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François Hollande, président de la République… par rfi

Interview exclusive de Hollande: Les terroristes sont disséminés au Sahel

« Il y a une menace qui vient de l’extérieur », estime François Hollande à propos du risque terroriste. Il est le fruit de conflits, en Afrique, au Mali, avec des prolongements au Sahel ainsi qu’en Syrie et en Libye.

Le président de la République lie directement cette menace à « un terrorisme de l’intérieur, qui n’est pas nouveau ». En référence à l’affaire Merah, il précise qu’il y a « sans doutes des complicités » que « nous essayons de connaître ».

« Nous ne négligeons aucune piste, promet François Hollande. Il s’est passé un événement tragique à Londres ; il ne peut pas être isolé. » Sans y voir un lien direct avec l’agression d’un militaire français à la Défense par un jeune islamiste radical, le chef de l’Etat explique tout de même « faire attention à ce que toutes les informations soient traitées ».

« Chaque fois qu’il y a un signalement, chaque fois qu’il y a un certain nombre de rassemblements, d’individus qui pourraient dériver, nous agissons », conclut le président.

Il faut « parfaire l’outil de renseignement »

L’agresseur du soldat à la Défense avait déjà été signalé à la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI). « Il était signalé comme ayant un parcours, précise François Hollande. De là à penser qu’il pouvait passer à l’acte, c’est autre chose. » Reprenant les mots de Manuel Valls, qui parle de « signaux faibles », le président explique que « ce sont des individus par définition isolés, qui ne sont pas dans la progression mais dans la radicalité : c’est le cas de l’agresseur à la Défense, qui n’avait pas commit auparavant d’agression notable, en dehors de quelques petites infractions ». Il constate malgré cela que ces individus, sans appartenir à des groupes, évoluent dans un environnement spécifique. « Il est faux de dire que ce sont des actes isolés : on voit bien à Londres qu’il y a eu des complicités. »

Faut-il pour autant réorganiser les services de renseignement ? Non, répond le président : « il faut un meilleur suivi des informations locales par les services de renseignement. » Plutôt que des réformes lourdes, François Hollande souhaite « parfaire l’instrument ». Il a dans ce sens réclamé une meilleure coordination entre la DCRI et la Direction générale à la sécurité extérieure (DGSE) car « il y a des individus qui passent de l’intérieur à l’extérieur ou de l’extérieur à l’intérieur ». Il s’inquiète d’ailleurs de constater que « des ressortissants franàais vont sur un certain nombre de théâtres d’opération, en Syrie ou au Mali, et en reviennent porteurs d’un certain nombre de proclamations et d’une expérience des armes. »

Mali : mission accomplie

Pour le président, l’opération Serval a remplit son rôle. « La mission est accomplie militairement et pratiquement : il n’y a plus un endroit au Mali où les terroristes peuvent avoir le contrôle ».

« Une grande part des terroristes a été mise hors d’état de nuire, remarque le chef de l’Etat, tandis que l’autre est allée quelque part ». Quelque part, c’est au sud de la Libye, ainsi qu’un peu partout au Sahel où ils ont pu se « disséminé ». Pour François Hollande, les attentats au Niger montrent qu’il faut à présent que les « Africains assurent leur sécurité et luttent contre le terrorisme ».

Au sommet de l’Union africaine, à Addis Abeba, François Hollande appelait à une réunion pour la sécurité et la paix en Afrique, dans quelques mois, à Paris. Un geste paternaliste de l’ancien colonisateur ? « J’ai dis à Dakar que la relation que l’on a pu connaître par le passé entre la France et l’Afrique est terminée. Les Africains doivent assurer leur propre défense, y compris face au terrorisme. La France ne va pas se désengager pour autant et va participer à ce travail pour la sécurité. »

Perspectives au Mali

« Il y a un retrait du Mali en tant que tel », affirme François Hollande. « Mais nous serons non loin de là où nous pensons qu’il peu y avoir un risque terroriste. » Le président confirme à demi-mots le maintien d’une partie des forces françaises dans le Sahel, « à la demande des pays concernés. »

Les élections fin juillet « permettent de réaliser un scrutin électoral ». Pour François Hollande, « il faut qu’il y ait des élections ». Il confirme des discussions entre le MNLA et les autorités maliennes, dont il affirme qu’elles sont « bien engagées ».

« Le Tchad a payé un lourd tribu à la libération du Mali contre le terrorisme, je ne l’oublierai pas », assure François Hollande. Mais il refuse de mettre de côté les droits de l’homme. « J’ai des convictions, assure-t-il, je l’ai répété au président Déby. »

source: RFI vendredi 31 mai 2013 à 13:35