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A l’instar de l’Histoire proprement dite, l’histoire des mots et des expressions tient le plus souvent en peu de… mots, voire à peu de choses. Et l’on se sent généralement déconcerté en découvrant ou en apprenant l’origine de ces mots et expressions qui finissent par façonner les langues et les dialectes.

Pour prouver qu’aucune langue ne détient le monopole de l’appartenance ou de l’appropriation, toutes les langues se prêtent, s’empruntent et…se “volent” mutuellement des mots et expressions. Même leurs adages, contes et anecdotes s’inspirent les unes des autres. Les preuves…


Le “chiant

De par sa sale manie de déféquer (faire ses besoins) n’importe où, n’importe quand et n’importe comment, on a fini par affubler, à cet animal qui fait “wouah ! wouah ! “, un nom dont seul l’humour français est capable : le chiant. Au fil du temps, ce nom a été adouci pour devenir… ”chien“.

Peut-être qu’à la longue, on s’est rendu compte que le chien est l’animal le plus fidèle envers l’homme. Et comme on ne peut être fidèle et continuer d’être… chiant, il fallait changer, ou du moins, nuancer le nom du chiant, pardon, du chien, ne serait-ce que pour plus de justice.

Malgré tout, le mot, plutôt l’adjectif “chiant” est resté courant dans la langue jusqu’à empiéter dans les mœurs françaises, pour qualifier une personne collante, contrariante, raseuse, emmerdeuse et… Jean passe. Aussi lui lancerait-on, quand on est agacé : “Ah, tu me fais chier à la fin ! Ce que tu peux être chiant ! “. En général, c’est lorsqu’on voit rouge ou qu’on est en rogne (en colère ) qu’on lance une telle… chierie.

Mais il semble que c’est grâce à sa fidélité envers son maître (l’homme) que le chien fut exempté de cette expression si… chiante. Est-ce une façon, pour l’homme, de signifier au chien qu’il ne le fait plus… chier? C’est possible. En tout cas, si on dit ”chiot” pour désigner le petit du chien, on ne dira jamais …la “chiotte” pour nommer une petite chienne. Toujours par respect pour le chien peut-être? Car les chiottes, tout le monde sait où ça se trouve.

Toujours est-il que le chien a eu plus de chance que son autre compère, un animal tellement… chiant qu’on l’a surnommé “chihuahua“ ou chiwawa. En effet, ce petit chien à poils ras a la sale habitude de… chier partout où il va, toujours en jappant : “wouah ! wouah ! “. D’où som nom.


Du minuscule au majuscule

Le plus minuscule des espèces de singes, c’est le ouistiti. Tellement minuscule que son nom est donné à une personne trop petite de taille. Ainsi, les personnes naines sont généralement désignées sous ce pseudonyme peu flatteur de ouistiti. Mais c’est l’animal lui-même qui s’est donné ce nom, pourrait-on dire. Car lorsqu’il crie, il fait “oui-ti-ti ! oui-ti-ti ! “. C’est à partir de ce cri qu’on lui a collé ce nom, le pauvre petit.

Contrairement à cet animal le plus petit de son espèce, pardon, à l’ouistiti, on ne peut ne pas évoquer le plus grand des espèces animales, ce mastodonte que personne ne se risquerait à ne pas reconnaître, même de loin. Et pour cause : c’est le plus “majuscule“, plutôt le plus mahousse et majestueux de la gent animale : l’éléphant.

Mais comment désignait-on autrefois ce géant de la brousse? On l’appelait tout bonnement… l’oliphant. Or ce nom signifiait plutôt (et signifie encore) …la dent de l’éléphant, c’est-à-dire cette paire de corne d’ivoire qui lui tient lieu de denture, et qu’on utilise en guise de cor.

Et ce cor n’est autre que cet instrument qu’on utilise pour sonner le rassemblement des hommes, lors des guerres et des parties de chasse. Un instrument au son de contrebasse qui fait “poh ! pof ! “, comme le tuba de la fanfare.

Ainsi, c’est la dent de l’éléphant qui a fini par donner le nom de l’animal. Ce qui ne veut pourtant pas dire que le son de l’oliphant peut inquiéter un éléphant. Et ce n’est certes pas le lion qui dira le contraire, lui qui se prend pourtant pour “le roi de la brousse “.

De “Il est là“ à “Il lion”

A propos de lion, parlons de cet écriteau qui ornait la croix de Jésus Christ (PSL) au moment où on le crucifiait. Un écriteau qui portait un mot hébreu de cinq lettres, INRI, et qui signifiait tout simplement : “Il est là“.

Il semble que pour les ennemis, détracteurs et tortionnaires du Saint Envoyé (Jésus), cette expression ”Il est là“, était une façon de l’humilier et le discréditer aux yeux de tous, particulièrement ses apôtres et ses adeptes.

En réalité, les idolâtres de son temps refusaient de croire à l’enseignement de Jésus, encore moins à son statut d’Envoyé de Dieu : ils le percevaient plutôt comme un être qui portait en lui quelque chose de “dangereux“ pour eux, quelqu’un de redoutable, tel… un lion par exemple.

En effet, aux jeux de ces idolâtres, Jésus leur apparaissait tel un lion, tant ses idées “novatrices” (la religion chrétienne) faisaient peur : elles risquaient tout simplement de remettre en cause toutes les croyances sociales reçues jusqu’à ce jour, à l’époque.

C’est pourquoi le représentant de l’empereur de Rome dans la contrée, à l’époque, Ponce Pilate, n’avait pas tenu à être mêlé dans le jugement de Jésus.

Aussi le livra-t-il, peut-on dire, à la vindicte populaire, en laissant le peuple choisir entre Jésus et un assassin notoire du nom de Barabas. Et le peuple, dominé par les idolâtres, décida qu’on libére ce dernier et qu’on condamne Jésus à sa place, tout cela pour l’empêcher de répandre ses idées religieuses parmi la population.

D’où le “châtiment” de Jésus sur la croix, après de multiples souffrances infligées par une foule furieuse et hystérique. De ces souffrances endurées par Jésus est née également l’expression “subir le chemin de croix”, en souvenir du parcours douloureux effectué par Jésus avant de parvenir à son lieu de crucifiement.

Au fil du temps, et partant du terme hébreu “INRI” (”Il est là“), la langue française l’affubla d’appellations diverses. Ainsi, de transformations en déformations, ce “Il est là” s’est mué en “Il y a”, puis en “Il y ont“, ensuite en “Il lion”, jusqu’à devenir finalement “le lion”.

De l’italien à l’hébreu

L’Italien l’appelle “cato parto“, c’est-à-dire “le chat qui part“. Qui part où ? Mais en brousse, pardi ! Sinon où voulez-vous que parte… un guépard? Car c’est effectivement de lui qu’il s’agit. Ainsi, du point de vue des Italiens, bien des félins indomesticables, sinon indomptables, sont… partis en brousse : dont le “cato parto”, c’est-à-dire le guépard, ainsi que le cougar, le jaguar, le léopard…

Même de simples volatiles de basse-cour se sont mis de la partie : les dindes et les pigeons sauvages, les paons et les outardes… Et si vous saviez seulement le nombre d’animaux dont la nature a retiré la garde à l’homme ! Cela est peut-être du à sa méchanceté, qui sait?…

Oumar DIAWARA

26 Aout 2008