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La Françafrique est morte de sa belle mort. Telle est la volonté du Président français, François Hollande, qui s’exprimait devant les députés sénégalais à l’occasion de sa visite officielle à Dakar. « Le temps de la Françafrique est révolu. Il y a la France et il y a l’Afrique. Il y a le partenariat entre la France et l’Afrique, avec des relations fondées sur le respect, la clarté et la solidarité », a-t-il expliqué.

« La clarté, c’est la simplicité dans nos rapports d’Etat à Etat. Les émissaires, les intermédiaires et les officines trouvent désormais porte close à la Présidence de la République française comme dans les Ministères », a-t-il indiqué avant d’ajouter : «Dans la constitution du Gouvernement d’avoir remplacé le Ministère de la Coopération par celui du Développement auprès du Quai d’Orsay, j’ai indiqué ma conviction que nous devons affronter ensemble les grands défis de l’humanité, changements climatiques, pandémies et autres crises ». Ces relations entre Etats doivent être empreintes de respect qui signifie franchise, selon Hollande. « Elle doit être réciproque.

Je ne cèderai pas à la tentation de la complaisance, et je n’en attends pas non plus en retour. Nous devons tout nous dire », a-t-il souligné avant d’ajouter : « Cette sincérité vaut en particulier pour le respect des valeurs fondamentales : la liberté des médias, l’indépendance de la justice, la protection des minorités car sans Etat de droit, il ne peut y avoir de fonctionnement normal de l’Etat, ni d’investissement durable des entreprises, ni de société en paix. Nous devons enfin être particulièrement engagés dans la lutte contre les violences faites aux femmes ».

Quant au respect, « c’est une définition parfaitement claire de la présence militaire française en Afrique », selon Hollande qui précise que ce respect ne pourra se poursuivre que dans un cadre légal et dans la transparence. « Ainsi, l’accord de défense entre la France et le Sénégal a récemment été revu. Il sera rapidement ratifié dans nos deux pays. Il en sera de même partout, et ces accords ne contiendront plus de clauses secrètes. J’irai au bout de cette démarche. Je tire les enseignements des crises que nous avons à affronter : un dispositif ne doit pas être figé, il doit s’adapter et privilégier la réactivité plutôt qu’une présence statique.

C’est dans cet esprit que sera définie la nouvelle politique de défense de la France », a informé Président français. Le dernier pilier de la relation avec les pays africains, c’est la solidarité, base de tout développement, dit Hollande qui fait de l’’Afrique sub-saharienne la première priorité de la politique française « puisqu’elle concentre plus de la moitié de notre effort budgétaire », fait-il savoir tout en soulignant que la France « est particulièrement active pour défendre les intérêts de l’Afrique dans les institutions multilatérales ». Et d’indiquer : « Mais le partenariat franco-africain ne se réduit pas à l’action des Etats : il associe aussi des entreprises de nombreuses collectivités territoriales françaises, des ONG, des associations de migrants, et tout le tissu vivant de nos sociétés civiles ».

Toujours selon Hollande, cette solidarité, c’est l’introduction des financements innovants pour trouver de nouvelles ressources. Aussi révèle-t-il qu’au niveau européen, une taxe sur les transactions financières sera bientôt initiée avec onze pays. « Pour la France, 10 pour cent au moins de son produit ira au développement et à la lutte contre les pandémies qui meurtrissent votre continent : le paludisme, la tuberculose, le SIDA. Par ailleurs, la part de l’aide française allant aux ONG sera doublée », informe le Chef d’Etat français.

Des visas pour les étudiants ?

Il aborde la question de la solidarité sous l’angle du co-développement, mais qui ne se limite pas à la seule question migratoire. « J’entends mettre fin à ce paradoxe absurde qui fait que dans un passé récent, la France ait trop souvent fermé la porte à ceux-là mêmes qui voulaient y créer des emplois, y développer les échanges, participer à l’effort de recherche ou de création artistique », a fait savoir le Président français qui ajoute : « Je souhaite que les procédures administratives soient simplifiées pour les étudiants dès lors qu’ils sont motivés, talentueux et capables de subvenir à leurs besoins, mais aussi pour les artistes et les créateurs. Votre Ministre de la Culture, Youssou N’Dour, m’a alerté. J’ai entendu son appel ».

Enfin, la solidarité, c’est la consolidation de la zone franc. « Qu’on me comprenne bien. Les monnaies communes à l’Afrique de l’Ouest et à l’Afrique centrale constituent un véritable atout, notamment en matière d’intégration régionale, et la stabilité monétaire est un avantage économique précieux. Mais je suis convaincu que les pays de la zone franc doivent pouvoir assurer de manière active la gestion de leurs monnaies et mobiliser davantage leurs réserves pour l’emploi et la croissance», souligne Hollande.

Permettre à l’Afrique de négocier de meilleurs contrats

Pour amplifier la croissance africaine, le Chef de l’Etat français, veut établir des relations commerciales plus équitables entre l’Europe et l’Afrique. Il considère que la position des pays africains dans la négociation des Accords de partenariat économique (APE) n’a pas été assez prise en compte. « Cette discussion s’est enlisée », a-t-il fait remarquer tout en se disant « favorable à ce que nous la relancions sur de nouvelles bases, avec des conditions de calendrier et de contenu plus favorables pour les pays africains ». Et de conclure : « La France veut permettre aux Etats africains de négocier de meilleurs contrats avec les multinationales étrangères, notamment dans le secteur minier.

Avec la Banque mondiale, elle mettra en place une facilité financière pour renforcer l’assistance juridique aux pays africains dans la négociation de leurs contrats. Il s’agit de permettre aux pays africains de percevoir un juste prix pour leurs ressources. « Nous soutiendrons donc un renforcement de la règlementation européenne en faveur de la transparence des comptes des entreprises extractives. Une transparence réelle, avec des comptes publiés pays par pays et projet par projet ».

Paul N’Guessan

Le Combat du 15 Octobre 2012