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Il surgit souvent dans la vie des thèmes qui déstabilisent le croyant dans ses convictions et sa soumission à Dieu…

Jeudi dernier (le 9 août 2007), je raccompagnais un ami chez lui. Nous avons emprunté le boulevard Gouin, dans le Nord de Montréal, dans le but d’éviter les embouteillages infernaux de l’heure de pointe sur les autoroutes. Nous causions tranquillement de la pluie et du beau temps quand, soudain, mon ami se tut..

Nous passions au niveau du secteur huppé dit du Bois de Saraguay. Dans cette zone, la valeur médiane des maisons est de 850 000 dollars (400 millions de F CFA) contre une moyenne de 250 000 dollars (100 millions CFA) pour l’ensemble de la ville de Montréal.

Mais le Bois de Saraguay n’est pas un secteur banal où bourgeois de père en fils, nouveaux riches et pète-couilles tape-à-l’œil ont décidé de se barricader. A côté des honnêtes citoyens choyés par la vie, l’endroit abrite la « crème » de la mafia locale. Et justement, mon ami et moi étions en face de la cossue demeure du parrain du clan local. Il regarde bien la demeure et secoue la tête : « Regarde bien ça : un criminel de la pire espèce, meurtrier, trafiquant de drogue et blanchisseur d’argent, regarde la richesse ostentatoire qu’il affiche ! »

En effet, oui, la richesse de cet homme que la police ne réussit pas à coincer laisse songeur : sa maison est évaluée à plus d’un million de dollars par les services fonciers de la ville de Montréal. Devant sa porte, il y avait trois voitures de luxe : une Ferrari estimée à 700 000 dollars (300 millions CFA), une Maserati qui vaut environ le même prix et une Bentley des années 1960 que les spécialistes évaluent au million de dollars.

Mon ami secoue encore la tête : « Est-ce que moi, honnête travailleur qui n’ai jamais commis un acte illégal aurait droit, de la part de Dieu, à une telle fortune ? En fait, en protégeant les criminels, les vendeurs de drogue, les bandits et les voleurs, Dieu se révèle le parrain numéro un ! Pourquoi, pour un simple feu orange grillé, la police s’acharne sur toi et laisse ces gens tranquilles ? Dis-moi ce que fait Dieu dans son royaume ! »

Je ne sais pas ce que fait Dieu. Je suis un croyant et parfois, je me pose les mêmes questions. Les pensées ébranlent ma foi, mais je me dis que Dieu sait ce qu’il fait. Pourquoi ? Parce qu’au fond, je suis comme la majorité des croyants. Quand je ne suis plus capable de trouver la réponse à une question, je la confie à Dieu.

Mon ami pense en fait que l’humanité a créé Dieu et pas l’inverse : « L’homme a créé un être supranaturel uniquement pour trouver des réponses aux questions auxquelles il n’a pas de réponse ».

Ne persiflez pas, s’il vous plaît ! Je sais que Nietzsche, Sartre et des dizaines d’autres philosophes ou agnostiques l’ont dit et écrit mais si vous trouvez une meilleure explication, envoyez-la et je transmettrai. Je disais que moi aussi, il m’arrivait de me poser des questions graves.

Quand je vois des gens mourir de faim alors que d’autres jettent des tonnes de nourriture à la poubelle, je me pose des questions. Quand je vois des synagogues, des églises ou des mosquées s’effondrer sur des fidèles en tuant certains, je me pose des questions. Quand je vois des criminels notoires, des meurtriers aux mains tachées de sang présider aux destinées de leur pays ou vivre des retraites tranquilles, je me pose des questions. Quand je me souviens qu’Hitler ou Mobutu sont morts sans rendre de comptes, je me pose des questions. Et surtout, quand je vois des enfants irakiens, somaliens ou libériens déchiquetés par des bombes ou des mines, j’ai envie de dire à Dieu : « Hey, le Vieux, vas-tu te réveiller un jour et agir ? »

Pour rendre ma douleur encore plus intense, mon ami dit : « As-tu remarqué que les pays dans lesquels la croyance est la plus ancrée sont les plus arriérés et les plus frappés par les calamités naturelles ? Un tremblement de terre au Japon fait au maximum 200 morts, aux Philippines, c’est dans les 100 000 morts. »

Quelle est la main de Dieu et la part du diable dans ces calamités ? Est-ce que le diable peut provoquer des calamités naturelles ? Est-il le Dieu de la mafia ? Ces questions m’angoissent.

Je n’ai pas envie de passer pour un dogmatique obscurantiste quand il s’agit de discuter foi. Mais, souvent, dans le dénuement et la confusion de mon cœur déchiré, j’ai envie que Dieu fasse juste un signe, pour rappeler qu’Il est là et vient en aide aux miséreux. Pas par l’intermédiaire d’escrocs à la petite semaine qui prétendent communiquer avec lui ou connaître sa volonté, mais par des actes concrets. Par exemple, en évitant aux parrains de la mafia de narguer des travailleurs honnêtes comme mon ami.

Ousmane Sow (journaliste, Montréal)

15 août 2007.