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En Guinée-Conakry, même si l’histoire ne se répète pas, elle bégaie comme dirait le Pr. Joseph Ki-Zerbo. Quelque 24 ans après la mort du président Sékou Touré, les militaires guinéens ont remis ça en déposant avec élégance le cadavre de leur chef d’Etat Lansana Conté, lequel a oublié de se réveiller le mardi 22 décembre au petit soir, semble-t-il.

Au terme de la Constitution guinéenne, c’était le président de l’Assemblée nationale, Aboubacar Somparé, qui devait assurer l’intérim du pouvoir en cas de décès ou d’empêchement majeur du chef de l’Etat. Mais comme en 1984 (26 mars), au moment de la mort de Sékou Touré, les militaires n’ont pas attendu le bon fonctionnement des institutions et ont fait irruption sur la scène politique pour s’emparer du pouvoir par la force.

La mort de Lansana Conté était attendue depuis au moins 3 jours puisqu’il était entré dans un coma profond depuis le jeudi 18 décembre 2008. On avait alors craint un scénario à la togolaise qui aurait permis à un fils du général, notamment celui qui est officier dans l’armée guinéenne, de succéder à son père.

Cela ne s’est certes pas produit, mais le peuple de Guinée ne s’est pas moins réveillé avec une gueule de bois en apprenant le lendemain qu’un capitaine avait pris le pouvoir. Un officier subalterne a donc succédé à un autocrate de luxe. Mais cette situation n’augure rien de bon quand on sait que le promu n’est qu’un capitaine et que l’armée guinéenne regorge d’officiers supérieurs qui accepteraient mal ce fait accompli.

On ne connaît pas encore la réaction officielle de la classe politique, mais tout porte à croire que les partis politiques, dans leur ensemble, doivent condamner fermement ce coup de force même s’il y a beaucoup de chose à leur reprocher dans la lutte contre l’autocratie, notamment leur complaisance à l’égard du défunt régime.

Les démocrates et les républicains de toutes les tendances qui sont sous nos cieux et qui croient encore que les coups d’Etat sont terminés doivent revoir leurs analyses après ce qui s’est passé en Mauritanie en août dernier et maintenant en Guinée.

Les armées africaines, malgré l’avènement de la démocratie, n’ont pas renoncé à l’exercice du pouvoir politique. Elles se croient même plus prêtes à cela qu’à la défense de la patrie ou du territoire national. Dès qu’on nomme un officier supérieur chef d’état-major ou aide de camp celui-ci se met tout de suite à croire à son destin national.

Nos officiers, après avoir disjoncté un moment avec ce vieux rêve (après 1991) l’ont repris. Ils ne croient plus que la gloire d’un officier est sur le champ de bataille, mais plutôt sur la scène politique où ils courent après les rôles politiques que les civils leur attribuent par crainte du putsch parce que chaque officier dans les allées du pouvoir civil guette en permanence les défaillances de celui-ci pour se mettre en selle.

Que l’armée reprenne (ou confisque) le pouvoir en Guinée n’a rien de surprenant parce que le régime de Lansana Conté devait sa solidité et sa survie au soutien musclé des forces armées et de sécurité. En outre la faible organisation de la société civile avait permis au clan de Lansana Conté de s’implanter en profondeur dans la société, au point de paraître indéboulonnable même après la mort de son chef.

Le rôle de la classe politique des pays africains, après les événements de Mauritanie et de Guinée, est d’arriver à faire comprendre à leurs armées que la gloire de celles-ci se trouve dans la caserne et non sur l’arène politique.

Yiriba

24 Décembre 2008