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Dans la continuité des huit jours de deuil national décrété par le président Alassane Dramane Ouattara (ADO) suite au décès brutal, par suite d’un « cancer foudroyant », le 10 mars dernier en Allemagne, de son Premier ministre, Hamed Bakayoko, la nation ivoirienne rend, ce mercredi 17 mars 2021, un dernier hommage à l’enfant de Séguéla avant le transfert de sa dépouille mortelle sur la terre de ses ancêtres où il sera inhumé dans l’intimité familiale, le vendredi 19 mars prochain. Le programme de ce mercredi prévoit un cérémonial au palais présidentiel, en présence du chef de l’Etat, au cours duquel le disparu recevra les honneurs dus à son rang de Premier ministre, chef du gouvernement et ministre de la Défense, avant l’étape du nouveau stade d’Ebimpé sis à Anyama, où sa famille politique prendra le relais des hommages dans l’après-midi. S’en suivra une veillée artistique où une soixantaine d’artistes musiciens sont annoncés,  au nombre desquels des poids lourds de la musique ivoirienne et africaine tels que Alpha Blondy, Magic Système, Koffi Olomidé, Fally Ipupa, Maître Gims, Sidiki Diabaté et on en oublie. 

Le rassembleur qu’il fut de son vivant, continue de l’être après sa mort, avec la participation de toute la classe politique et les hommages qui fusent de partout

Le moins que l’on puisse dire, c’est que l’hommage que s’apprête à rendre la Côte d’Ivoire à son Premier ministre disparu, est  mérité. Car, le rassembleur qu’il fut de son vivant, continue, peut-on dire, de l’être après sa mort, avec la participation de toute la classe politique et les hommages qui fusent de partout, même du cercle des   adversaires politiques. En d’autres termes, même mort, Hambak est un cadavre qui rassemble. C’est dire la dimension de l’Homme qui a su rester proche des uns et des autres, au moment où la Côte d’Ivoire traversait l’une des périodes les plus difficiles de son existence avec cette profonde division de la classe politique et la déchirure du tissu social en deux camps antagoniques qui se regardaient en chiens de faïence. Et c’est ce que lui reconnaît aujourd’hui la nation ivoirienne qui sait rendre hommage à ses dignes fils, comme il en a été en son temps avec Roger Fulgence Kassi, Ernesto Djédjé, Doug Saga et plus récemment DJ Arafat, à la différence que Hamed Bakayoko est, lui, un homme politique qui revendiquait son appartenance à une formation politique et qui aurait pu être un personnage clivant comme savent si bien le faire certains de ses pairs engagés. Lui a su malgré tout rester proche de tout le monde avec un humanisme reconnu qui fait quasiment l’unanimité.  C’est dire si l’Homme de média devenu Homme politique et Homme d’Etat, a su minutieusement construire sa carrière et son image au point de paraître aujourd’hui le symbole de l’adage selon lequel « la politique, ce n’est pas la guerre », dans un pays où les divergences politiques ont souvent montré qu’elles pouvaient aller  au-delà de la simple adversité idéologique pour se muer en pure haine viscérale. 

On se demande si les mesures-barrières pourront être suffisamment respectées

C’est pourquoi l’exemple de Hamed Bakayoko qui se plaçait volontiers en passerelle entre les différentes chapelles politiques, doit faire  école en Côte d’Ivoire où la classe politique est aujourd’hui unanime à reconnaître ses mérites. Surtout si cela peut permettre de  désarmer les cœurs et de rapprocher les Ivoiriens qui ont su taire, à la faveur de ses obsèques nationales, leurs divergences pour accompagner, dans une douleur partagée, l’enfant de Séguéla en route vers sa dernière demeure. Une mobilisation des grands jours attendue pour cet homme connu pour être proche des masses, notamment les artistes qu’il soutenait à bout de bras, qui s’apprêtent à lui renvoyer l’ascenseur à travers une veillée artistique qui pourrait battre des records de participation. Mais quand on sait que la Côte d’Ivoire est l’un des pays de la sous-région ouest-africaine les plus touchés par la pandémie de Covid-19, on se demande si les mesures-barrières pourront être suffisamment respectées pour éviter que ces moments de vives émotions et d’effusion que s’apprête à vivre le pays, concourent, d’une manière ou d’une autre, à la résurgence du redoutable virus. 

« Le Pays »