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Lors d’un entretien à bâtons rompus qu’il nous a accordé, le porte-parole du Haut Conseil unifié de l’Azawad se défend d’avoir plaidé pour l’indépendance des régions du nord contrairement au mouvement national de libération de l’Azawad, un autre mouvement touareg revendiquant le séparatisme. Hamada Ag Bibi soutient que les autorités doivent accorder une certaine attention aux questions de développement qui concernent l’ensemble du territoire national. C’est pourquoi, dit-il, lors de nos discussions entre groupes armés du nord, nous avons plaidé la nécessité d’une grande rencontre présidée par les sages du sud et du nord afin de soumettre aux autorités une doléance commune.

L’actuel porte-parole du Haut Conseil unifié de l’Azawad est un habitué de la rébellion touareg pour avoir été en 2006 signataire de l’accord d’Alger aux côtés d’un certain Ibrahim Ag Bahanga. Hamada Ag Bibi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, était député de la région de Kidal lorsqu’éclatait la crise de 2012 au nord du Mali. Il a rejoint la rébellion aux côtés d’Iyad Ag Ghaly avant de prendre ses distances avec ce dernier lorsqu’il a approché AQMI, le Mujao et lancé le jihad contre le Mali. Hamada Ag Bibi rejoint quelques meneurs notamment Mohamed Ag Intallah avec lequel il a créé le mouvement islamique de l’Azawad, qui deviendra, sous l’impulsion du patriarche des touaregs, Ag Intallah, le Haut Conseil unifié de l’Azawad. C’est donc en sa qualité de membre fondateur de ce mouvement qu’il a été convié à participer à la préconcertation des groupes armés du nord du Mali à Bamako dont l’objectif est d’élaborer une plateforme commune en vue des négociations futures.

Le HCUA dont est membre notre interlocuteur, le MNLA, le MAA, les forces patriotiques pour la résistance, se sont engagés à inscrire leurs actions dans l’unité du Mali et ont réaffirmé leur volonté de ne rien entreprendre qui puisse mettre en péril l’unité nationale. Au terme de la rencontre, il a déclaré que « c’est une bonne chose que toutes les communautés se retrouvent pour parler le même langage. Nous sommes condamnés à vivre ensemble, aucune communauté, à elle seule ne peut rien sans les autres. C’est la première fois que des leaders de ces différentes communautés, que tout opposait, se retrouvent autour de la même table pour tenir le même discours « .

Pour pallier les malentendus, Hamada Ag Bibi a souligné que des rencontres entre communautés sont nécessaires. Dans la foulée, il a annoncé une rencontre prévue dans les jours à venir présidée à la fois par les sages du sud et ceux du nord. » Au cours de cette rencontre, nous allons débattre de tous les problèmes du pays, pas forcement du nord seulement mais de toutes les régions du Mali. C’est vous dire que ce que nous traversons n’est pas forcement une crise du nord mais une crise malienne, nous demandons un mieux-être de toutes les populations aussi bien du nord que du sud.

En ce qui me concerne, je n’ai jamais parlé d’indépendance » a-t-il précisé.

S’agissant de la rébellion, notre interlocuteur indique qu’elle n’est pas destinée à détruire, encore moins à dresser les communautés les unes, contre les autres. Il s’agit de soumettre des doléances aux plus hautes autorités, a-t-il fait savoir. Avant d’ajouter : » Nous voulons un débat inclusif entre Maliens pour aboutir à une paix définitive, aidez-nous à harmoniser les discours et faire en sorte que nous sortions de la crise. Les questions de développement que nous revendiquons sont communes au nord et au sud ».

Abdoulaye DIARRA

L’Indépendant du 24 Septembre 2013