première fois à l’extérieur. Ensuite, elles font le rang et on les fait entrer par ordre d’arrivée. Elles passent d’abord par la salle d’attente, puis la salle de second triage. A partir de là, elles sont, soit traitées immédiatement, soit dirigées vers les spécialistes».

Grâce à cette organisation, qui peut et doit faire école, soit dit en passant, l’hôpital de campagne reçoit quotidiennement près de 800 patients. De son début d’opérationnalisation, le 17 septembre 2013 à ce jour, cette structure de santé «originale» a réalisé environ 27 000 prestations.

Des résultats plus que probants

En cette matinée de jeudi, Fanta Doucouré, une septuagénaire, ménagère de son état, habitant le quartier de la Zone industrielle de Bamako, est l’une de ces heureuses «élues» qui vient d’en faire le bénéfice. Aux environs de 9h 30, c’est avec un sourire de soulagement réel sur les lèvres et des yeux pétillants de bonheur qu’elle repart de l’hôpital, après y avoir été admise à peine une demi-heure plus tôt.

«Je rends grâce au Bon Dieu et je remercie ces docteurs marocains pour le service inestimable qu’ils nous rendent. Dès que vous franchissez la grille, vous commencez déjà à vous sentir mieux, parce que l’ordre règne à tous les niveaux. L’accueil est chaleureux, la considération de mise et le service diligent. Je repars vraiment très satisfaite et avec la conviction que le traitement qu’on m’a prescrit me guérira, Inch’Allah».

En outre, plus de 20 000 ordonnances ont été délivrées, près de 120 patients opérés, plus de 260 autres hospitalisés et une trentaine évacués vers les hôpitaux les plus proches. Et ce n’est pas fini, puisque l’hôpital n’a pas encore plié ses tentes.

«Nous continuons jusqu’en fin de mission!», assure le Médecin-chef, sans autre forme de précision. Précision qui ne sied pas d’ailleurs pour des soldats de l’humanitaire, au sens propre de l’expression, dont l’engagement et la disponibilité n’ont d’égaux que le sens élevé du devoir et le respect dû à leur mandants. A noter que, pour les hospitalisations, le site est équipé d’une «salle» de 20 lits pour hommes et d’une autre de 20 lits pour femmes et enfants, soit une capacité totale de 40 lits.

Un coup de fouet à la coopération bilatérale

Ainsi, avec l’autre initiative, portant bourses de formation à l’intention de 500 imams maliens in situ par des instituts spécialisés du Royaume chérifien, cet hôpital médico-chirurgical de campagne, exempt de tous frais de quelque nature que ce soit, vient renforcer les liens de coopération entre le Maroc et le Mali.

Coopération déjà fructueuse, grâce à la présence significative de partenaires marocains dans des pans essentiels de l’économie malienne, tels que les banques (BDM-SA, BIM-SA) et les télécommunications (SOTELMA – MALITEL). Au-delà, la spécificité du secteur social dont il relève et la stratégie propre à sa mise en œuvre sont la meilleure manifestation de l’amitié et la solidarité entre les deux pays, leurs peuples et leurs leaders.

Mahamane G. Touré


Encadré

Une armada de spécialistes pour des pathologies diverses
Après une cinquantaine de jours de présence et d’activité au Mali, l’hôpital médico-chirurgical de campagne a relevé une grande diversité de pathologies au sein de la population des patients: les gastro-entérites, les maladies rhumatismales (os, articulations), les maladies psychiatriques chroniques (psychoses liées au stress, épilepsie), les maladies tropicales (dermatoses, paludisme), les maladies ophtalmologiques (diminution de l’acuité visuelle, trachome, glaucome), les otites, les sinusites, les infections des voies aériennes supérieures et des problèmes de soins dentaires (caries). Bref, un peu de tout!

Heureusement, l’équipe marocaine, qui comprend 106 personnes, est forte de 24 spécialistes. Ils œuvrent de la médecine générale à la pharmacie, en passant par la médecine interne, celles d’urgence, du cœur et des vaisseaux, des voies respiratoires, la dermatologie, la neuropsychiatrie, la chirurgie réparatrice et des brûlés, la pédiatrie et la gynéco-obstétrique, la radiologie (standard et échographie), les hospitalisations (hommes, femmes et enfants), le laboratoire, le bloc opératoire, l’ophtalmologie, l’ortho-rhino-laryngologie, la chirurgie générale, la chirurgie traumatologique, l’épidémiologie, la chirurgie dentaire, l’anesthésie-réanimation.

Il y a même un vétérinaire chargé de veiller sur la «cuisine interne»!
La majorité de ces spécialistes sont enseignants dans les facultés de médecine de Rabat, Marrakech et Fès.

En leur nom, et au sien propre, le Médecin-colonel Baite Abdel Ouahed dit «remercier Dieu et Sa Majesté (que Dieu le glorifie) pour nous avoir permis de nous mettre volontiers au service de l’humanitaire. Notre satisfaction est le bien-être des malades, dont le témoignage est pour nous le seul qui vaille. Nous sommes très fiers de ce que nous faisons!».

Mahamane G. Touré

04 Novembre 2013