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“Connais-tu mon beau village, qui se mire au clair ruisseau? En cadré dans le feuillage, on dirait un nid d’oiseau…”. Ce petit passage rimé d’un poète français a bercé l’univers scolaire de bien des générations d’écoliers africains des classes primaires. A force de les avoir ressassés durant toute une enfance, ces vers chantants d’une autre époque (et bien d’autres encore) se sont intégrés, sinon immiscés dans la vie de ces anciens écoliers qui, pour la plupart, sont devenus aujourd’hui des serviteurs de l’Etat : travailleurs de l’Administration et du privé, enseignants, agents de la Justice, DG et PDG, ministres, et même… Présidents de la République…

Si donc le citoyen africain en général, et malien en particulier, est parvenu à assimiler inconsciemment (il faut le dire) ces poésies et autres élégies étrangères avec autant d’assiduité, pourquoi ne mettrait-il pas autant d’ardeur à connaître non seulement l’hymne de son pays, mais aussi son histoire, sa géographie, sa culture…? La réponse à cette question est évidente : même s’il ne pourrait maîtriser tous les contours de l’histoire du “Mandé”, il est néanmoins du devoir de tout Malien de rassembler le maximum de connaissances sur cet empire qui fait tant sa fierté.

C’est donc à dessein que notre morceau de poème a été choisi. Aussi, en lieu et place de “Connais-tu mon beau village…?”, nous pourrions interroger : “Connais-tu ton beau pays?”. Et c’est ce vieil enseigant à la retraite qui a su donner la réponse la plus adéquate et la pus sage : “On ne peut jamais connaître parfaitement l’histoire d’un pays, surtout qu’au fil du temps, les assertions et versions diffèrent selon les personnes. Mais chacun retient les évènements à travers ce qu’il a lu dans les livres ou ce qu’il a appris par les anciens et les aînés. C’est pour dire que tant en matière d’histoire que dans n’importe quel autre domaine, on n’a jamais le monopole de la vérité“. Dont acte…


Soundiata et Soumangourou

En aucune façon, l’histoire du Mali ne peut être narrée sans évoquer la part déterminante apportée par la famille des Keïta qui régna sur le pays pendant treize siècles. La figure la plus représentative de cette histoire du mandé est sans conteste Soundiata Keïta à qui les griots, conteurs et traditionalistes ont donné bien des surnoms, dont “Mari Diata“, “Sogolon Diata“...

Bien sûr, sous peine de ne pas faire de jaloux et risquer de pousser certains de nos aïeuls à se retourner dans leur tombe (par réprobation), nous devons citer, pèle-mêle (et sans que la liste soit exhaustive), Kankou Moussa, Da Monzon, Mamari “Biton” Coulibaly, Soumangourou Kanté, Soni Ali Ber, Damanguilé Diawara, Koumi Diossé, Firhoun, Sékou Amadou, Amadou Sékou, Guéladio Hambodédio…

Si, au début du XIIIè, Soundiata a su assurer l’indépendance de son pays et construire un grand empire, Kankou Moussa, lui, a réussi à en faire un Etat stable et prospère. Et tous ces autres rois et empereurs ont contribué, quoiqu’à leur manière, à asseoir la grandeur et la renommée de ce qui est devenu le Mali d’aujourd’hui.

En 1224, le Mandé (Mali) était sous l’autorité du royaume de Sosso au fur et à mesure de son avènement au trône, le roi Soumangourou Kanté fit tuer les onze frères de Soundiata. Lorsque ce dernier vit périr ses frères, l’un après l’autre, il comprit que l’espoir, voire la délivrance du Mandé repose désormais sur lui seul.

A dix-sept ans, grâce à une farouche volonté, il entreprit alors la rééducation de ses jambes paralysées. Aussi parvient-il à marcher à l’aide d’une cane. Sur ce chapitre, beaucoup de récits empreints de légendes, d’épopées et souvent de mythes, ont été rapportés selon les points de vue des différents narrateurs et autres traditionalistes. Si bien que bien des thèses en sont relatées au point d’être répandues.

En effet, l’une d’elles raconte que Soundiata, sous les lamentations de sa mère Sogolon, fut gonflé de révolte et d’orgueil : il s’arc-bouta sur une première cane forgée (que même un boeuf ne pourrait tirer, dit-on) qui se cassa à deux reprises sous sa force herculéenne. Il aurait donc fallu une troisième cane lus grosse et solide pour que Soundiata se tînt enfin debout, marchât sur le fameux fromager, …l’arrachât et la jetât aux pieds de sa mère. Une autre thèse soutient que pour se libérer définitivement de la paralysie de ses jambes, “Mari Diata” se serait au contraire servi d’un simple bâton de bois occultement “confectionné“. Tout cela est peut-être la part de la légende…

Mais ce qu’il importe de savoir, c’est que Soumangourou, qui ne prenait au sérieux ni l’ascension sociale de Soundiata, ni son appel en faveur de l’entente, décida au contraire de tuer “cet ennemi gênant” avant que sa puissance ne finnisse par le dépasser. Les péripéties de cette guerre entre les deux “gloires“ sont également entrées dans la légende et même alimenté maints commentaires, souvent aussi fantaisistes qu’imagées, voire imaginaires.

Toujours est-il que bien des années plus tard, Soundiata fut proclamé Empereur du Mandé, mais non sans avoir vaincu Soumngourou, lors de la fameuse bataille de Kirina en 1235 et annexé le royaume de Sosso et ses dépendances. Une autre légende très populaire affirme qu’après avoir réalisé sa défaite au cours de cette bataille, Soumangourou a pris la poudre d’escampette pour se réfugier sous une grotte où il se terrerait toujours.

Une autre histoire, encore plus courante, soutient que pour venir à bout de son adversaire, Soundiata a dû lui décocher une flèche garnie… d’un ergot de coq, le seul moyen capable de venir à bout du tout puissant roi de Sosso.

En fait, la ruse aurait consisté à donner Sassouma Bérété, une demi-soeur de Soundiata, en mariage à Soumangourou, afin que cette dernière parvienne à “tirer les vers du nez” de Soumaoro et découvir le secret de son invulnérabilité. Un secret qui ne serait autre que… cet arc muni d’un ergot de coq. Et quel coq? Nul ne le sait et ne le saura jamais. Du reste, peu importe…

Ce qui importe, c’est que dès lors pris d’une frénésie de conquêtes, Soundiata marcha sur le Nord du Mandé, envahit l’Aoukar et ce qui restait de la ville de Ghana, en 1240. Mais en 1255, alors que la capitale du Mandé en liesse fêtait le bonheur et la prospérité du pays, Sondiata mourut subitement, victime d’une flèche maladroitement lancée par un archer. Sur cette mort brutale, les versions ont également différé.

En effet, l’une d’elles raconte que ladite flèche avait intentionnellement été lancée par un peulh du nom de Boly qui avait fait mine d’être ivre. Faisons tout simplement l’économie des autres versions aussi insensées que farfelues. Ce qui importe, c’est que Soundiata était mort au faîte de sa gloire.

Kankou Moussa

Entre Soundiata et Kankou Moussa qui régna de 1307 à 1332, quatre Empereurs se sont succédé. Du fait de l’étendue de son empire, de sa sagesse proverbiale et de sa piété exemplaire, certains historiens ont établi une comparaison entre Kanka Moussa à …Charlemagne ou Charles 1er le Grand (742 814, roi des Francs et des Lombards, empereur d’Occident, de la dynastie des Carolingiens).

D’autres ont comparé Kankou Moussa au roi français, Louis XIV, à cause du faste et de l’étiquette complexe de sa cour, et surtout, du rayonnement de la civilisation africaine sous son règne. En effet, n’est-ce pas Kankou Moussa qui, lors de son pélérinage à la Mecque, aurait fait parler de lui bien avant d’arriver à destination, à cause de sa prodigalité et sa générosité?

N’est-ce pas également lui qui, bien des siècles plus tard, sera accusé d’avoir dilapidé presque toutes les immenses réserves d’or que renfermait le Mandé? C’est qu’à chaque étape de son voyage, Kankou Moussa distribuait de l’or en quantité et sans compter.

Le convoi de Kankou Moussa en direction de la Mecque était aussi nombreux que varié et composite : guerriers, esclaves, domestiques, hommes et femmes de main…

En fait, ce fameux pélérinage avait été préparé avec soin. L’empereur s’était fait accompagner par 60 000 porteurs de bagages, de vivres, de cadeaux…, et surtout, d’une énorme quantité de poudre d’or. Le convoi impérial était précédé par 5 00 esclaves portant chacun… une cane en or ! Ce pélérinage a néanmoins développé un courant d’échanges économiques et culturels très prospères entre le Soudan et l’Egypte.

C’est également au temps de Kankou Moussa que l’Armée, les Finances et la Justice ont connu une organisation qu’aurait pu envier bien des royaumes chrétiens de l’Hexagone, à cette époque. Aussi, l’historien français, Delafosse témoignait qu’à la mort de Kanka Moussa, l’étendue de son empire était “l’un des phénomènes historiques les plus surprenants qu’il nous soit donné d’enregistrer”. En effet, tous les pays compris entre l’Adrar des Iforas à l’Est et l’océan Atlantique à l’Ouest, jusqu’à la forêt Sud, relevaient de l’administration directe de l’empereur Kankou Moussa.

L’après Kankou Moussa

Sous le règne de ses successeurs, le Mandé demeurera un vaste empire, même s’il n’aura plus l’éclat qu’il connut sous le règne de Kankou Moussa. En éalité, depuis la disparititon de ce dernier, les chefs des royaumes environnants commencèrent à ne plus craindre la puissance du “grand voisin“ (le Mandé).

En effet, ce fut tout d’abord Bonga, le souverain Mossi du Yatenga, qui donna le coup d’envoi de la dissidence. Ensuite, ce fut le grand conquérant Songhaï, Soni Ali Ber, qui, de 1465 à 1473, affranchit son pays dans une suite de combats? Il conquit alors Tombouctou et Djenné, la ville dont personne n’avait pourtant pu se rendre maître auparavant. C’est en ce moment que l’empire Songhaï prit tout son essor.
(A suivre)


Le Viator

11 Mai 2009