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Dans leur volonté de mettre en place un bureau de leur choix, après celui installé le 4 mai, le président du HCME, Abdrahamane Chérif Haïdara et le consul général du Mali en France sont en phase de pourrir la situation déjà tendue entre le clan Makan Sidibé, nouveau président du Conseil des Maliens de France et son « opposant », Gahoro Doucouré. Les plus hautes autorités sont interpellées.

Conformément au calendrier fixé par les candidats en lice pour le renouvellement du bureau du Conseil des Maliens de France, et en présence du ministre des Maliens de l’extérieur un bureau est mis en place le 4 mai sous la supervision du représentant du bureau national.

Le nouveau président du CMF est désormais Makan Sidibé. Il remplace Diadié Soumaré. Quelques jours plus tard le 6 mai, le bureau reçoit les félicitations du bureau national installé à Bamako qui, à l’issue d’une réunion extraordinaire dans sa grande majorité, valide le scrutin.

Mais, contre toute attente, le président du HCME, en dépit de l’accord de ses camarades, ne veut pas l’entendre de cette oreille et affirme ne pas reconnaître le bureau de Makan Sidibé. « En complicité avec le consul il veut coûte que coûte mettre son bureau en place même sans la participation du camp de Makan, actuel président issu des urnes le 4 mai ».

C’est en tout cas les explications de Nimetigna Dembélé, secrétaire aux affaires juridiques et institutionnelles du bureau sortant du Conseil des Maliens de France qui, était vendredi dernier face à la presse. M. Dembelé en a profité pour donner le film de l’organisation matérielle depuis le début du processus (rencontre avec le ministre Macalou à Paris le 19 mars) jusqu’à l’élection du 4 mai.
Flash-back.

Le 19 mars dernier, le ministre des Maliens de l’extérieur préside une réunion à laquelle participent le consul général, les représentants de la communauté, le président du bureau sortant, Diadié Soumaré, son opposant durant les 5 ans de son mandat, Gahoro Doucouré et d’autres sensibilités.

Objectif : dissiper les divergences entre les parties en conflit en vue de la participation de tous au renouvellement du bureau.

Comme résolution prises en présence du ministre, les protagonistes, selon l’ancien membre du bureau, s’engagent à tout mettre en œuvre pour une bonne élection. Sept points sont arrêtés : il s’agit notamment du règlement des cotisations des associations dissidentes ayant quitté le HC depuis 5 ans et cela avant le 15 avril, date de rigueur.

Ils conviennent que les participants à cette rencontre du 19 mars constituent un comité de suivi du 19 mars au 15 avril. Les parties avaient décidé de créer un comité d’organisation des élections, distinct du suivi.

Le mode de scrutin arrêté est le proportionnel à un tour, le scrutin étant fixé au 4 mai au consulat. « Date que tous se sont engagés à respecter scrupuleusement », a souligné M. Dembélé.

Autoritarisme ?

Quelques jours plus tard, aux dires du secrétaire juridique de Diadié, les problèmes commencent. « La partie de Gahoro a fait mauvaise foi d’abord en faisant fi du respect du calendrier de paiement des cotisations des nouvelles associations qui s’étaient déclarées à son niveau mais qui n’étaient pas à jour dans le paiement et dont le bureau sortant n’avait pas connaissance ».

La date du 15 avril n’ayant pas été respectée par Gahoro

le jeux était simple : impossible pour eux de reconnaître les 78 associations dans l’illégalité depuis 5 ans.

Mais, sous l’implication du consul, Diadié, le président sortant accepte et deux permanences supplémentaires sont ouvertes dans les locaux du Conseil des Maliens de France les 23 et 25 avril de 17 h à 19 h pour permettre aux « indisciplinés » de se mettre à jour. « Cela n’a pas suffi », a dit M. Dembélé.

Une 3e permanence est organisée le 30 avril dans les locaux de la Bourse de travail de Saint-Denis suite à l’implication du ministre Macalou afin que les nouvelles adhésions « hors délai » refusées par le bureau sortant puissent être acceptées.

Cette 3e permanence permet l’enregistrement d’une quarantaine d’associations sur les 78. Le temps imparti n’a pu permettre à tous d’être régularisés. « Quoique nous soyons allés au-delà de l’heure prévue c’est-à-dire de 17 h à 19 h ».

Le bureau sortant organisateur de droit du scrutin décide alors de restituer les sommes correspondantes à celles qui n’auront pas été retenues sur les 78 nouvelles associations. Le consul, aux dires de M. Dembélé, a estimé que la restitution de la somme entraînera le blocage du processus.

« Les membres de la délégation du bureau s’en tenant à leur fermeté ont informé le consul de leur intention de poursuivre le processus régulier », a-t-il poursuivi avant de dire qu’ils ont toujours accepté les propositions du ministre et du consul, notamment des concessions consistant à chaque fois à ouvrir des performances imprévues.

Le 3 mai, le comité d’organisation des élections se réunit avec le consul pour arrêter la liste définitive des électeurs et prendre les dispositions nécessaires pour l’organisation du vote.

Peine perdue. Gahoro Doucouré et compagnie se retirent du processus au motif que leurs exigences ne sont pas respectées. « En outre, ils ont réclamé la restitution de toutes les sommes qu’ils ont versées, c’est-à-dire, les 11 640 euros et 5928 euros. Ces sommes leur ont été remises le 7 mai 2008 ».

Sur ces faits, le Consul décide que l’élection n’aura plus lieu au consulat dans le souci de préserver la sécurité des locaux. Ainsi, dans un autre local, et sous la supervision du représentant national du Haut conseil des Maliens de l’extérieur de Bamako, le scrutin est organisé le dimanche 4 mai dernier.

A l’issue de l’élection, le seul candidat en lice, Makan Sidibé, est élu. Selon M. Dembélé, le consul n’est qu’accompagnateur, facilitateur mais pas décideur de l’organisation du bureau.

« La seule volonté de Chérif Haïdara ne peut porter atteinte à la légitimité du nouveau bureau ».

En tant qu’organisateur, dira M. Dembélé, le peuple malien est averti de tout ce qui suivra de l’ingérence coupable du président du HCME, Chérif Haïdara et de ses acolytes malgré le quitus du bureau national. Déjà selon M. Dembélé, Chérif devait être en France pour mettre en place son bureau hier 25 mai.

Les plus hautes autorités doivent se lever pour faire la lumière sur cette affaire qui risque de saper le bon fonctionnement ou même la survie du Conseil des Maliens de France, jadis un bureau exemplaire.

Wait and see !

Amadou Sidibé

Dialogue stérile

Dans quel autre pays au monde et qui a à sa tête une constellation de généraux, l’autorité de l’Etat est piétinée au point que l’espérance de vie chute à 24 h renouvelables dans certaines de ses localités du fait du « banditisme » ?

Dans quel autre pays au monde, des bandes armées, au nom de la rébellion des années 1990, qui s’est désolidarisée de leurs actions, sèment-elles impunément mort et désolation ? On a plutôt entendu dire que les forces de défense, en dépit de la gravité de l’heure dans le Septentrion, sont confinées dans une posture défensive.

Dans quel pays au monde ferme-t-on la porte au nez aux autres composantes de la nation dans la résolution d’une question aussi importante que la sécurité au nord ?

Dans quel pays au monde laisse-t-on des citoyens ériger la vengeance en mode de règlement des « conflits » alors que l’Etat de droit doit s’imposer à tous, la justice étant normalement égale pour tous et toutes ses voies de recours ouvertes ?

Et pourtant ceux qui ont attaqué la semaine dernière un camp à Abeïbara, aux confins de la frontière avec le Niger, ont prétexté la mort d’un des leurs pour tuer, de source officielle, quinze innocents Maliens. Œil pour œil, dent pour dent ? Mais même dans ce cas, la loi du Talion a été exagérément appliquée, car son principe est « un enfant pour un enfant ». Ni plus ni moins.

Avant-hier Ansongo, hier Diabali, aujourd’hui Abeïbara. Et demain ? Certes, la guerre n’est jamais une bonne chose.

Cependant, plus rien ne doit autoriser le garant de l’unité nationale, de la sécurité des personnes et des biens… à tenter de dialoguer avec des hommes qui n’entendent pas le cri du cœur d’un peuple épris de paix, de justice et de solidarité alors que l’intégrité du territoire, par leur faute, va à vau-l’eau.

Ne serait-ce qu’au nom de la sacralité de la vie humaine, il se doit de réagir efficacement.

M. le président de tous les Maliens, vos compatriotes éplorés sont fatigués. Ils ne savent plus à quel saint… pardon quelle autorité sécuritaire se vouer et craignent pour leurs vies. Ils vous supplient de changer de fusil d’épaule : en mettant en avant plus de fermeté.

Car sans rien connaître des affaires militaires, ils affirment néanmoins que, pour un dialogue sincère et fécond dans la recherche de solutions durables, les parties en conflit ne partent jamais sur le même pied à la table de négociations. En d’autres termes, le rapport de forces doit pencher d’un côté.

Faites donc en sorte que l’Etat montre un peu les muscles et pousse dans leurs derniers retranchements ceux qui n’ont que mépris pour la vie humaine et le pays. L’Assemblée nationale ayant délibéré sur le terrorisme, vous avez aussi tout l’arsenal juridique pour mettre la pression sur les auteurs d’assassinats, de troubles ou de menaces à l’intégrité du territoire.

Hélas !

Mais si la situation devait rester telle quelle, il vous serait difficile d’exploiter le pétrole dont votre gouvernement a annoncé le premier puits pour 2009 (aiguisant par ce fait même des velléités irrédentistes).

Et pis, il y a peut-être péril sur 2012 quand on sait que les élections, pour être valables, doivent se tenir dans les mêmes conditions et le même jour sur l’ensemble du pays.


A. M. T.

26 Mai 2008