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Hammadoun Amion Guindo, le président de la Coordination des organisations patriotiques du Mali (Copam), président de la CSTM, aurait pu être aujourd’hui le monument du syndicalisme malien et africain. Mais sa mauvaise réputation ne lui a pas permis cette ascension sociale pour laquelle il était bien parti.

Le président de la Copam, Hammadoun A. Guindo, qui se fait aujourd’hui chantre de la démocratie, de la bonne gouvernance et de l’Etat de droit est loin d’être un modèle. Opportuniste devant l’Eternel, il prêche pour sa propre chapelle et veut se servir de la Copam pour gagner la sympathie du Comité national de redressement de la démocratie et de restauration de l’Etat (CNRDRE) qu’il porte au pinacle. Une courte échelle qui lui permet de redorer son blason et se refaire une virginité après avoir tout perdu sur le terrain syndical où il n’est que l’ombre de lui-même.

Mais pour ceux qui ne le connaissent pas, il a le don de l’hypocrisie, joue à l’agneau quand il le faut et se donne l’image d’un homme intègre, scrupuleux et de bonnes mœurs.

Sa guerre contre l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), sa centrale d’origine dont il a été chassé au congrès d’août 1997 remonte à deux ans plutôt en 1995. Cette année-là, il est mêlé 0 un scandale de détournement d’argent alors qu’il est l’adjoint d’Issa dit Issé Doucouré, secrétaire général de l’UNTM et successeur de Bakary Karambé (paix à son âme).

Ce dernier, victime d’un accident de la circulation a bénéficié d’une contribution financière du président Alpha Oumar Konaré pour des soins en France. De retour au pays, M. Karambé reverse dans les caisses de l’UNTM le reliquat de ses frais médicaux. Aucune trace de l’argent n’a été vue et Hammadoun A. Guindo et son secrétaire général ont été soupçonnés de détournement.

Une guerre ouverte est déclarée entre lui et Issé Doucouré et qui a abouti au congrès extraordinaire d’août 1997 avec la décision qu’aucun des deux ne sera candidat. C’est ainsi que Siaka Diakité, l’actuel secrétaire général de l’UNTM et président du Front uni pour la démocratie et la République (FDR) ou front anti-putsch, est élu.

Mais Hammadoun A. Guindo n’a pas dit son dernier mot. Il a continué d’occuper les locaux de la Bourse du travail qu’il a été contraint de quitter suite à un procès intenté contre lui par le nouveau secrétaire général Siaka Diakité. Le verdict a été sans appel. M. Guindo a été interdit d’utiliser les nom et sigle de l’UNTM et même d’occuper ses locaux.

Cette décision a été prise sur la base d’une condamnation antérieure qu’il avait écopée quelques années plus tôt pour escroquerie. Mécontent, M. Guindo a créé la Confédération syndicale des travailleurs du Mali (CSTM), consacrant ainsi la scission de l’UNTM. La CSTM a été portée sur les fonts baptismaux en foulant aux pieds les règles de fonctionnement de la base au sommet sur laquelle est fondé le syndicalisme en général.

Tout comme on ne peut créer un syndicat sans comité, section et syndicats nationaux, une confédération syndicale doit obéir aux mêmes démarches. Or, la CSTM est tombée comme un cheveu dans la soupe. La seule fédération connue avec elle est la Fédération de l’éducation nationale (Fen) de Youssouf Ganaba, qui l’a rejoint quelques années après sa création et l’a quitté aussitôt après sur des divergences de vue.

Le syndicalisme en rente viagère

En sa qualité de secrétaire général et fondateur de la CSTM, il n’a lui-même aucune base syndicale. Ancien secrétaire général adjoint de l’UNTM et ancien travailleur de la Somiex il était avant la scission, le secrétaire général du Syndicat du commerce et des banques (Syncab).

Quelques-unes des banques ont accepté de le suivre dans son aventure avant de l’abandonner après avoir découvert sa vraie nature. Il a perdu en 2004 la seule section de la Chambre de commerce et d’industrie du Mali qu’il dirigeait. Le président de la CCIM, à l’époque Jeamille Bittar, l’a viré sur la base qu’il occupait un emploi fictif et payé à ne rien faire.

En 2008, les sections syndicales de la BDM-SA, de la BIM-SA, de la Bank of Africa, de la BHM-SA ont quitté la CSTM pour l’UNTM. Les raisons du départ de ses ex-camarades sont sans équivoque. M. Guindo est qualifié « d’opportuniste, de suceur de sang de ses camarades et qui a fait du syndicat un gagne-pain ». Selon certains. L’un de ses derniers coups a été porté contre l’Assurance maladie obligatoire (Amo). Après avoir participé à toutes les réunions de mise en œuvre de l’Amo et surtout après avoir écrit au ministre du Développement social, de la Solidarité et des Personnes âgées pour affirmer l’intérêt qu’il porte à l’Amo, le secrétaire général de la CSTM a été son principal pourfendeur. Il est à l’origine du soulèvement social contre l’Amo en servant de porte-étendard aux policiers et enseignants contractuels, qui refusent l’Amo.

Après avoir tout perdu sur son terrain de prédilection, Hammadoun Amion Guindo tente de prendre sa revanche sur la vie et le Mali à travers la Copam. Il est devenu à ce titre l’instigateur de basse besogne de la junte. Il a ajouté une autre corde à son arc : celle d’éclaireur du CNRDRE dans l’arrestation de personnalités civiles dont le cas du député Me Kassoum Tapo membre du FDR, sur la base d’accusations fallacieuses de tentatives de coup d’Etat.

Avec le secrétaire général de la CSTM, le ridicule ne tue pas. Malgré ses inimitiés avec l’UNTM, il s’est fendu d’une lettre le 4 avril 2012 à l’endroit de Siaka Diakité. Il disait à celui-ci : […] « Nous venons par la présente vous demander qu’en dehors de toute divergence, qu’ensemble nous privilégions le Mali et que nous nous retrouvions pour une plate-forme d’unité d’action afin que les forces d’avant-garde que sont nos organisations syndicales prennent la tête des différents mouvements et sortent le Mali de cette situation ».

La réponse de l’UNTM est la suivante : […] « Vous êtes dans le camp des pros putsch après avoir fait croire à la CSI et au BIT que vous êtes contre le coup d’Etat. Sur la toile mondiale votre passage remarqué est bien signalé ». […] « Idéologiquement et politiquement le sens et l’interprétation que nous donnons aux événements nous opposent. Si vous reconnaissez que vous vous êtes trompé, faites-le savoir à votre opinion publique nationale. Le Front uni pour la démocratie et la République nous a fait l’honneur d’assurer sa présidence ».

Selon des confidences, Hammadoun Amion Guindo, tout comme d’autres thuriféraires du régime croient ainsi rendre service à la junte pour des intérêts sordides. Ils se trompent et seront désagréablement surpris.

Abdrahamane Dicko

Les Echos du 28 Mai 2012