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Le 23 juin dernier, le ministre de l’économie, de l’industrie et du commerce, Ahmadou Abdoulaye Diallo a rencontré (dans son bureau !) les journalistes pour leur expliquer (au tableau !) le mécanisme par lequel le gouvernement parvient, jusque là, à maîtriser, à un niveau raisonnable, les prix des carburants à la pompe.

En effet, 48 heures plus tôt, le 21 juin, le prix du supercarburant à la pompe, dans les stations d’essence du Mali, avait grimpé de 650 FCFA à 695 FCFA le litre et celui du gas-oil de 570 FCFA à 585 FCFA le litre.


Démonstration ministérielle

Sur le vif, le consommateur voit tout de suite l’augmentation respective de 45 FCFA et 15 FCFA. Or, n’eut été la subvention de l’Etat, l’addition aurait été largement plus salée. Les explications arithmétiques du ministre Diallo ont été des plus élémentaires.

Sur le marché international, le prix du baril de pétrole est passé de 122,75 dollars US en mai 2008 à 135, 68 dollars US en juin, soit une variation de 10,55%. Si on procède à une augmentation mécanique, c’est-à-dire une répercussion automatique sur le prix à la pompe, aujourd’hui, le supercarburant coûterait 830 FCFA, soit une hausse de 180 FCFA et le gas-oil de 695 FCFA, soit une augmentation de 125 FCFA.

Pour supporter la différence, les 3 acteurs, à savoir l’Etat, les importateurs et les consommateurs se sont concertés à plusieurs reprises, ont procédé à une quarantaine de simulations (39 plus précisément) et sont parvenus à la répartition suivante : l’Etat,

115 FCFA, soit 64% ; les importateurs, 20 FCFA sur une marge de 60 FCFA, soit 11% et les consommateurs, 45 FCFA, soit 25% pour le supercarburant. En ce qui concerne le gas-oil, l’Etat supporte 82% des 125 FCFA, donc103 FCFA, les importateurs prennent 7 FCFA, soit 6% et les consommateurs payent le reliquat de 15 FCFA, soit 12%.

Pour ce mois de juin, l’augmentation est donc de 6,92% pour le supercarburant et de 2,63% pour le gas-oil, contre 10,55% sur le marché international. L’incidence financière est de 5 milliards de FCFA et il en sera toujours ainsi si les données ne changent pas.


79 milliards consentis depuis 2005

Pays non producteur de pétrole, le Mali importe tous les produits pétroliers pour couvrir ses besoins de consommation.
La politique du gouvernement en matière de gestion du sous-secteur des hydrocarbures est guidée, entre autres, par la maîtrise des prix à la pompe et le développement du secteur des hydrocarbures.

Depuis quelques années, les cours du baril ont évolué à la vitesse de l’ascenseur, passant de 55 dollars US en février 2007, à 135 dollars US actuellement, entraînant la hausse vertigineuse des prix fournisseurs des produits pétroliers qui s’est répercutée sur les prix à la pompe.

Au Mali, ce phénomène a été géré, jusque là, de main de maître par le gouvernement qui a toujours pris des mesures pour minimiser l’impact sur les prix à la pompe afin de soulager les consommateurs. Les prix à la pompe ont été soit maintenus, soit revus à la baisse, soit sensiblement augmentés au cours de ces dernières années.

Le manque à gagner pour l’Etat sur les recettes pétrolières se chiffre, comme indiqué plus haut, à 5 milliards de FCFA pour le seul mois de juin 2008. Ce chiffre porte à 23 milliards les pertes de recettes depuis le début de l’année. Sans compter les autres années, à savoir 15 milliards perdus en 2005, 19 milliards en 2006 et 22 milliards en 2007, soit au total 79 milliards de FCFA consentis de 2005 à juin 2008.

Tous ces sacrifices de l’Etat font que, comparés à ceux de la sous-région, les prix à la pompe des hydrocarbures au Mali, sont pratiquement les plus bas.


La solution de la politique énergétique du Mali

Le gouvernement malien supporte depuis le déclenchement de cette crise pétrolière à l’échelle mondiale. Cependant, l’augmentation file sans arrêt vers des sommets inconnus au point que certains prévisionnistes tablent sur un prix du baril entre 250 et 300 dollars US.

Si cela arrivait, le gouvernement malien pourra-t-il toujours continuer à subir. Réponse du ministre de l’économie, de l’industrie et du commerce : « ça va être difficile. Tout dépendra de notre bilan énergétique global. Notre politique énergétique, c’est de diminuer notre dépendance vis-à-vis du pétrole.

Pour cela, il faudra accélérer la mise en œuvre des grands projets énergétiques engagés, de façon à ce que la part du thermique diminue et la part de l’hydroélectrique augmente ; sans oublier les énergies nouvelles et renouvelables. Sinon, à un moment donné, on ne pourra plus tenir ».

Plus de 700 milliards dans l’énergie

Ahmadou Abdoulaye Diallo axe son argumentation sur la politique énergétique nationale.

A juste raison d’ailleurs, car dans le PDES, il est prévu qu’à l’horizon 2010, 715,4 milliards de F CFA seront investis dans l’énergie et l’électrification rurale, la rationalisation de la production et de l’utilisation de l’énergie, la promotion des énergies alternatives, la constitution d’un stock national de sécurité pour les hydrocarbures, et le développement du réseau électrique interconnecté avec notamment le renforcement des sites hydro-électriques de Félou II, Gouina, Taoussa, Kénié, Sotuba II et Markala.

Actuellement, le taux de couverture nationale en matière énergétique est de 16%, avec un taux rural de 7%.

Les espoirs sont aujourd’hui braqués sur plusieurs projets dont le plus à même d’entrer bientôt en activité est la Centrale thermique aux fûts lourds de Sirakoro Méguetan. D’une puissance installée de 55 Mgw, elle prévoit une puissance garantie de 40 Mgw qui sera injectée au réseau interconnecté.

Un autre projet aux fûts lourds, au niveau de Balingué, est à l’étude.

Par ailleurs, les Maliens attendent beaucoup et surtout du projet d’interconnexion Côte d’Ivoire-Mali qui est en pleine phase d’exécution.

Cette interconnexion, qui part de la ville ivoirienne de Ferkessédougou pour transiter par Sikasso puis Koutiala avant d’atterrir à Ségou où elle bouclera la boucle du réseau interconnecté national, est d’une puissance escomptée de 60 Mgw pour le Mali. Cette puissance pourrait s’étendre à 80 Mgw puis à 200 Mgw à terme. Selon les spécialistes, l’avantage de cette interconnexion est double.

Elle permettra au Mali, d’une part, de figurer dans le système des réseaux interconnectés africains conformément aux vœux de l’Union africaine et, d’autre part, d’acquérir l’énergie électrique à bon marché provenant de la production ivoirienne faite à base de gaz.

L’interconnexion Ghana-Burkina-Mali, pilotée par la CEDEAO, est également très attendue. Prévue pour passer par Bougouni, Bamako et Sikasso, elle est l’étude.

Dans le cadre de l’OMVS, deux projets sont en vue : la Centrale hydroélectrique de Félou dont le financement est bouclé et le début des travaux imminent et le projet Gouina, moins avancé que Félou.
Si tous ces projets voyaient le jour, le vœu du ministre Diallo de voir le Mali dépendre moins vis-à-vis du pétrole serait exhaussé.

Selon Ahmadou Abdoulaye Diallo, l’Etat, à travers ses nombreux efforts dans le secteur des hydrocarbures, vise deux objectifs.
Primo, il ne faut pas qu’il y ait rupture dans l’approvisionnement. Pour cela, il faut protéger et préserver la marge des importateurs.
Secundo, faire en sorte que le prix à la pompe soit le plus faible possible, car si l’essence est chère, tout devient cher.


Sékou Tamboura

26 Juin 2008