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Mais ce 8 août fut une exception. Le parti de la Solidarité et le progrès (PSP) a décidé de rompre le silence en remettant tous les dossiers sur la table.

Une journée de témoignage convient mieux pour résumer cette séance du 8 août organisée par descendants de Fily Dabo Sissoko, de Amadoun Dicko, de Moussa Diarra, Marba Kassoum Touré et autres, tous «victimes» du régime de la première République.

La rencontre qui a eu lieu au centre islamique d’Hamdallaye rentrait dans le cadre des activités commémoratives des événements du 20 juillet 1962, organisées par le PSP.

Introduisant la conférence, le président du PSP Oumar Hammadoun Dicko a dit à propos du 20 juillet 1962, qu’il s’agit d’un tournant politique majeur de l’histoire de notre pays. Un historien a été choisi comme conférencier, il s’agit de Boubacar Sega Diallo, pour mieux appréhender les événements et leurs conséquences.

Au présidium on notait la présence de Boubacar Maïga, Baba Sy, Mme Coulibaly Mama Danioko, Oumar Hammadoun Dicko, Almamy Ibrahim Koureissy et Cheick Modibo Diarra (le navigateur).

Le conférencier Boubacar Sega Diallo, l’historien a souligné son projet d’éditer un livre sur les événements du 20 juillet 1962 car dit-il un pays ne peut pas avancer sans réfléchir sur son histoire.

L’historien qui poursuit ses recherches sur cette partie de l’histoire du Mali était bien indiqué pour introduire cette conférence débat. Les événements du 20 juillet concernent des manifestations liées à la création de la monnaie nationale.

Après une déclaration à l’Assemblée nationale faite par le Chef de l’Etat, Modibo Keïta, annonçant la création du franc malien, la circulation de cette monnaie nationale était effective le 1er juillet 1962.

Les échanges devaient se terminer le 17 juillet. Très tôt, le franc cfa n’avait plus cours. Ceux qui n’étaient pas favorables au franc malien, qui rechignaient à venir échanger leur monnaie étaient traités par la radio nationale d’apatrides, de comploteurs.

Selon l’historien Boubacar Sega Diallo, ses recherches qu’il poursuit toujours au Mali, en France (Quai d’Orsay) et en Allemagne, ne lui ont pas permis de découvrir qu’il y avait effectivement complot.

Les principaux acteurs accusés de complot étaient des hommes politiques du parti progressiste Soudanais (PSP) Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko et l’opérateur économique Marba Kassoum.

A l’arrestation de ce dernier, son griot en a fait écho au marché, «le lion est pris». Manifestation immédiate des commerçants s’en est suivi et une marche spontanée s’est ébranlée en direction de l’Ambassade de la France en scandant de slogans hostiles au Franc malien : «A bas le franc malien, vive De gaule». Ce beau monde de manifestants a été chargé aux fusils, bilan, 2 morts selon certaines sources, indiquent le conférencier.

Peine capitale

300 personnes ont été arrêtées et jugées par un tribunal populaire mis en place par l’Usrda. Selon l’historien, ce tribunal d’exception était présidé par un Commissaire politique et comprenait un seul magistrat.

Il a siégé du 23 au 27 juillet 1962 statuant sur des inculpations de détention de sommes frauduleuses en Fcfa.

C’est à comprendre qu’après les opérations de change, personne en territoire malien ne devait plus être en possession du Fcfa.

Marba Kassoum Touré en posséderait encore 101.000 Fcfa et Fily Dabo Sissoko 30.000 Fcfa. Selon l’historien, des sommes importantes du Fcfa se trouvaient sur des Libano-Syriens.

Selon les chefs d’accusation l’hypothèse du complot était qu’à la faveur du soulèvement, des descentes dans la rue auxquelles devaient prendre part Fily Dabo Sissoko, Hammadoun Dicko, la France interviendrait pour mettre fin au pouvoir du président Modibo Keïta.

Le tribunal populaire condamne Fily Dabo Sissoko, Amadoun Dicko, Kassim Touré à la peine capitale ensuite commuée à la prison à perpétuité. Ils moururent en détention dans les bagnes du grand Nord.

Des événements dits les affaires de Sakoïba, de Djitoumou, de Oulessebougou, des victimes de la milice populaire de l’Usrda ont été évoqués lors de cette conférence débat. Pour le président du PSP Oumar Hammadoun Dicko, il s’agit aujourd’hui, non pas de faire payer, mais de rétablir la vérité.

Les faits historiques sont têtus dit-il. «Au PSP nous sommes restés réservés sur la question pour regarder vers l’avenir comme nous enseignait Fily Dabo Sissoko. Je n’ai pas de problèmes avec ceux de l’Usrda, mais j’ai des problème avec l’interprétation de l’histoire. On ne peut pas se taire indéfiniment lorsqu’il y a des gens qui falsifient l’histoire», a martelé Oumar Hammadoun Dicko.

Des moments pathétiques lorsque le vieux Mamadou Niang a décrit l’assassinat du sénateur Mamadou NBodj, l’incendie chez Moussa Diarra le 2 février 1959 lorsque son enfant Cheick Modibo Diarra (le navigateur de la Naza) avait 7 ans.

Cheick Modibo Diarra s’en souvient

Le jour où on a brûlé ma maison après l’avoir aspergé d’essence, j’étais là dedans, je me souviens et personne ne m’a jamais entendu en parler.

«En tant que citoyen de la République du Mali, je suis très concerné par l’histoire de mon pays. Un pays où on ignore les faits, où les historiens transforment l’histoire pour raconter les histoires. Au lieu d’être humble face à ses victimes, les gens deviennent de plus en plus arrogants. L’histoire est en train d’être manufacturée…
Nous avons une Nation à bâtir, nous devons expliquer le passé, se pardonner, exorciser le passé et avancer. On ne peut pas continuer à pousser la poussière de son salon sous les tapis pour dire que la maison est propre..
.» a déclaré Cheick Modibo Diarra.

D’autres intervenants comme Abdoulaye Amadou Sy et le Colonel Youssouf Traoré, tous deux anciens ministres de Moussa Traoré (2è République) ont invité les historiens à dire la vérité. Le premier propose une conférence vérité réconciliation.

«Il faut éviter la falsification de l’histoire car le mensonge ne construit pas et la vérité finit toujours par triompher», a dit le second.

Boukary Daou

09 août 2005