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Depuis qu’il a intégré l’administration sportive il y a vingt ans de cela, Habib Sissoko ne cesse d’honorer le Mali soit à travers les bons résultats atteints par le judo quand il en dirigeait les rênes, ou les activités et actions du Comité national olympique ou tout simplement à travers sa propre personne. L’homme vole de distinction à promotion. Et sa dernière promotion en date, est sa brillante nomination en qualité de directeur de développement de la Fédération internationale de judo à l’issue de son congrès extraordinaire (sur la relecture des statuts de la FIJ), tenu le 21 octobre 2008 à l’Imperial Queens Park Hôtel de Bangkok (L’Aube n°109 du lundi 27 octobre 2008).

Au cours de ce congrès, Habib a quasiment volé la vedette à tous, en étant le premier noir Africain à occuper ce poste.

Le drapeau national flotte à Bangkok

Cette promotion est tout d’abord personnelle, puis un honneur pour l’ensemble des peuples africains, mais aussi et surtout pour toute la nation malienne qui l’a fortement saluée. Le drapeau national a flotté (près de la photo de Habib) devant les représentants de 159 pays.

Et tout le monde sait qu’aucune influence politique ne guide ce genre de promotion ; elle est le fruit de la reconnaissance du labeur personnel au profit du collectif national, régional ou international. Aussitôt porté à son nouveau fauteuil, Habib Sissoko a reçu l’appui d’office de la France dans tout ce qu’il va entreprendre dans son nouveau département. Sans oublier le Koweït, les Emirats Arabes Unis et toutes les grandes nations du judo mondial. Les pays africains, notamment le Sénégal, ont également fortement apprécié la désignation du Malien à ce poste hautement stratégique.

En sa qualité de directeur du développement de la FIJ, Habib Sissoko, à l’instar des autres chefs de département, est membre à part entière du Comité exécutif, avec voix délibérative. Pour en arriver là, il a dû travailler dur, dans l’intérêt général du pays. C’est pourquoi, l’homme n’a jamais cessé d’en appeler à l’amour de la patrie dans tout ce qu’on entreprend, surtout quand on se dit dirigeant ou responsable sportif.
Le président du Comité national olympique et sportif du Mali (CNOSM) n’a pas usurpé sa toute fraîche promotion. Il suffit de parcourir son chemin dans le judo pour savoir que cette discipline se confond presque à son existence, et que sa couronne est toute méritée.


De Canvel à Moscou

Même s’il fut un battant dans l’ombre, le nouveau directeur du développement de la FIJ, n’a été révélé au public national, africain et mondial qu’à partir de 1997, quand il prit les rênes du judo malien.
Le judo, Habib l’a embrassé à l’âge de 16 ans, en 1975 chez Réné Canvel où il fut champion cadet en 1977. Vainqueur de la compétition internationale par équipe Mali-Niger en 1980, il participa la même année aux Jeux olympiques de Moscou, passa sa ceinture noire 1er dan en 1981, 2ème dan en 1984 et 3ème dan en 1986.
Il fut champion de la catégorie des moins de 60 Kg de 1977 à 1980 et des moins de 73 kg en 1984.

Parallèlement, Habib fut entraîneur du dojo du fleuve en 1982, du dojo du camp du Para en 1985 et de l’USFAS en 1986. Il boucla la boucle de sa carrière active par les Jeux africains de Naïrobi au Kenya en 1987.


Le président du consensus

Aussitôt après avoir raccroché, Habib intègre l’administration sportive. Ainsi, successivement, il fut secrétaire à l’organisation de la Fédération malienne des arts martiaux (FEMAM) de 1988 à 1989, directeur technique national de la fédération malienne de judo, de 1990 à 1992, président consensuel de ladite fédération en juin 1997.

Son ascension fut tout aussi fulgurante au CNOSM où il fut trésorier adjoint de 1998 à juin 1999, trésorier général de juin 1999 à mars 2000 avant d’en être le président actif en 2000.

Quand le 11 mars 2000, Habib Sissoko prenait les rênes du Comité national olympique et sportif du Mali (CNOSM), celui-ci traversait une crise sans précédent qui trouve ses racines dans le scandale de corruption de Salt Lake City qui impliquait notre compatriote Lamine Kéïta, alors président du Comité Olympique du Mali et membre du Comité international Olympique (CIO).

Exclu de là le 17 mars 1999, la guerre pour sa succession plongea le mouvement olympique malien dans de profondes querelles d’hommes que le nouveau président Alioune Badra Diouf (élu le 12 juin 1999 contre Ismaïla Kanouté) n’a pu aplanir.

Il a fallu l’Assemblée générale extraordinaire du 11 mars 2000 (convoquée à la suite d’une pétition intitulée « S.O.S au Comité ») et l’élection d’un bureau dit de consensus dirigé par Habib Sissoko pour remettre le CNOSM-Mali sur les rails.

Depuis, 8 ans se sont écoulés au cours desquels le Comité a fonctionné dans l’accalmie et la sérénité. Mais au-delà de cet aspect, l’action de Habib a-t-elle été à la hauteur des attentes du monde sportif malien conformément aux idéaux du CIO ?

L’Assemblée générale statutaire du 21 février 2004 et le conseil national du 12 janvier 2008 ont tranché la question : c’est oui. En effet, les 19 fédérations nationales sportives ont, à chaque fois, renouvelé leur totale et entière confiance au président sortant, réélu par acclamation.

Dix ans à l’UAJ

Habib Sissoko a intégré l’Union africaine de judo dès 1998 au congrès de Durban, en Afrique du Sud, soit un an après son élection à la présidence de la fédération malienne de judo.
Les vice-présidents étaient au nombre de cinq et Habib Sissoko était celui chargé du développement du judo en Afrique et l’ouest. Mais tous étaient nommés par le président et pouvaient représenter celui-ci aux rencontres internationales. Cette formule a été décriée et dénoncée par les membres élus en 2001, car, effectivement contraire aux textes de l’UAJ.

En 2004, au congrès de Tunis, il a été décidé d’élire un vice-président. Et le choix porta à l’unanimité sur Habib Sissoko qui devenait le premier à occuper ce poste pour seconder l’Intendant général Palenfo. Désormais, le vice-président est élu par le Congrès tandis que les zones sont supervisées par des présidents désignés par le Comité directeur.


En route pour Tunis

Mieux, le 8 novembre prochain, aura lieu à Tunis, l’Assemblée élective de l’UAJ. Tous les postes, hormis celui du président, sont en jeu. Mais, nous apprenons que, l’ancien gouverneur nigérian qui devait en découdre avec Habib, vient de retirer sa candidature, parce qu’il pense que son adversaire est suffisamment compétent. Donc, le Malien file tout droit vers une autre consécration dorée : se succéder à lui-même.
Ce cadre des douanes de 49 ans, taciturne avec sa fine voix, pourrait bien mener le sport malien très loin. Pourquoi pas, un jour, jusque dans le cercle (un come-back) du Comité international olympique.

SEKOU TAMBOURA

30 Octobre 2008