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Lier l’apparition de l’Etat à Ségou au moment colonial est occulter l’histoire de la formation de l’Etat dans cet espace durant la période ancienne.

Dans une récente intervention, en janvier 2009, sur les ondes de l’Office de radiodiffusion télévision du Mali (ORTM), au cours du journal télévisé de 20 heures, Abou Sow, le gouverneur de la région de Ségou (nommé le 9 avril 2009 membre du gouvernement en qualité de secrétaire d’Etat auprès du Premier ministre chargé du Développement intégré de la zone Office du Niger, Ndlr), se prononçait sur les raisons de l’érection dans son ressort territorial d’un monument à la gloire du capitaine Archinard.

Dans son argumentaire, le gouverneur remarquait que la raison principale qui a présidé à un tel choix était que ce pionnier de la conquête du Soudan français était le maître d’œuvre de la configuration spatiale actuelle de Ségou.

Au-delà du choix, du reste contestable, du capitaine Archinard pour mériter la reconnaissance du Mali, l’Association mémoire Afrique s’interroge sur la valeur heuristique d’une telle déclaration, porteuse d’un enjeu théorique et historique important.

En affirmant, en effet, que Ségou doit sa configuration spatiale actuelle à l’action du conquérant français, d’où l’érection d’un monument en son honneur, le gouverneur de Ségou pose nécessairement la question de l’historicité de l’Etat en Afrique, en l’occurrence à Ségou.

Sous ce rapport, l’Association mémoire Afrique voudrait rappeler que la construction étatique en Afrique en général et à Ségou en particulier est de loin antérieure à la colonisation française.

Un siècle et demi auparavant (début XVIIIe siècle-milieu du XIXe siècle), l’Etat était déjà une réalité concrète à Ségou, d’abord sous la férule de la dynastie des Coulibaly, ensuite sous le pouvoir N’golosiw, adeptes du toda, un système politique dans lequel un noyau central situé à Ségou et des provinces périphériques étaient administrées par des hommes de confiance des souverains bamana.

Lier l’apparition de l’Etat à Ségou au moment colonial est occulter l’histoire de la formation de l’Etat dans cet espace durant la période ancienne. Pour l’Association mémoire Afrique, cette lecture exogène des sociétés africaines montre la nécessité urgente de préciser les faits tels qu’ils se sont passés.

Par cette mise au point, il s’agit aussi bien pour l’Association mémoire Afrique de rétablir une vérité historique que d’insister sur la nécessité de la prise en compte d’une geste africaine sur la longue durée, surtout si l’on veut promouvoir des stratégies de sortie de la crise africaine, qui entrent en résonance avec les aspirations de l’Afrique profonde. La discipline historique peut ainsi contribuer à cette œuvre de renaissance africaine.


Association mémoire Afrique

14 Avril 2009