Partager

Depuis quelques semaines, l’hôpital Gabriel Touré connait des remous suite au bras de fer qui oppose son directeur et une partie du personnel. Après l’Assemblée nationale, le gouvernement est saisi du dossier et sous prétexte fallacieux de ne pas avoir trouvé des responsables sur place lors d’une visite surprise, on s’apprêterait à prendre des sanctions douteuses. Le Prétoire a mené son enquête.

Son absence, parfaitement justifiée, lors d’une visite impromptue de son ministre de tutelle, doit servir de prétexte au limogeage du directeur général de l’hôpital Gabriel Touré (HGT). Abdoulaye Néné Coulibaly va payer le prix de son appartenance politique au Pdes et de son amitié avec l’ancien couple présidentiel. Ainsi en aurait décidé le nouveau gouvernement, lequel tient avant tout à masquer son incompétence criarde par des mesures populistes et démagogiques. Qui manipulerait le ministre de la santé ? Un noyau de syndicalistes qui se sont distingués au sein du comité syndical de l’hôpital , affilié, comme cela se doit, à l’Untm.

Qui veut noyer son chien l’accuse de rage.

C’est connu, pour se débarrasser de son clebs, on l’accuse de rage. Mais pas d’une simple rage de dents parce qu’il a mordu mais d’une rage mortelle pour quelqu’un qui n’a plus de dents à force d’avoir reçu des coups. En vérité, la victime c’est lui. Victime d’une rage meurtrière, d’une haine rageuse de la part de prétendus travailleurs enragés et rageurs qui ont l’oreille complaisante des nouveaux maîtres du pays, lesquels enragent à chaque fois qu’il est fait mention du Pdes ou du président ATT. Dans leur manque d’entendement, l’entourage de l’ancien président de la République ne doit pas compter, ne peut pas compter de cadres compétents, valables et intègres.

Les amis de ATT sont tous taxés de corruption et de népotisme. Pourtant c’est justement parce qu’ils ont échoué à imposer le népotisme dans la répartition des postes de resposnsabilité que certains syndicalistes enragent aujourd’hui. Avec le minimum de bon sens, ils se seraient posés la question de savoir pourquoi le népotisme ne les pas choisis eux plutôt que l’actuel directeur pour diriger la formation. C’est tout simplement parces qu’ils n’ont ni la compétence technique ni l’intégrité morale nécessaires pour hériter d’un poste aussi important, un poste qui requiert le sens des responsabilités et le bannissement de l’inconscience professionnelle.

Pendant plusieurs jours au cours des dernières semaines, certains travailleurs de HGT ont démontré et prouvé à la face du pays qu’ils n’ont pas le sens des responsabilités, excellant plutôt dans les actes d’inconscience. Comme de laisser agoiniser aux portes de l’hôpital ou dans ses couloirs des patients qui s’impatientent de voir la fin de leur cauchemar que sont ces fameux sit-in et assemblées générales.
Mais le mal de cet hôpital, comme celui de la plupart des formations sanitaires, ne date pas d’aujourd’hui. Il perdure depuis des décennies, et les directeurs, limogés ou vidés, ont été régulièrement pris pour boucs émissaires sacrifiés sur l’autel sans qu’il y ait la moindre amélioration. Preuve que pour cette fois, le poisson n’a pas pourri par la tête.

Les têtes changent mais le corps est toujours malade.

Donc si le mal persiste toujours malgré les nombreux et incessants changements de tête, c’est que c’est au niveau du corps que rien ne va. Il faut le soigner en commençant par le débarrasser de tous ces parasites et virus qui s’activent à le gangréner et à accélérer son agonie. Comment comprendre qu’un cadre, qui se dit responsable et conscienceux, et par ailleurs prétend défendre les intérêts de sa corporation, comment comprendre que ce fameux cadre là ferme «sa» pharmacie pour un geste d’humeur en privant la structure de vaccins, sérums et autres produits pharmaceutiques qu’attendent de nombreux malades à l’article de la mort ? Et que dire de ces infirmières qui, au lieu de faire leur travail, sillonnent les couloirs de l’hôpital pour vendre des tissus, habits, tasses, assiettes, bols et même du «wusulan» ou des «baya» ?

Que dire également de ces infirmiers qui «conseillent»aux parents de malades en phase terminale d’acheter le plus de médicaments, souvent au prix fort, des médicaments qu’ils s’empressent de dérober afin de les revendre une fois le décès constaté ? Que dire de tous ces travailleurs qui, bénéficiant de salaires régulièrement payés, conditionnent tous leurs faits et gestes au paiement d’une dîme ? Que dire de ces médecins fonctionnaires de l’Etat qui passent plus de temps dans les cliniques et cabinets privés que dans les hôpitaux publics où ils reçoivent furtivement des malades auxquels ils donnent rendez-vous ailleurs ? On ne peut évidemment oublier que pour tout ce beau monde, le malade est plus un client qu’un patient. Un client qu’il faut pressurer le plus longtemps possible avant de l’envoyer à la morgue.

Que dire de ces aides-soignants et matrones, de ces infirmiers et infirmières, 1er et 2ème degrés, de ces sages-femmes et filles de salle, qui, sans y être autorisés par la loi, du fond de leurs domiciles privés, «consultent et prescrivent», pratiquement avortements et circoncision pour arrondir les fins de mois ?

Non, monsieur le ministre ! changer la tête ne sert à rien d’autre qu’à satisfaire les caprices mesquins de quelques syndicalistes qui prennent la structure en otage. C’est le corps qu’il faut opérer, et sans anesthésie, pour en extirper le maximum de germes, vers, bacilles, virus et bactéries. Et le pus qui va avec. (à suivre)

Cheick Tandina

Le Prétoire du 21 Juin 2012