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« En tant que force sociale et Centrale syndicale, nous avons estimé qu’il faut tirer sur la sonnette d’alarme à l’instar de ce qui s’est passé dans les autres pays, et dire stop à cette politique de dénuement, à cette situation de précarité et d’exclusion des populations maliennes…Le gouvernement doit savoir et prendre pour son compte, qu’un autre monde est possible…Jusqu’à ce jour, il n’a fait que perdre du terrain dans l’autorité et aussi des prérogatives sur ce qui lui revenait de droit…

Il faut remettre l’OPAM dans son rôle d’antan… mais aussi une réelle politique agricole. Au lieu de construire dans le sens du développement, les actes posés ces dernières années ne riment qu’à des tapages” Hamadoun Amion Guindo a appelé toutes les organisations à l’unisson afin d’imposer les solutions réelles aux problèmes que connaissent les Maliens.


Le Républicain : Vous avez organisé une marche le mardi dernier, qui a eu beaucoup d’échos. Quelles sont les motivations de cette manifestation et quelles sont les forces qui y ont pris part ?

Hamadoun Amion Guindo : La justification même de cette marche se trouve dans la situation actuelle de dénuement total de l’ensemble de la population malienne, d’une part. D’autre part, c’est dans l’incapacité des autorités publiques à trouver un répondant pour soulager ces populations, face à la montée excessive de tous les prix, pas seulement les denrées de première nécessité, mais de tout ce qui est aujourd’hui consommable.

Alors, en tant que force sociale et centrale syndicale, il est fondamental pour nous, à un moment donné, d’examiner et de dire notre point de vue en la matière. Nous avons estimé effectivement qu’il faut tirer sur la sonnette d’alarme à l’instar de ce qui s’est passé dans les autres pays, et dire stop à cette politique de dénuement, à cette situation de précarité et d’exclusion des populations maliennes.


La CSTM n’était certainement pas la seule organisation à cette marche ?

Nous avons eu la grande joie d’accueillir avec nous, le CAD-Mali, et aussi les jeunes de l’UNPR qui ont rejoint nos rangs. Beaucoup de personnes, à l’écoute des thèmes et des dénonciations, ont fermé boutiques et d’autres ont arrêté leurs motos pour suivre la marche.

Les slogans attestaient de la mauvaise humeur des populations qui sont mécontentes de leur situation économique ?

Les marcheurs scandaient : “nous avons faim”, “quel est le rôle du gouvernement en matière de sécurité alimentaire, en matière de production agricole ?”, “quelle est la responsabilité du gouvernement ?”, “quelles sont les initiatives prises ?”, “nous avons soif”…

Par rapport à la situation actuelle, nous interpellons les autorités. Qu’est ce qu’elles attendent pour agir, pour soulager les populations qui sont dans un dénuement total ?


Que contenait la déclaration remise à la Primature, à la fin de la marche ?

C’est le constat de la situation de précarité actuelle. Nous avons fustigé le comportement du gouvernement face à la situation de corruption ou de l’impunité généralisée que l’on constate aujourd’hui dans le pays. Malgré tous les slogans, tous les discours, malgré tous les thèmes de campagnes politiques, qu’est ce que nous voyons aujourd’hui ? Ces comportements que nous avons combattus en son temps en 1991 ont refait surface. Alors, nous nous posons la question de savoir à quoi va rimer notre démocratie, s’il n’y a plus de justice sociale, de justice économique.

Le gouvernement s’est montré, dans une certaine mesure, incapable d’approvisionner les consommateurs en denrées de première nécessité et à un prix accessible ?

Ce n’est pas dans une certaine mesure, l’incapacité est là, criarde. Quand on dit aujourd’hui qu’il n’y a pas à manger, même les denrées qui sont là et qui sont rares ont un prix très fort, et que comme réponse, on vous dise, nous allons augmenter la production agricole prochaine de 50%, cela veut dire quoi ?

Cela veut dire que le gouvernement n’a pas de répondant face à la situation actuelle. Nous demandons le vécu aujourd’hui, comment vivre aujourd’hui ? Pour toute réponse, le gouvernement vous dit, “oui, attendez- moi l’année prochaine, vous aurez 50%.

Comment le gouvernement dans une analyse sérieuse et dans le respect, peut-il dire à la population malienne, à deux mois de l’ouverture de la campagne hivernale, qu’il peut augmenter la production agricole de 50% ?

Et, avec quels moyens ? Et, pourquoi avoir attendu aujourd’hui que le sac de riz ait atteint 38 000 FCFA pour tenir ces propos ? Je pense que c’est plus respectueux pour les autorités de se taire si elles n’ont rien à proposer de potable afin de ne pas outrager, puisque la campagne prochaine arrivera, et nous verrons. Le gouvernement ne peut pas augmenter la production de 50%.

Le premier ministre est-il en train de berner le peuple ?

Je pense que la société civile en général, les syndicats et la presse se doivent d’assurer leur rôle d’information, de sensibilisation et d’organisation des populations. Les autorités sont en train d’exploiter l’ignorance des populations pour lancer des projets que nous avons considérés comme sans lendemain.

Si vous prenez la situation de l’école malienne, pour toute solution, on vous propose un forum dans cinq mois, cela veut dire que : “je ferme les yeux sur la situation actuelle”. C’est inadmissible pour un peuple d’une certaine maturité politique.

Quelles solutions proposez-vous pour l’approvisionnement en denrées de première nécessité à court ou à moyen terme ?

Nous, nous disons qu’il faut que le gouvernement sache et prenne pour son compte, comme le disent les alter mondialistes, qu’un autre monde est possible. Il y a plus d’un quart de siècle que nous sommes dans des programmes d’ajustement structurel, depuis que nous avons commencé à privatiser nos premières sociétés. Jusqu’à ce jour, le gouvernement n’a fait que perdre du terrain dans l’autorité et aussi des prérogatives sur ce qui lui revenait de droit.

Aujourd’hui, nous sommes en train de perdre jusqu’aux frontières. Il est possible qu’en son temps, nous ayons certaines solutions en nous inspirant de certaines situations vécues. Ceux qui ont créé l’OPAM sont partis d’une analyse, en assumant leurs responsabilités face à la population malienne, pour servir non seulement d’achat, de gestion de stocks, de distribution, mais aussi pour veiller à réguler le marché intérieur. Si par erreur politique, nous sommes parvenus aujourd’hui, à ramener l’OPAM à sa plus juste expression, il est de notre devoir de reconnaître ces erreurs.

Il faut remettre l’OPAM dans son rôle d’antan. En son temps, les responsables politiques ont créé des coopératives de consommation dans tous les villages maliens. Dans tous les quartiers, il y avait ces coopératives. Il s’agit de centres d’achat de proximité des populations. L’OPAM servait à décentraliser la distribution au niveau local.

Il faut aussi une réelle politique agricole. Les actes posés ces dernières années ne riment qu’à des tapages et non à des actes de constructions réelles dans le sens du développement. Nous devons accepter que notre salut est dans l’agriculture. Investissons-nous ensemble dans l’agriculture, mais dans un programme bien clair avec les acteurs de l’agriculture.
Le fait de donner des exonérations à des opérateurs économiques ne fait pas baisser les prix. Au contraire on a agi dans un sens à détourner des millions du denier public.

Certains économistes disent que cette hausse des prix est structurelle et qu’elle va se poursuivre. Quel est votre point de vue ?

Moi, je suis d’accord qu’aujourd’hui, nous ne contrôlons pas les prix du pétrole, encore moins celui du coton ou de l’or et que ces prix sont pris ailleurs. Donc, qu’ils ne dépendent pas de l’Etat malien. Mais, je dis encore une fois, que nous avons de l’eau, des terres et des bras valides. Aujourd’hui, on va mettre 85 milliards dans des logements sociaux. Combien de milliers d’hectares, on peut faire avec cette somme colossale ? Il y a des priorités, qu’on ne puisse pas contrôler l’extérieur, nous sommes d’accord, mais que nous ne puissions pas avoir une gestion, une vision de comment développer le minimum que nous avons ici, cela n’est pas acceptable. Oui, les prix vont continuer à grimper sur le plan international, mais par rapport à ces prix qui augmentent là-bas, quelles réflexions nous nous faisons, quelle organisation nous faisons de notre économie ? C’est là, la question.

En plus de la crise des denrées de première nécessité, on constate également que cette crise est doublée, triplée de la crise scolaire et de la crise du Nord, donnant l’impression que la gouvernance échappe au pouvoir ?

Il n’y a pas de gouvernance, parce que pour qu’il y ait gouvernance, il faut que ceux-là qui étaient candidats à gérer ce pays, aient un programme clair, partant duquel ils peuvent établir un programme de développement et de gestion des affaires publiques. Quand on gère comme dans de l’informel, on ne peut pas parler de gouvernance. Quand on ne se préoccupe que des actes d’éclat, on ne peut pas parler de gouvernance. Sinon, un exemple très clair, nous avons depuis 4 ou 5 ans, mis en place un vérificateur général qui contrôle toute l’activité de toutes les finances publiques, et qui ne porte pas fruit. Il a rendu plusieurs rapports, qu’est qu’on en a fait, si on a souci de la bonne gouvernance ?

Donc, on ne peut pas parler de bonne gouvernance. Et, nous avons noté, en tant que syndicat avec cette Commission africaine d’évaluation des pairs, cette gouvernance aurait dû être contrôlée par des pays tiers africains. Mais, aujourd’hui, c’est nous qui gérons, c’est nous qui nous autocontrôlons et c’est nous qui rendons compte. Cela n’a aucune crédibilité. Je ne pense pas qu’actuellement nous soyons dans une vision de gouvernance.

Est-on arrivé à un moment où les forces doivent s’unir, entreprendre une unité d’action pour aboutir à des effets palpables ?

Nous, nous sommes convaincus à la CSTM qu’il y a des organisations qui sont infiltrées par l’Etat pour refuser toutes actions communes avec les autres. Il y a des organisations qui sont entretenues effectivement pour se mettre à l’écart de tout mouvement collectif. Même pour la marche, nous avons informé tous les syndicats, ainsi que la société civile. Nous avons dit que la cherté de la vie, c’est une affaire de tous, de même que l’école, la sécurité… Ensemble, agissons, après cela que chacun aille prêcher dans sa chapelle. Mais, il y a bien des organisations qui ne jouent pas à l’unité d’action.

Monsieur le secrétaire général, dans une semaine, le 1er mai, les travailleurs vont célébrer la fête du travail, à la tête de votre Centrale syndicale, que prévoyez-vous pour célébrer la fête du travail ?

Cette fête du 1er mai coïncide avec le 10e anniversaire de la CSTM. Donc dans le cadre des activités, nous avons prévu, non seulement une conférence de presse le lundi 28 avril sur l’historique de la CSTM, ce qu’elle a pu construire en 10 ans, mais aussi une visite guidée de nos locaux.
Nous avons prévu un défilé parade comme d’habitude pour le 1er mai. Il y aura également quelques festivités entre le 28 avril et le 1er mai, avec les différentes fédérations qui composent la Confédération, et certains partenaires sur le plan national.

Propos recueillis par Baba Dembélé

Boukary Daou

24 avril 2008.