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Les maliens de l’extérieur s’apprêtent à entrer en conclave les 12-13-14 février 2009 à Bamako où se tiendra la Conférence statutaire du Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur (HCME).

Le point d’orgue de cet évènement sera sans doute le renouvellement de leur bureau.

On se rappelle que la Conférence, qui est aussi l’instance la plus importante prévue par les statuts du HCME, avait été convoquée à maintes reprises depuis 4 ans, sans jamais pouvoir se tenir. Parmi les raisons évoquées, on peut citer les multiples difficultés qui ont émaillé le renouvellement de certains conseils de base, et non des moindres : ceux de France et de Côte d’Ivoire.

L’Etat, qui joue un rôle déterminant, depuis décembre 2004, dans l’accompagnement de cette organisation désormais sous tutelle, a fait valoir le poids de ces Conseils de base et n’a pas délié les cordons de la bourse du financement de la Conférence.

Le Ministère des Maliens de l’extérieur avait souhaité notamment la présence d’une délégation des Maliens de France émanant d’une structure renouvelée et légitime. Car, ces derniers seraient forts d’une somme d’expériences en matière de gestion d’associations, que leur procure l’environnement de leur pays d’accueil. Raison pour laquelle, il a demandé plusieurs reports de la Conférence en attendant la mise en place du bureau de la France.

Depuis le 25 mai 2008, c’est chose faite, la communauté malienne de France a confié le destin de son Conseil à une équipe, certes contestée par les perdants (ce qui est devenue une tradition chez les Maliens de partout), mais reconnue officiellement par les autorités de l’Etat et du bureau du HCME (ce qui ne souffre d’aucune ambiguïté). Quant à la Côte d’Ivoire le statu quo reste total, pour ne pas dire qu’il y a une réelle crise qui n’arrive pas à se dénouer.

Dans les autres pays des « tremblements de terre» ont éjecté certains barons qui se croyaient indéboulonnables. Ce fut le cas en Guinée, où le Vice-président sortant du HCME ne devra plus figurer parmi les délégués des maliens de Guinée à la Conférence de février 2009. Mais, du fait que, ce dernier conduit depuis peu un courant des contestataires comptant en son sein beaucoup de recalés par leur base, dont le secrétaire général démissionnaire puis auto réhabilité, laisse à penser que les désavoués ne s’avouent pas vaincus.

Au vu de ces feux qui couvent sous la cendre, on peut sans risquer de se tromper, affirmer que si des dispositions fortes ne sont pas prévues, le premier élément générateur de l’échec de la rencontre sera la nature et la qualité des mandats des délégués admis au sein de la Conférence. La détermination de ceux qui refusent d’être : suspendus, non reconnus, non délégués officiellement est si forte, qu’ils sont prêts à tous les abus, pour participer et même occuper des postes dans le nouveau bureau.

Si des mesures dissuasives ne sont pas prises, ils pourraient tout simplement créer la cacophonie, qui entraînerait des bagarres entre les courants rivaux, pouvant dégénérer très rapidement et donner un piteux visage à cette rencontre qui devrait être une fête avant tout, qu’il ne faudra gâcher aucunement.

Si les délégués arrivent à travailler convenablement et sereinement, auront-ils les coudées franches et la sagesse suffisante pour attaquer les vastes chantiers indispensables pour la renaissance du HCME ?

Car cette conférence devra marquer un tournant décisif dans la vie du HCME.

On se rappelle avec fierté que la Conférence nationale de 1991 a souhaité la création d’une organisation des Maliens de l’Extérieur, qui deviendrait l’organe consultatif de l’Etat malien sur les questions concernant la diaspora. L’émotion était d’autant plus perceptible que les fondements de la jeune démocratie malienne venaient d’être esquissés de façon presque exhaustive. Enfin tous les fils du pays allaient pouvoir participer à la vie de la nation à travers leur représentation au sein des Institutions de la République.

Le rêve devint cauchemar dès la mise du HCME sur les fonds baptismaux. La politique s’invita aux banquets et le dîner des vampires commença et …se poursuit.

En effet, suite à l’avènement de la démocratie au Mali en 1991, l’Adema adopta une stratégie basée sur le contrôle des réseaux modernes. Aujourd’hui des premiers responsables reconnaissent publiquement, que le parti rouge et blanc avait jeté son dévolu sur la Présidence du HCME. Depuis 1992, ce fauteuil ne sera occupé, que par un des protégés de l’Adema.

Il s’agit de feu Sandiakou Sidibé (1992-93) et aussi l’actuel Président Abdouramane Chérif Haïdara (1993-2009), qui seront les premières victimes de cette volonté de caporalisation du HCME par un parti. Car, les principaux atouts ayant plaidé à leur faveur, l’un et l’autre, étant leur « fortune personnelle » et leur générosité se sont vite amenuisés. Ceux qui constituaient des avantages sont sujets à caution aujourd’hui, car peu de gens se souviennent des biens et des bienfaits des deux premiers Présidents du HCME.

Quid de leurs capacités à concevoir et animer les rouages de cette nouvelle organisation et y conduire les projets importants pour la communauté des maliens de France, les premiers Présidents ont été confronté à des difficultés internes avec son corollaire la bataille des clans.

La médiocrité des bureaux s’est propagée dans plusieurs Conseils de base où des cabales persistantes sont menées à longueur d’années, par des éléments rebelles, la plupart étant fondus dans le moule de cette stratégie du contrôle politique du HCME. Certains d’entre eux affichent toujours leur détermination à empêcher, de nouvelles équipes dirigeantes régulièrement élues et reconnues par les autorités, de travailler dans la quiétude.

La volonté d’embrigadement du HCME de l’Adema n’a pas manqué de faire des émules dans d’autres partis. Elle a donné des idées à d’autres politiciens qui, à défaut de disposer d’une organisation d’envergure nationale, ont tenté de faire du HCME, une rampe de lancement pour leur parti politique. Sans succès !

* L’échec des deux premiers Présidents et de leurs bureaux respectifs est évident. L’état actuel du Haut Conseil est fort désastreux et surtout scandaleux. Par ce qu’on ne peut se servir d’une organisation comme une propriété personnelle. Certains hommes et femmes y ont fondé tout leur espoir d’ascension sociale sans succès ni réussite. Ils continuent de vouloir toujours jouir d’une parcelle de responsabilité afin de « se servir » au détriment de l’existence et de la performance de l’Organisation elle même.

* A cause des guéguerres à tous les niveaux de la structure, le HCME se voit priver des moyens lui permettant de s’atteler à sa mission si noble.

* Après 17 ans d’existence, le Haut Conseil des Maliens de l’Extérieur suscite la méfiance du pouvoir public, le rejet de la diaspora, le discrédit auprès des partenaires au développement.

Après toutes ces péripéties et au vu d’ autant d’insuffisances, il devient salutaire de permettre à ce formidable instrument, dédié à la concertation et à la gestion des intérêts des Maliens de l’extérieur, d’exister et surtout d’être accompagné au début de sa renaissance. Au risque de voir le rêve se briser une fois pour toute, le sursaut patriotique s’impose à tous afin d’amplifier l’espoir et la joie crées récemment par la délégation des maliens de France à la biennale de Kayes en décembre 2008.


Le préalable, pour réussir la mission de sauvetage du HCME, devra être le rejet des anciennes pratiques tellement préjudiciables à l’organisation:

* Illégalité légendaire des bureaux que constitue la présence de délégués inventés et parachutés ;

* Choix d’un homme selon le seul critère de sa « fortune » du moment ;

* Volonté de contrôle de l’organisation par des appareils politiques.

L’étape suivante, pour remettre le HCME dans l’axe de sa mission, devra être le choix d’un Président et de son Equipe. C’est le nœud gordien de cette conférence.

En l’état actuel de l’Organisation et de son fonctionnement, l’élection démocratique sera une mascarade, avec son lot d’achat des votes par des barons, donc des scrutins peu crédibles. Pour défaire ce nœud, comme Alexandre, les acteurs (Etat et Conseil de base) devront trancher en s’imposant le consensus comme mode de désignation de ceux qui travailleront, durant une période de transition de 5 années, à refonder le HCME et à rendre fonctionnel ces structures.

La transparence demeure indispensable pour donner des garanties à tous sur le bien fondé du choix d’une telle solution, mais le projet devra constituer le moteur de l’action du bureau.

Affaire à suivre !

Mahamadou Cissé PARI

06 Février 2009