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Depuis le 14 Novembre, manger du pain à Bamako est devenu un luxe. ET pour cause : une baguette de pain est livrée à 150 FCFA, tandis que le gros pain est cédé à 300 FCFA. Cette décision émane d’un soi dit “cadre de concertation des acteurs de la filière pain”, piloté par un certain Lamine Haïdara.

On se souvient qu’il y a moins de deux mois, les mêmes personnes avaient menacé d’augmenter le prix du pain sur le marché. Il a fallu que les plus hautes autorités interviennent pour trouver une solution à la crise. Il avait alors été convenu d’alléger un peu le poids d’une miche de pain, tout en laissant leur prix et leur taille intacts.

Dès lors, rien ne justifie la hausse actuelle sur le prix du pain qui se trouve, du coup, hors de portée d’une frange importante de la population malienne. Mais nous assistons aujourd’hui à une spéculation à outrance des auteurs intervenant dans la filière pain au Mali.

Tout semble indiquer que l’accord de principe signé au préalable avec gouvernement aura servi de fil conducteur aux boulangers en vue d’en tirer profit sur le dos des paisibles citoyens.
En effet, les promoteurs de boulangerie, qui pensent aujourd’hui que les livreurs de pain aux boutiquiers jouissent trop bien de leur travail -pourtant pénible, vu ce qu’ils y gagnent-, ont voulu écarter ces derniers de la chaîne de distribution.

Pour qu’il n’y ait pas d’augmentation, la condition posée par eux était que les clients aillent s’approvisionner eux-mêmes à la boulangerie. Or, le malien n’est pas habitué à cette “culture ” : il préfére se ravitailler auprès du “koroboro boutiquier” du coin, plutôt que de gaspiller son énergie au guichet d’une boulangerie.

Aussi, face au refus des livreurs de se laisser déposséder de leur seul gagne-pain, les boulangers ont été obligés de “faire monter les enchères”, mais hélas, sur le dos des consommateurs.

La montée en flèche des prix des matières premières -notamment le blé- n’implique pourtant pas forcément le fait d’augmenter le prix du pain, sans revoir le poids, qui avait été dimunié, suite au premier accord passé avec le gouvernement. Cette attitude relève purement de l’escroquerie.

La question qui se pose à présent est de savoir qui est escroqué. Et l’on ne va pas chercher trop loin la réponse : c’est l’Etat et le peuple maliens qui viennent d’être trahis par les caciques de la filière pain.

De deux choses donc, l’une : soit l’Etat oblige les boulangers à revoir leur copie, soit ils acceptent d’ajouter les centimes de poids qu’ils avaient enlevés. En attendant, il y a un antidote à tout. Et face à la présente situation, les maliens n’ont d’autre choix que de boycotter le pain. Cela aussi fait partie des droits des consommateurs.


Adama S. DIALLO

16 novembre 2007.