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L’attaque du poste d’Abeïbara, dans la nuit du 20 au 21 mai derniers, est sans doute la plus sanglante depuis l’éclatement de la crise à Kidal, en mai 2006. Au-delà de la violence de l’événement, la raison doit prévaloir sur la passion.

Que retenir de la rébellion des années 1990 ? Un lourd bilan tant dans les rangs des forces armées et de la rébellion qu’au sein de la population civile.

En effet, après l’éclatement des hostilités en juin 1990, le nord du pays s’est vite embrasé avec son lot d’attaques, de pillages, de déplacements massifs des populations et son cortège de morts et de blessés

Pour faire face à la situation, les autorités de l’époque avaient opté pour la solution militaire. Les accrochages entre l’Armée et le MPLA (Mouvement populaire pour la libération de l’Azawad) se sont multipliés.

Après avoir privilégié l’option de la force dans les premiers mois de la rébellion, le Général Moussa Traoré, s’est vite rendu à l’évidence : elle était périlleuse pour la nation.

Il engagea, en janvier 1991, des pourparlers avec les responsables de la rébellion dirigée par Iyad Ag Ghaly. Le premier accord entre les autorités maliennes et les insurgés remonte à cette époque, à Tamanrasset (Algérie).

Puis intervient, une trêve jusqu’en avril 1992 avec la signature du Pacte national, le 11è jour du mois. Mais avant, deux rencontres ( à Ségou et Mopti), entre les autorités de la transition et les MFUA (Mouvements et fronts unifiés de l’Azawad) avaient balisé le terrain.

Malgré la signature du Pacte national, les hostilités étaient loin de cesser. En effet, de 1993 à 1995, à plusieurs reprises, des affrontements entre l’Armée et les groupes armés ont continué dans le nord…

La quasi-totalité des localités du nord ont été touchées. Gao, Tombouctou, Menaka, Léré, Ansongo, Goundam et Kidal ont été la cible d’attaques. Dans ce cycle de violences, les insurgés sont allés jusqu’à mener une attaque sanglante contre un bateau de croisière qui regagnait le quai, à Gao.

Comme si cela ne suffisait pas, les dissensions et autres scissions entre groupes rebelles ont rendu difficile, par moment, l’application du Pacte. Les autorités maliennes avaient en face, outre les responsables des MFUA, d’autres « chefs » de groupes qui se sont crées, suite à des divergences internes dans les MFUA.

Dans les années 1994, Ag Rhissa, à la tête d’un groupe d’hommes puissamment armés se retirent dans l’Agacher. D’où il menaça de reprendre les hostilités. Le président Alpha Oumar Konaré a dû négocier son retour.

Finalement, la raison a prévalu, mettant ainsi fin à cette dissidence qui pouvait être porteuse de dangers pour le Pacte national.
Après l’intermède « Rhissa », l’assassinat, courant 1995, du commandant Ag Bilal, entre Kidal et Gao, par des inconnus, a marqué un tournant dangereux dans l’application du Pacte.

D’ailleurs, la fin tragique de cet officier, qui était connu pour son engagement pour la paix, n’est pas sans rappeler, celle de cet autre commandant Barka Ag Belkair, assassiné à Kidal le mois d’avril dernier. Les deux officiers avaient en commun leur attachement à la paix et à l’ordre républicain.

Après l’assassinat de Bilal donc, les soupçons s’orientent tout naturellement vers ceux qui étaient hostiles au Pacte national.

Les ennemis de la paix, durant une bonne partie du premier mandat de Konaré, vont s’activer à mettre en péril le Pacte. Pour mémoire : cette embuscade tendue en 1995 contre un convoi de l’Armée à l’entrée de la localité de Fafa, non loin de la frontière nigérienne. Elle était dirigée par un haut cadre des MFUA qui, depuis, n’est plus retourné au pays.

Au même moment, le régime de Alpha Oumar Konaré était confronté à une équation : l’émergence de groupuscules armés qualifiés dans les enlèvements de véhicules appartenant aux organismes, aux particuliers et à l’administration.

A l’époque, les autorités parlaient de « banditisme résiduel ». Le phénomène a eu pour conséquence de faire quitter certains partenaires au développement qui ont abandonné le terrain face à l’insécurité.

En définitive, l’option militaire n’a jamais été choisie par Konaré, durant toute la période de son mandat, émaillé par des violences cycliques au nord.

Au contraire : tout comme Amadou Toumani Touré aujourd’hui, Alpha Oumar Konaré, et avant lui, Moussa Traoré, ont tiré des enseignements de la première rébellion des années 1960, où les autorités avaient privilégié l’option militaire. Autre temps, autre réalité ! En témoignent, les nombreuses rencontres entre les autorités maliennes et les insurgés de 1990 à 2002.

Témoins aussi, ces multiples accords signés à Alger et à Tamarasset, entre les autorités maliennes et les insurgés.
De Moussa Traoré à ATT, en passant par Alpha Oumar Konaré, tous ont eu leurs accords, par la voie de la négociation. Le premier et le dernier ont eu leurs difficultés. Ils ont parfois peiné face à des interlocuteurs exigeants.

C’est dire tout simplement, qu’il est difficile actuellement de comprendre les vraies motivations et le sens de certaines prises de position contre l’option de paix du président Touré. En effet, à base d’intoxication de l’opinion, l’on tente de faire croire aux Maliens que jamais la crise au nord du pays n’a connu les proportions actuelles.

L’on tente de rendre responsable ATT de tous les événements en cours. Son option pour une solution négociée est assimilée à de la faiblesse. Comme si les auteurs de la campagne d’intox n’étaient pas là au moment où l’Etat malien de 1990 à 2002, cherchait toujours à régler la question du nord par la voie pacifique.

Alors, par des calculs politiques évidents, l’on procède à une exploitation éhontée de la crise de Kidal. A l’évidence, l’on veut faire basculer le pays dans le chaos, tout en espérant éventuellement tirer profit de la situation.

Sinon, comment comprendre que face à des atteintes graves à la souveraineté nationale, l’on cherche à ramener tout à la seule personne du chef de l’Etat ?

Comment comprendre qu’au moment où des hommes et des femmes, dans des conditions particulièrement difficiles et hostiles, sont en train de se battre pour la défense de la patrie, des esprits se mettent à concocter des scénarios catastrophes pour le Mali ? C’est dire que la déstabilisation est en marche. Elle n’est plus l’œuvre du seul Bahanga,

Le Mali a-t-il actuellement besoin de troubles ? Voilà la question essentielle qui doit interpeller la conscience de tous, notamment ceux qui crient sur tous les toits leur « patriotisme ».

Ce que certains compatriotes doivent comprendre, c’est qu’une rébellion peut être combattue, mais jamais anéantie, surtout lorsqu’elle bénéficie d’appuis intérieurs et extérieurs.

Tout près de nous au Sénégal, avec la rébellion en Casamance, ou encore en Côte d’Ivoire, et dans bien d’autres pays, c’est autour d’une table que les parties ont pu finalement trouver une solution après des années d’affrontements.

Dans un pays voisin, la rébellion, en quelques mois, avait réussi à prendre le contrôle de la moitié du pays.
Au Niger, malgré la fermeté affichée par le président Tandja, l’Armée a été obligée d’abandonner certains postes, investis par le MNJ (Mouvement nigérien pour la justice).

Ils oublient certainement que le Mali est loin d’être le Tchad ou encore la Centrafrique, où les incursions rebelles ont secoué les capitales des deux pays. Ils ferment les yeux sur tant d’exemples en Afrique, où, sans coup férir, les rebelles sont devenus maîtres dans certains pays, à cause de la défaillance de leurs armées.

Chez nous, malgré les difficultés de tous ordres, malgré la modicité des moyens, en dépit de l’immense étendue du territoire, l’Armée assure avec bravoure ses missions, dont celle essentielle de défense de l’intégrité du territoire national.

C’est dire tout simplement, tout le mérite de l’armée malienne pour sécuriser tout ce vaste espace qu’est le nord du pays. Certains Maliens feignent d’ignorer cette réalité.


CH. Sylla

29 Mai 2008