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Est-il possible aujourd’hui d’écrire l’histoire de Bamako ? Que s’est-on en effet de cette ville que chacun croit connaitre, mais dont on ignore à peu près tout ? se demande Francis Simon du Centre d’Etudes des Mondes Africains (Université de Provence France), dans la préface du livre ‘’Une histoire de Bamako de Sébastien Philippe Architecte franco-malien. Nous répondons à cette question par un oui, mais en n’oubliant pas la tradition orale. Bien que la qualité de la recherche de Sébastien n’est pas mise en cause, mais le fait de ne relater pas, l’autre version qui est celle du village de Samalé a causé un dommage. En prenant en compte une seule version, l’histoire s’est falsifiée désormais. Pour nous qui sommes issus des structures traditionnelles, notre source d’information est l’écriture et l’oralité en même temps. Qu’on ne se trompe donc pas, l’Afrique même avec l’avènement de l’écriture continuera à se servir de la parole pour faire revivre les faits du passé. En effet, une source parle de Bamba Sanogo comme le premier chef de l’espace situé entre la poudrière en C III et le fleuve Djoliba. Cependant une autre version à laquelle j’y crois le plus est celle racontée par Djéli N’famoro Kouyaté du village de Niaganabougou dans la commune de Bancoumana sur la route de Kangaba. Cette version date de février 2005 et a été racontée lors de la cérémonie traditionnelle des populations de Badougou en présence des délégués des clans des familles Niaré et Touré, invitées à l’occasion.

Ce jour-là, le vieux griot N’Famoro Kouyaté a dit que Samalé Bamba Keïta, ascendant du clan des Nioumassidu Mandé était le propriétaire de la zone actuelle de Bamako qui va du Wowowayanko au pont de Banconi. Il était chasseur, comme d’ailleurs tous les fondateurs de village au Mandé. Il était également un grand sorcier possédant plusieurs pouvoirs pour aider ou nuire à l’homme. Il était saisonnier sur ses terres de chasse, du fait qu’il était également un patriarche. C’est lui qui a donné une partie de ces terres à Samaniana Bassi Diakité, ensuite à Bokory Keïta fondateur du village de BadougouDjoliba. Nous sommes témoin également, du fait qu’à chaque événement relatif à un décès chez les Niaré, les premières populations informées par le clan Niaré est la chefferie traditionnelle de Samalé et vis-versa.

Selon N’Famoro Kouyaté, c’est Samalé Bamba Keïta qui a autorisé DianmoussadianNiaréà s’installersur ses terres de Bamako. Etant entendu que Samalé Bamba était saisonnier et patriarche d’une zone au Mandé, en particulier Samalé, il a pensé qu’à ce titre Diamoussadian pouvait l’aider à exploiter la dite zone. Voici donc comment les deux personnages, se sont liésamitié. Les charges de patriarche de Samalé Bamba se sont accrues après liées au fait que Biton Coulibaly, roi de Ségou avait été assiégé vers 1730 par Famaghan Ouattara de Kong aidé en cela par l’ethnie malinké des Mansa Kourousi installée sur les hauteurs des collines de Naréna.
Pour faire face à cette situation, il s’est replié sur son village afin d’installer l’autre ethnie malinké des Kandasi le long du fleuve depuisDjoliba jusqu’à Kangaba. Il a par conséquent confié à DianmoussadianNiaré, la gestion de la zone de Bamako qui s’étendait jusqu’à Farakoba,une rivière entre Banconi et Koulikoro. Le nom original de Bamako est « Bamba ka kô » qui signifie le marigot de Bamba.

En désignant un certain Bamba Sanogo comme étant le premier occupant des lieux, est une confusion dans les rôles et dans les personnages cités dans l’histoire de l’origine de Bamako.

En effet le père de Bamba Sanogo, originaire de Kong était le marabout prédicateur de Samalé Bamba Keïta et son contemporain. Ils se déplaçaient ensemble pour visiter ses terres de Bamba ka kô. Leur amitié était tellement forte que son contemporain a donné le nom Bamba à son fils.

Il s’appelait Bamba Sanogo. De part ce statut de fils, il ne pouvait pas être le premier occupant des lieux. Cette même version existe dans les archives de l’ORTM sur l’histoire de la ville de Bamako dans les années 81 à 86 dont le présentateur était Joseph Keïta, journaliste. N’Famoro Kouyaté a rappelé qu’en 1899 pour la pose de la 1ère pierre des travaux de construction du Palais de Koulouba, le Gouverneur du Soudan à l’époque le Général de Trintinian a souhaité que la toute première pierre soit posée par un des représentants légitimes du propriétaire terrien de Bamako.

C’est à Monsieur Kandafing Keïta, un vieux maçon de Nafadji, du canton de Samalé Bamba qu’on a fait appel. C’est ce dernier qui a été choisi par le clan Niaré à l’époque. Il a donc posé cette pierre. Autre fait qui témoigne des relations entre Samalé Bamba Keïta et le clan des familles Niaré, c’est le fait que la première famille griotte attitrée des Niaré de Bamako porte le nom Soumano dont le plus connu des descendent a porté de nom du fondateur du clan Niaré de Bamako DiamoussadianSoumano, originaire de Dioulafondo dans la commune de Siby.

A notre connaissance, si le clan des Niaré avait apporté avec lui des familles de griots, celles du Mandé allait avoir d’autres tuteurs que les Niaré. C’est ce que disait toujours DiamoussadianSoumano Chef des griots de Bamako qui a donné naissance à Bakary Soumanodevenu également, Chef des griots de Bamako à la mort de son père.
Un autre fait marquant, le degré de solidité des liens entre le village Samalé et les Niaré, c’est lorsqu’un patriarche de Samalé meurt, c’est un autre patriarche du clan des Niaré qui coordonne la veillée funéraire.

La dernière en date, c’était lors du décès du Patriarche SamaléSory Keïta à Bolibana en 1980. Le patriarche des Niaré, a dit ceci au moment de la prière au mort à haute voix : « celui que vous voyez couché, gens de Bamako,auquel nous allons rendre le dernier adieu était le plus âgé des descendants de Samalé Bamba Keïta, celui-là même qui nous a accorder la permission de s’installer sur ses terres à Bamako ». A chaque occasion de rencontrer entre lesMandékas et les Niaré,
DiamoussadianSoumano ne cessait de répéter que Samalé Bamba Keïta est le propriétaire terrien de Bamako et qu’à ce titre, il a installé DiamoussadianNiaré sur ses terres.Les Mandekas pensent que la déformation de l’histoire est venue d’un des leurs après le décès de DiamoussadianSoumano, il s’agit de Bakary Soumano.

En effet, les mandekas pensent qu’il a falsifié l’histoire entre les deux clans, celui des Keïta et celui des Niaré lorsqu’il a commencé à dire que les Niaré sont les propriétaires terriens de Bamako. Il a été interpellé sur la question par le Patriarche de Samalé. Il n’a jamais répondu à cette interpellation. La suite est connue à chaque fois que le détendeur de la tradition orale falsifie l’histoire. Bakary Soumano n’y a pas échappé.

Certes, cette version sera traitée de tradition orale par ceux qui veulent falsifier l’histoire. Cependant la tradition orale ne peut pas oublier ce dont elle sait parce que tous les jours qui passent, l’oreille va à l’école de la connaissance et de la vie. Elle constitue le socle de notre connaissance, pour satisfaire de légitimes curiosités, reliées à une certaine philosophie. Elle élève la pensée au-dessus des contingences parfois décevantes de la vie et nous moralise.

Elle remplit l’homme d’admiration, de respect pour les vaillants ancêtres qui nous ont devancés et parmi ceci Samalé Bamba Keïta.
L’intronisation le 13 octobre 2016, du nouveau Chef le 10ème du genre dans le clan des familles Niaré à Bamako à fait l’objet d’une grande cérémonie, une première à laquelle, le Président de la République du Mali a assisté en personne. Le village de Samalé n’a pas été invité à ladite cérémonie. Par ce fait les populations du Mandé pensent que les Niaré ont abandonné l’ancien chemin des relations fraternelles entre les deux clans.

Un proverbe malinké dit ceci :« Autant avoir à faire à un ancien chemin perdu, qu’à une ancienne relation sociale perdue ». Samalé ne réclame pas de terre, mais il veut tout juste être reconnu comme étant le logeur des Niaré sur ses terres de Bamako. Cela doit être dit publiquement et su de tous.Le nouveau Chef Dramane Niaré est appelé à corriger cette faute pour rétablir les bonnes relations d’amitié qui existent depuis 266 ans.

A bon entendeur salut

Seydou DIARRA

20 Octobre 2016