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On a pu lire ces derniers temps dans la presse que beaucoup de personnes avalent des colas sur conseil des marabouts. Sans entrer dans une quelconque polémique, ces affirmations, dégoûtantes en ces circonstances douloureuses, n’aident en rien le corps médical et ne permettent d’éclairer la justice pour la manifestation de la vérité. La mission du médecin est de soigner sous le couvert du secret médical, un point, un trait.

Ceci dit, connaissant feue Aida, je reste convaincu quelle n’a jamais eu en tête, en dépit de tous les problèmes qu’une femme peut avoir dans notre société, l’idée de consulter un quelconque marabout. Je peux affirmer que ce n’était pas son truc.

Cette jeune dame a juste avalé de travers un morceau de cola qu’elle voulait croquer à la suite d’une sensation de nausée, voilà la vérité.

La tentative, par voie de presse, de donner d’autres explications nous confirme, une fois de plus, cette volonté manifeste de nuisance qui caractérise malheureusement notre société et ne justifie aucunement l’erreur médicale suspectée.

Je souhaite seulement qu’on laisse Aida dormir en paix, là ou la vérité est détenue par Allah le Tout-Puissant. Aida voulait tout simplement se soulager d’une douleur et vaquer ensuite à ses activités (elle en avait tant !) mais le destin en a décidé autrement.

Une jeune avocate de 43 ans, mère de deux enfants, fille, femme, soeur et consoeur de beaucoup de personnes, meurt dans une situation troublante, quoi de plus normal que sa famille demande une enquête ?

La réaction du corps médical nous montre malheureusement que les vérités médicales ne doivent pas être dévoilées au Mali parce que les médecins essaient, chaque jour, malgré leurs moyens dérisoires, de sauver des vies. Cela donne t‑il le droit de ne pas rendre compte ?

J’implore tous ceux qui lisent ces lignes à analyser cette situation de manière froide et objective. A aider la famille de la défunte en leur envoyant plutôt de la compassion, et à laisser la justice faire son travail.

Le cas Aida n’est juste qu’un exemple de ce que peut subir chacun d’entre nous dans les structures sanitaires. Si la Médecine ne doit pas rendre compte, pensez aux dégâts, si un jour un de vos proches venait à subir ce qu’à subi Aida.

Pour vous médecins, point n’est besoin d’explications pour confirmer les choses que vous savez déjà.

Votre aide à un confrère est, certes, normal dans le cadre de votre esprit de corps mais cela ne doit pas faire de vous des hors la loi. Si on ne met pas fin aux méthodes appliquées jusqu’à ce jour (impunité théorique pour le corps médical), votre sacerdoce pour soulager les malades n’aura jamais de raison d’être.

Maintenant que l’instruction est en cours, votre meilleure stratégie est de convaincre la justice qui’il n’y a pas eu d’erreur médicale. Mieux vaut prévenir que guérir, n’est‑ce pas là un adage courant des médecins ?

Eclairer aux yeux de l’opinion le cas Aida, c’est redorer le blason de votre corps mais c’est surtout renforcer l’image et la confiance que nous lui témoignons.

Nous ne souhaitons plus voir chaque jour des centaines de personnes déferler en France ou ailleurs pour se faire soigner en boudant les compétences de notre corps médical.

Je vous exhorte à aider cette justice afin que la vérité soit faite sur cette mort naturelle (ou accidentelle ?). A la justice de trancher !

Amadou Moustapha DIOP

Baco-Djicoroni

20 août 2007.