Partager

Le gouvernement a diminué la subvention accordée à la filière pour mettre fin aux pénuries et soutenir le secteur. Mais la mesure pèse sur le portefeuille du consommateur et sur la protection de l’environnement.

Depuis le 1er septembre passé, le prix de la bonbonne de gaz de 6 kilogrammes a augmenté de 1000 Fcfa, celle de 2,75 kilogrammes de 105 Fcfa. Les prix passent ainsi de 2500 à 3500 Fcfa pour la première et de 1.500 à 1.605 Fcfa pour la seconde. C’est un communiqué du ministère du Commerce et de l’Industrie et de celui de l’Economie, des Finances et du Budget qui a donné l’information quelques jours avant l’entrée en vigueur des nouveaux tarifs. Cette hausse fait suite à une série d’augmentations, qui a débuté en novembre 2010 avec la bouteille de 6 kg qui est passée de 1920 à 2.000 Fcfa. La seconde augmentation est intervenue en novembre dernier.

La même bouteille de 6 kg est passée de 2000 à 2500 Fcfa. En moins d’un an, le prix du gaz, pourtant subventionné, a presque doublé pour ces bonbonnes de 6 kg. Les consommateurs que nous avons rencontrés, jugent cette hausse excessive rapportée à la période de vaches maigres qu’ils vivent.

La dernière hausse figure parmi les mesures destinées à soulager le Trésor public, explique le gouvernement. Elle va permettre de réduire le volume hypertrophié de la subvention publique au secteur gazier. Avec les économies réalisées, le Trésor règlera les factures dues aux opérateurs gaziers au titre de la subvention. La trésorerie de ceux-ci sera alors capable de financer les importations de gaz et le marché malien oubliera les épisodes de pénurie qui alarmaient régulièrement les ménagères.

L’une des causes de la rupture des stocks de gaz sur le marché venait, en effet, de la difficulté des opérateurs à se faire payer par l’Etat pour pouvoir désintéresser leurs fournisseurs. Si bien qu’à Abidjan en Côte d’Ivoire comme à Dakar au Sénégal ou à Tema au Ghana, les fournisseurs de gaz, échaudés, exigeaient des grossistes maliens de régler en cash leurs commandes.

Recoupements.

Les consommateurs, victimes de la mauvaise conjoncture économique dans notre pays, ne sont pas réceptifs à ces explications. Ce qui leur saute aux yeux, c’est l’ampleur de la hausse des prix. Ils s’étaient habitués à des tarifs doux car, depuis plus d’une décennie, le gouvernement subventionnait le gaz butane dans le but d’inciter la population à abandonner le bois de chauffe dont la consommation effrénée est une des principales causes de la désertification et de la dégradation de l’environnement dans notre pays. La politique publique a permis d’accroitre la consommation de gaz butane de 1.800 à plus de 10.000 tonnes. Avec un effet pervers qui pèsera lourd dans les augmentations actuelles : plus le gaz butane est consommé, plus le gouvernement s’acquittera d’argent au titre de la subvention.

Au ministère du Commerce et de l’Industrie et à celui de l’Economie, des Finances et du Budget, on relève que ce prix bas du gaz a aussi profité aux consommateurs des pays voisins avec des milliers de bouteilles qui traverseraient les frontières maliennes, alourdissant d’autant l’enveloppe de la subvention sans aucun bénéfice pour notre pays. Au contraire, ces « fuites » contribuaient aux pénuries sur le marché national. Tous ces argument sont loin de convaincre le Regroupement pour la défense des consommateurs du Mali (Redecoma). Son président, Badou Samounou, explique que, dès l’annonce de la hausse, le regroupement a pris attache avec le Réseau des associations de consommateurs de l’UEMOA (RAC UEMOA) dont il est membre.

Ces recoupements, assure-t-il, ont permis d’établir que les prix du gaz butane dans les pays voisins sont généralement inférieurs aux nôtres et ne pouvaient donc pas expliquer les « fuites » invoquées (Ndlr : en fait la trafic dénoncé à l’origine par les sociétés importatrices de gaz concernait les bonbonnes vides). Ainsi au Burkina Faso, le prix de la bouteille de 6 kg est de 1560 Fcfa, et celle de 12 kg de 4000 Fcfa.

En Côte d’Ivoire, ce prix est respectivement de 1800 et 4000 Fcfa. Idem (ou presque) au Niger tandis qu’au Sénégal, le prix du gaz butane a baissé depuis le début de ce mois, la bonbonne de 6 kg passant de 4.060 Fcfa à 3.700 Fcfa (donc légèrement plus cher que dans notre pays). Le Redecoma s’appuie aussi sur l’écart entre les pouvoirs d’achat avec ces pays voisins, pour juger infondées les hausses décidées par le gouvernement.

Une augmentation annuelle.

Les opérateurs gaziers, eux, appuient la hausse des tarifs et assurent qu’elles auraient du intervenir depuis l’année dernière. Selon Oudiari Diawara, le gérant de Sodigaz, l’un des premiers opérateurs gaziers dans notre pays, la présente augmentation du prix du gaz butane a été discutée et adoptée depuis l’année dernière par le conseil national des prix. Le renchérissement des hydrocarbures, explique-t-il, a alourdi le coût de la subvention. Le gouvernement a donc décidé de diminuer progressivement celle-ci jusqu’à se retirer totalement en 2015.

Ainsi, chaque année jusqu’à la date indiquée, une augmentation du prix du gaz butane surviendra. A terme, le gaz sera vendu au prix coûtant. « Il était même question que l’Etat se retire depuis l’année dernière, mais l’on a estimé que cette brusque flambée de prix du gaz butane provoquerait un choc psychologique difficilement supportable pour les consommateurs », indique le responsable de Sodigaz. Ainsi, une sous-commission mise en place à cet effet, a proposé une subvention dégressive de l’Etat sur une période de 5 ans à partir de 2011.

Cela correspond, détaille Oudiari Diawara, à une augmentation d’une année à l’autre de 30%, 20%, 17%, 29 et 33%. Aujourd’hui, assure-t-il, l’Etat malien doit encore des milliards aux opérateurs gaziers et le pays n’est toujours pas à l’abri d’une pénurie. « A la fin de ce mois, si rien n’est fait pour payer la subvention, les difficultés commenceront. Il faut impérativement que le gouvernement y pense pour nous donner un peu d’oxygène », a-t-il prévenu.

La hausse du prix du butane outre de toucher le consommateur au portefeuille, ne va-t-elle pas provoquer une utilisation accrue du charbon de bois et du bois de chauffe, accentuant une déforestation déjà alarmante ? Les citadins qui utilisent le gaz vont-ils s’ajuster à l’augmentation du prix de la bonbonne ou se résoudre à revenir aux combustibles ligneux ?

Le prix est un critère fort dans le basculement mais il n’est pas le seul. Le côté pratique du gaz va aussi être mis dans la balance. Moussa, revendeur de gaz au marché « Dibida », estime que la hausse va freiner la consommation de gaz. Le commerçant raconte qu’un chauffeur de taxi qui voulait acquérir deux bonbonnes pour sa femme est venu récupérer l’avance qu’il avait déposée. Ses moyens, a-t-il expliqué, ne lui permettent pas de recharger ses deux bonbonnes à 7.000 Fcfa le moment venu. « A sa place, j’aurai exactement eu la même réaction », soutient Moussa.

Un gérant de la station Total de Lafiabougou explique avoir enregistré les jours précédant l’application de la mesure une affluence importante. « Mais depuis l’entrée en vigueur des nouveaux prix, j’admets que les clients viennent au compte-gouttes. Plusieurs personnes sont aussitôt retournées avec leurs bouteilles de gaz vide quand elles ont été informées du nouveau prix ». Il faut attendre au moins quelques mois pour mesurer avec plus de précision les conséquences du renchérissement du gaz butane.

L’utilisation du bois et du charbon devrait s’accroitre car le reflexe logique du consommateur peu aisé sera de panacher les combustibles : le gaz pour certaines tâches et le bois pour les repas principaux. C’est ce qui se fait déjà dans les grandes familles. Les petites vont s’y résoudre. Dans les villes, naturellement, car dans les campagnes, qui a même entendu parler du gaz ?

Jeudi 20 septembre 2012, par Mariam A. Traoré

Essor