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Une enquête judiciaire portant sur l’achat anormal de matériels informatiques et d’autres malversations financières à l’hôpital du Point-G serait présentement ouverte au niveau du pôle économique et financier de Bamako. Le directeur général de l’hôpital du Point-G, le Médecin-Colonel Charles Fau, le directeur général adjoint Mamady Cissoko et l’agent comptable dudit hôpital Lassana Konaté auraient même été déjà entendus dans le cadre de cette enquête.

Selon les mêmes sources, tous les responsables de l’hôpital du Point-G impliqués tant soit peu dans la manipulation des fonds seraient entendus pour les besoins de la manifestation de la vérité.

Toute cette affaire, indiquent nos sources, a été découverte suite à une dénonciation sous forme de «note d’information» datée du 11 novembre 2008 du chef du service informatique adressée au Contrôle général d’Etat des services publics.

Dans ladite note d’information, le chef du service informatique de l’hôpital du Point-G qualifie d’entrée de jeu les actes commis de «détournement de deniers publics et achat anormal de matériels informatiques».
Des révélations accablantes


La dénonciation porte sur des faits commis en mars 2004, en 2006, 2007, août 2008 et octobre 2008.

Pour mars 2004, le chef du service informatique de l’hôpital du Point-G dénonce l’utilisation abusive des rentrées d’argent occasionnées par la mise en place de la Commission de suivi de contrôle et d’amélioration des recettes de l’hôpital du Point-G en 2004, 2005, 2006 et 2007. Selon lui, «après avoir constaté les rentrées d’argent, la direction de l‘hôpital a commencé à faire des achats de surfacturation sur des matériels qui ne sont pas des priorités pour l’hôpital». Et d’ajouter que quand ladite commission a critiqué la mauvaise gestion de la direction, le DG, le DGA et l’agent comptable ont tout fait pour dissoudre la commission.

L’autre grief soulevé par le chef du service informatique porte sur l’utilisation d’un montant de 73 250 450 F Cfa, somme recouvrée au titre des feuilles nominatives pour 2004, 2005 et 2006 ainsi que la valeur de 49 839 375 F Cfa payée par le département du ministre de la Santé, des banques, des malades dialysés et certaines sociétés d’entreprises privées pour le compte des césariennes et feuilles nominatives en 2007.

Pour la même année 2007, le chef du service informatique dénonce ce qu’il qualifie de malversations financières. Selon lui en effet, les recettes directes de l’hôpital du Point-G en 2007 sur le plan informatique sont de 409 195 630 F Cfa et celles présentées par la direction aux administrateurs sont de 317 010 955 F Cfa.

D’où un écart de 92 184 675 F Cfa. Selon lui, c’est à cause de cet écart que lors du Conseil d’administration passé, la direction n’a pas pu faire les activités réalisées par services en disant aux administrateurs que le logiciel a un problème et surtout en écartant l’informaticien maison du Conseil d’administration pour qu’il ne dise pas la vérité sur les malversations financières en cours.

Le chef du service informatique révèle en outre que l’argent reçu pour les recouvrements des feuilles nominatives a disparu. Or, dira-t-il, la direction avait fait croire au président de la Commission de suivi de contrôle et d’amélioration des recettes que l’argent reçu pour les feuilles nominatives a été utilisé pour le paiement des différentes factures des fournisseurs de la pharmacie. Mais, après investigation auprès du chef de pharmacie, ce dernier affirma qu’aucun de ses fournisseurs n’a été payé par l’argent reçu pour les feuilles nominatives.


Pour 2006 et 2007
, le chef du service informatique reproche à la direction de l’hôpital d’avoir acheté des ordinateurs, des onduleurs, imprimantes et d’autres matériels informatiques de mauvaise qualité à des millions de F Cfa et dont la durée de vie est de 6 mois maximum. N’ayant pas été consulté, affirma-t-il, il aurait refusé de signer le bordereau de livraison. Et d’ajouter qu’il a interpellé le syndicat par rapport à l’achat abusif des matériels informatiques de mauvaise qualité.

Il accuse en outre, la direction d’avoir boycotté la sécurité informatique de l’hôpital du Point-G. Il en veut pour preuve la suppression du niveau 8 dans le logiciel du bureau des entrées. Ce processus de sécurité a été mis en place en 2001 par le concepteur du logiciel, un Burkinabé. Les différentes directions qui se sont succédés à l’hôpital du Point-G n’ont jamais touché à cette sécurité informatique.

Mais, selon le chef du service informatique, le principal dénonciateur, la direction actuelle a nommé un agent de la comptabilité qui travaille avec le niveau de sécurité du service informatique en remplacement de l’agent du service informatique.


Selon lui,
«la direction de l’hôpital du Point-G a mis à la disposition de l’agent comptable le niveau de sécurité de la base des données du bureau des entrées pour favoriser le détournement des recettes de l’hôpital du Point-G à l’insu du chef de service informatique qui ne peut plus jouer son rôle de vérification».

C’est sur la base de cette note d’information que les inspecteurs du contrôle général d’Etat des services publics ont débarqué à l’hôpital du Point-G. Après des vérifications dans les livres de compte de l’hôpital, un rapport accablant aurait été produit.

Et c’est ce rapport qui a été transmis au procureur de la République près le tribunal de première instance de la Commune III du District de Bamako et non moins président du pôle économique et financier de Bamako, Sombé Théra. C’est ce dernier qui aurait décidé d’ouvrir une enquête pour «information» sur ce dossier.

Et c’est dans le cadre de cette enquête que les hauts responsables de la direction de l’hôpital du Point-G ont été entendus. Mais, selon l’un d’entre eux, le directeur général adjoint, Mamady Cissoko, il ne s’agit ni plus ni moins que de lacunes et d’insuffisances dans certains domaines.

Le procureur Sombé Théra qui a ouvert une information se contentera-t-il pour autant d’une explication aussi simpliste ? L’avenir nous le dira. Toujours est-il que ce scandale qui éclabousse aujourd’hui l’hôpital du Point-G remet en cause tous les efforts d’assainissement et de modernisation de nos structures sanitaires entrepris par nos autorités depuis quelques temps.

Birama Fall

23 Avril 2009