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Avec l’élection de Dioncounda Traoré à la présidence de l’Assemblée nationale, les partis politiques viennent de reprendre l’initiative du jeu politique. Ce retour aux valeurs démocratiques fondamentales va-t-il se concrétiser dans la gestion future du parlement ?

La ferveur qui a habi­té les Etats-majors des différents partis politiques du Mali, dans la bataille de l’élection de Dioncounda Traoré, à la tête de l’Assemblée natio­nale, prouve à suffisance que plus rien ne sera comme avant dans le microcosme politique malien. Depuis 2002, les Maliens constatent que les partis politiques ont plié l’échiné.

Pratiquement, à force de faire la cour au président ATT, la plupart des partis du pays ont démissionné. Et des Maliens commençaient à croire qu’on peut réussir dans la politique sans militer dans un parti poli­tique, seul cadre de conquête du pouvoir et de sa gestion dans une démo­cratie digne de ce nom. Cela a donné naissance à une flopée de candida­tures indépendantes.

Aujourd’hui, les choses semblent se remettre en ordre. Deux faits impor­tants sont rassurants pour l’avenir de la démocratie malienne. Ce sont : l’élection de la plupart des députés indépendants sur des listes de partis poli­tiques et la solidarité des partis politiques autour de la candidature de Dioncounda Traoré à l’élection du président de l’Assemblée nationale.

En se faisant élire sur des listes de partis poli­tiques lors des dernières élections législatives, les indépendants, ont de facto admis la suprématie des partis politiques. Et surtout ont confirmé l’hy­pothèse selon laquelle, la politique se fait dans un cadre organisé et précis.

Mais des deux événe­ments récents qui prou­vent que la démocratie malienne a du ressort, le plus important reste la mobilisation des partis politiques pour faire res­pecter le fait majoritaire en faisant élire Dioncounda Traoré, contre la volonté de Koulouba qui lui préférait Me Mountaga Tall, dont le parti ne totalise que 7 députés.

Cette solidarité entre partis politiques est sûre­ment un signe précurseur de la reprise de la gestion du pays par les partis poli­tiques. A une époque plus récente, Me Tall avec ses 7 députés, fort du soutien du Président de la République ATT, allait battre Dioncounda Traoré, président d’un parti qui a fait élire 51 des 147 députés du parlement.

A cette époque, il suffi­sait que Koulouba claque des doigts pour que tous les députés s’alignent der­rière son choix. Me Tall n’ayant pas perçu le chan­gement de mentalité des partis politiques, en ce début du deuxième et der­nier mandat du Président ATT, a cru que Koulouba allait pouvoir mettre les députés en ordre de bataille pour lui offrir le perchoir.

Ayant sûrement trop retenu la leçon qu’il faut pactiser avec le pou­voir actuel pour s’appro­cher de Koulouba en 2012, le président du CNID, a eu un réveil brutal le 3 sep­tembre 2007, lors du vote du président de l’Assemblée nationale.

A l’issue du vote, Dioncounda Traoré, can­didat de l’Adéma, soutenu par la plupart des partis politiques du Mali, a écra­sé Me Tall, avec un score de 111 députés contre 31. Dès la proclamation de ce résultat, Me Tall s’est immédiatement rendu compte que Koulouba l’a lâché, à un moment où il croyait le plus être soute­nu.

Le président du CNID a pris à ses dépens le dic­ton selon lequel « en poli­tique, pas d’intérêt, pas d’action« . Vu la solidarité des partis politiques autour de Dioncounda Traoré, Koulouba a vite compris que Me Tall ne ferait pas son affaire. Et pour ne pas les avoir contre, ATT a préféré faire machine arrière.

Mais, Me Tall ne serait pas la seule victime du vote du 3 sep­tembre 2007. Parce que, les partis politiques ont compris qu’il faut un peu de courage et de témérité pour faire reculer Koulouba. Ce déclic, donné par la nouvelle solidarité retrouvée depuis l’élection d’IBK au poste de député élu dans la cir­conscription électorale de la Commune IV, fera tâche d’huile pendant le deuxième quinquennat du Président ATT.

En princi­pe, après les cinq années qui viennent, ATT devra rendre le tablier à son suc­cesseur. Et seul Dieu connaît la longue liste de prétendants au fauteuil de Koulouba. Et comme ce n’est plus le souhait des responsables des partis politiques d’assister à l’ar­rivée d’un autre indépen­dant à la tête de l’Etat, la solidarité sera plus grande entre les formations poli­tiques du pays.

Même si après, elles seront obli­gées de plier les manches de leurs chemises dans l’es­poir de s’offrir Koulouba. Mais, en attend ce combat que les partis poli­tiques vont se livrer pour le contrôle du pays, nous avons, probablement, l’oc­casion d’assister à des manifestations de cette nouvelle solidarité, dans le sens que les partis poli­tiques en imposent à ATT.

Mais, rien n’est sûr avec tous les pouvoirs dont dis­pose un Président de la République sous les tro­piques. L’avenir nous édi­fiera.

Assane Koné

06 septembre 2007.