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Sur ses rapports soi-disant conflictuels avec le Premier ministre, l’engouement des motocyclistes pour le permis et la plaque d’immatriculation, les grands chantiers du ministère de l’Equipement et des Transports, le Mouvement citoyen et l’échéance de 2012, le ministre Hamed Diané Séméga, a bien voulu nous entretenir.

Pour lui, rien ne peut l’opposer au Premier ministre, son estimé professeur de criminologie à l’ENA, son chef de gouvernement, mais aussi et surtout son aîné si ce n’est des fantasmes de politiciens en mal de sensation. Interview.

Les Echos : Il se dit que vous entretenez des rapports difficiles avec le Premier ministre. Qu’est-ce que vous lui reprochez ?

H. D. S. : (Courtois par nature, il s’énerve un peu avant de se contenir) : C’est vous qui dites que j’ai des rapports difficiles avec le PM. Je vous en laisse l’entière responsabilité. Je ne peux pas avoir de rapports difficiles avec lui. Vous l’avez dit, c’est le PM, c’est le chef du gouvernement. Je suis républicain. Vous savez, ce qui me lie à lui et que beaucoup de gens ne savent pas, c’est qu’il a été mon professeur de criminologie, que j’ai admiré. Il était d’une éloquence et d’une compétence que chaque étudiant de ma promotion a pu remarquer. En plus, c’est un grand frère. Aujourd’hui, il y a beaucoup de gens qui ont intérêt à nous opposer. C’est de bonne guerre, c’est de la politique politicienne !

Nous sommes tous deux très proches du président de la République. Lui, le chef du gouvernement, moi, le ministre de la République, président du Mouvement citoyen. Il y a des gens qui ont peut-être un intérêt à nous opposer, mais ils perdent leur temps.

Le PM a son tempérament, j’ai le mien. Je n’oublie pas le sens de la mission qui m’a été confiée et par lui et par le président de la République parce que c’est le président de la République qui est le chef de l’Etat. Le chef du gouvernement est le chef de gouvernement et moi je suis son ministre comme tous les autres ministres.

J’ai beaucoup de respect pour « Les Echos » et pour vous-même, c’est pourquoi, je réponds à cette question. J’ai entendu cette histoire à plusieurs reprises. Je n’ai jamais répondu. Mais, je vous réponds du fond de mon cœur : s’il y avait une opposition quelconque, je vous assure qu’on l’aurait su depuis fort longtemps. Ce que je fais aujourd’hui est un travail difficile. Je fais de la politique sans en faire puisque les actions dont je fais la promotion sont des actions politiques. Nécessairement, il y a des politiciens que ça gêne. Je ne peux pas empêcher des gens d’avoir des fantasmes.

Personne ne m’oppose et ne peut m’opposer à Modibo Sidibé. Nous sommes chacun dans nos différents rôles. En plus de cela, il y a des relations qui ne peuvent pas être détruites par la politique politicienne. Ce sont des relations de frères. C’est mon frère et nous nous retrouvons tous les deux au président derrière lequel nous sommes. En plus, il a été le secrétaire général du président. J’ai pu avoir avec lui des conseils quand j’étais ministre tout nouvellement nommé, qui n’avait aucune expérience du gouvernement. Le procès que les gens veulent faire, ça, c’est leur problème.


Les Echos : Est-ce qu’on verra le Mouvement citoyen transformé en parti politique ?

H. D. S. : Pour nous, cette question ne se pose pas. Nous n’y voyons aucune utilité. Nous venons de tenir une convention nationale. Si nous devions transformer le Mouvement citoyen en parti, c’était l’occasion rêvée. Mais, vous l’avez vu, c’était plutôt une occasion de redire avec force, le credo qui est « Retrouvons ce qui nous unit », mais surtout de replacer le Mouvement dans son cadre qui est celui d’un mouvement de soutien aux actions du président ATT. Le Mouvement qu’on retrouve dans les hameaux les plus reculés du Mali, n’a qu’une aspiration aujourd’hui : faire en sorte que le second mandat du président, qui est un mandat difficile dans un contexte international difficile, se déroule dans de bonnes conditions.

Nous avons comme mission essentielle de faire la promotion des actions du président à travers le PDES sur lequel il a été élu. Donc, c’est un défi de transformer notre pays au quotidien. Mais les choses ne sont pas pour autant gagnées parce que les contraintes sont innombrables. Notre peuple est un peuple fier qui jouit de la démocratie.

Nous nous devons, par rapport à notre vision, de travailler à faire voir, par nos concitoyens, les progrès que nous accomplissons tous les jours dans tous les domaines. Notre rôle, c’est d’accompagner le chef de l’Etat comme le font d’ailleurs les partis de la mouvance présidentielle qui sont, eux, dans leur rôle de partis politiques.


Les Echos : Justement, on ne voit pas de différence…

H. D. S. : La différence est énorme ! Nous, nous ne sommes pas un parti. Je rappelle qu’il y a deux partis qui sont sortis de nos rangs : le PCR et la FCD. On nous qualifie d’être un parti sans en avoir l’air. Pourtant quand il y a un financement pour les partis politiques, nous en sommes exclus. Si on se fonde sur les élus communaux qui se réclament du Mouvement citoyen, nos députés, on peut faire le calcul pour savoir ce que ça peut rapporter en termes de subvention. Si c’était la justification, on l’aurait fait. Mais, on ne le fait pas ! Nous n’avons pas eu les subventions accordées aux partis politiques, mais nous avons nos cotisations.

Aujourd’hui, nous sommes en train d’aller vers les élections communales, nous ne sommes pas concernés. Nous sommes des indépendants, qui se réclament de la vision du président. Je le répète, nous ne sommes pas un parti. Nous sommes des Maliens comme tout le monde. Si nous voulons créer un parti, rien ne nous empêche de le faire.

Rien, ni personne. Pourtant, nous respectons les lois qui régissent la création de parti. Ça nous aurait facilité la tâche, mais ce n’est pas notre mission. Notre mission, c’est d’être un partenaire des partis politiques qui soutiennent les actions du président de la République.


Les Echos : En2012, est-ce que vous serez candidat à la présidentielle ?

H. D. S. : Je l’ai dit à plusieurs reprises, c’est une date qui est importante pour le Mali parce que c’est une étape importante pour notre démocratie. Mais ma mission, c’est 2009, c’est-à-dire qu’est-ce que le Mouvement citoyen va faire en 2009 pour qu’à la fin de l’année nous soyons capables de mesurer le chemin parcouru. Le président est un homme de parole. Quelles que soient les difficultés, quand il fait une promesse, il la tient. C’est pourquoi, nous nous efforçons d’être sur le terrain pour être au contact des réalités du Mali. Si Dieu nous donne la chance d’être là avec la confiance du PM et du président, je mouillerai le maillot pour essayer d’être à la hauteur des missions très difficiles qui sont les miennes, dans le contexte actuel de rareté des ressources, pour construire des routes au regard des besoins énormes que nous avons.

2012, est une date qui ne m’intéresse pas pour le moment. Mon ambition, c’est d’être à la hauteur de la mission que le président m’a confiée. Je le dis à qui veut l’entendre : je suis fier d’être l’idéologue du président de la République. Quand quelqu’un vous met à ce niveau d’estime et de confiance même si vous devriez crever pour le faire, vous le faites.

Si j’ai une prétention, moi Hamed Séméga, c’est faire en sorte qu’ATT se dise : ce jeune homme, j’ai eu raison d’avoir confiance en lui et de lui confier des missions de ministre.

Les Echos : Les mesures concernant les engins à deux roues, les plaques minéralogiques s’imposaient-elles ? Est-ce pour jouer sur les accidents ou juste récolter des fonds pour le Trésor public ?

Hamed Diané Séméga : Je suis satisfait aujourd’hui quand je vois l’affluence des Maliens. Je reviens de Sikasso et suis absolument stupéfait dans le bon sens du terme de l’action. C’est pour vous dire que ce n’est pas pour renflouer les caisses de l’Etat parce que je crois que nous sommes encore un pays sur les deux jambes avec une gestion économique assez satisfaisante.

Si vous regardez les frais qui sont exigibles pour une procédure normale d’émission de permis ou de plaque d’immatriculation, vous vous rendrez bien vite compte que plutôt que de renflouer les caisses de l’Etat, nous créons un manque important à gagner pour l’Etat.

Les recettes générées par cette opération avoisinent les 3 milliards F CFA, contre des dépenses trois fois plus. Nous comptons sur plus de 500 000 motos.

Toutes les composantes de notre pays qui disposent de motos sont en train d’adhérer à la mesure, même si par ailleurs, on peut déplorer certains comportements, mais le but de cette mesure, qui est l’instruction de 3 ministères (Equipement et Transports, Sécurité intérieure et Protection civile, Finances) est de réduire l’insécurité routière parce qu’on ne peut pas continuer à faire des incantations, sans prendre des mesures drastiques avec un impact réel.

Heureusement, les Maliens, de Kayes à Kidal, sont très contents de cette mesure. Par contre, ce sont les dispositifs de l’administration elle-même qui ne sont pas en phase avec l’ampleur de l’affluence. Au fur et à mesure que l’on avance, on tente de corriger le tir du mieux que l’on peut avec les imperfections et les insuffisances de notre système liées au manque de personnel et de moyens techniques par rapport à l’immensité de la tâche. La seule ville de Bamako, selon notre estimation, fait 450 000, voire 500 000 motos.

Quatre mois après le début de l’opération, nous ne sommes qu’aux environs de 50 000 permis et immatriculations. Je le redis, les objectifs visés sont : réduire l’insécurité routière et connaître avec exactitude et précision le nombre de motos. Cela nous permettra de faire des couloirs pour les motocyclistes et définir un cadre réglementaire qui est aussi une donnée quantifiable plutôt que de nous baser sur des estimations.


Les Echos : Hormis le 3e pont, qu’est-ce qu’on peut encore retenir comme grands chantiers de votre département ?

H. D. S. : Notre département est au cœur de la vision du président en terme du développement d’infrastructures, de ce que le président a véritablement créé comme valeur ajoutée en terme de vision politique au Mali.

Aujourd’hui, il y a beaucoup de chantiers qui sont ouverts. Il y a d’autres qui le seront. Tout le long de cette année et l’année prochaine aussi. Bientôt, il y aura l’échangeur multiple qui va être construit. Là encore, c’est véritablement un ouvrage qui va changer le visage de Bamako et qui va décongestionner de façon significative le trafic vers le monument de la Colombe. C’est une réponse claire et nette à une demande pressante qui a un coût économique réel.

C’est un très grand chantier qui va être ouvert dans les jours à venir. Les financements sont bouclés. Vous avez aussi la voie 2×2, qui ira du monument de la Colombe jusqu’à la sortie de Woyowayanko pour faire la jonction au niveau de la patte d’oie à la sortie de Sébéninkoro, entre les routes de Siby et Kangaba déjà en chantier.

Vous avez le projet de la modernisation de l’aéroport, qui est aujourd’hui un des plus grands chantiers au Mali et même en Afrique de l’Ouest. Je crois que si ce n’est pas l’ALS, l’aéroport Léopold Sédar Senghor de Dakar, en terme d’investissement, l’aéroport de Sénou est sans doute l’un des plus gros investissements aéroportuaires dans notre sous-région.

Et là aussi, c’est une volonté politique très fortement exprimée par le président et accompagnée par le gouvernement américain pour faire de la continentalité du Mali un atout économique au regard de la position géographique de Bamako par rapport aux autres capitales africaines.

Vous avez ensuite ce qu’on appelle le désenclavement du fleuve Niger qui est cette route qui va être construite entre Niono et Tombouctou. C’est l’un des plus importants, sinon le plus important chantier au regard du potentiel extraordinaire qu’il y a le long de cette route. La question que l’on se pose est : pourquoi ne l’a-t-on pas réalisé plutôt ?

La réponse est qu’il faut beaucoup d’argent. Il fallait une vision politique et une volonté politique très forte pour exiger, demander, souhaiter que les partenaires nous accompagnent. Les gouvernants successifs maliens depuis 1992 ont véritablement enclenché la dynamique de la liaison. Les projets sont nombreux, mais ils sont à la mesure de l’attente de la population qui aspire à un mieux-être.

Propos recueillis par

Alexis Kalambry

14 Avril 2009