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Moins de 24 heures après la mise en place du Gouvernement d’union nationale, une logique d’un gouvernement bis se dessine autour du Premier ministre Cheick Modibo Diarra, à la Primature.

C’est du jamais vu au Mali depuis l’ère démocratique. Pour rappeler aux uns et aux autres qu’il est le Premier ministre avec plein de pouvoirs, Cheick Modibo Diarra s’est arrogé le privilège de nommer trois des six ministres qui viennent de sortir du gouvernement à la faveur de la mise en place du gouvernement d’union nationale, comme des conseillers spéciaux avec rang de ministre à la Primature.

La question que de nombreux Maliens se posent est de savoir si Sadio Lamine Sow, Hamadoun Touré et Mamadou Diakité, en plus d’être des conseillers spéciaux du Premier ministre, avaient besoin d’être élevés au rang de ministre pour pouvoir bien faire leur travail. Dans l’impossibilité d’avoir une réponse nette, les Maliens constatent que des ministres sortants sont devenus des ministres bis.

Comme si le Premier ministre veut cerner les titulaires des postes qui n’auront plus qu’à arroser les chrysanthèmes, les décisions se prenant ailleurs, dans ce qu’il est convenu d’appeler un cabinet noir. Que le Premier ministre veuille s’attacher des services de conseillers, mais les nommés conseillers spéciaux avec rang de ministre, dans les mêmes matières que leur poste précédent, prête à équivoque.

Et comme, il fallait s’y attendre des contestations se font jour. Sous la plume de Ibrahima Ndiaye, son Premier vice-président, le FDR a « exprimé sa vive préoccupation face à cette gestion de l’Etat qui rompt avec les règles du bon fonctionnement des institutions de la République ».

Après avoir rappelé que les trois nouveaux conseillers avec rang de ministre sont trois ministres sortants du précédent gouvernement, le FDR « se demande à quelle logique répondent ces nominations », du moment que dans le souci de former un gouvernement d’union nationale des ministres ont dû quitter le gouvernement. Pour cela, le FDR estime que cette décision du chef du gouvernement de reconduire des ministres « traduit son refus clair de se conformer à ce qui semblait acquis comme consensus entre toutes les forces vives ».

Pourquoi annoncer un gouvernement de 31 de membres, alors que de nouvelles nominations sont faites de façon politiquement incorrecte en cette phase transitoire où le but est de mettre tout le monde d’accord ? En tout état de cause, il y a lieu d’examiner la situation actuelle avec beaucoup de lucidité pour ne pas ouvrir des fronts inutiles, en exacerbant les frustrations de tous bords qui se font jour de plus en plus. Qu’il s’agisse du COREN, du MP22, de l’ADPS et du FDR, tous veulent accompagner, mais restent frustrés, d’une manière ou d’une autre.

En réalité le gouvernement du 20 août 2012 est plus d’ouverture très calculée que d’union nationale, ou au moins 75% de ceux qui y siègent sont directement ou indirectement liés au Premier ministre. Sur 31 ministres 15 sont de Cheick Modibo Diarra et de son clan, soit 12 ministres de l’ancien gouvernement et trois nouveaux de la Convergence pour sauver le Mali (CSM), avec des partis comme le CNID, la CODEM, le RDPM et YELEMA.

A ceux-là, on peut ajouter les 4 ministres du FDR. Au moment ou la COPAM, IBK-Mali 2012, le Coren, le Haut Conseil islamique ont chacun un ministre, les militaires s’en sortent avec 4 postes ministériels. En définitive, on est loin de ce qu’on peut appeler un gouvernement d’union nationale. Une chose est sûre le général Moussa Traoré, aujourd’hui plus que hier est présent sur l’échiquier politique par personnes interposées. Ce qui devrait interpeller le mouvement démocratique dans son ensemble.

Assane Koné

Le Républicain du 24 Août 2012