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Plus une tentative de putsch qu’un simulacre, assure-t-on à Conakry. Les jours à venir apporteront plus de clarté. Mais une certitude : il y a deux Alpha Condé désormais. Celui d’avant le 19 juillet 2011 et celui d’après.

Un veinard Alpha Condé ! Investi en décembre à l’issue des premières élections démocratiques de la Guinée en cinquante ans, il sort indemne de deux attentats contre sa personne, en moins de dix heures. La nuit du 19 juillet 2011, sa résidence privée de Kipé, dans la Commune de Ratoma, est attaquée à la roquette. Le président guinéen revenu la veille d’un voyage libérien s’y reposait. Puis commencèrent, dit-il, des tirs de 3h 15 mn à 5 heures du matin. L’heure à laquelle « les renforts sont arrivés ».

Le communiqué de la présidence, publié dans la matinée du mardi regrette la mort de Bakary Oulen Camara de la garde civile du président. Ainsi que des blessés : Batourou Doumbouya une dame « qui a reçu des balles dans les deux jambes », Moussa Makonon Condé (soldat de 2ème classe) et Lonceny Konaté (brigadier) de la garde présidentielle ».Le même communiqué de la présidence guinéenne, déclare que les assaillants sont « venus dans trois 4×4… munis de roquettes, de fusils à lunette, de jumelles, de gris-gris et les incontournables Pmak.».

La piste Peul

Grand seigneur et sans doute croyant le danger conjuré, Alpha Condé s’adresse à la nation : « Je ne veux pas de réactions populaires… Laissez l’Armée et les forces de l’ordre faire leur travail. Je vous prie de vaquer à votre travail. S’il y a des gens qui veulent développer la haine en Guinée, nous ne devons pas les suivre. La Guinée, c’est un seul pays ». Mais nouvelle attaque vers 12h30, selon le président lui-même. Au moment où il est en train de montrer les impacts de balle à des visiteurs français dont l’ambassadeur Jean Graebling, un second groupe d’assaillants déclenche des tirs. « Le Plan B » en somme, commente un témoin occulaire du site Guinée 24, proche du président. Ce groupe sera neutralisé avec à sa tête, un officier connu de tout Conakry : le Commandant Sidiiki Camara alias De Gaulle.

Concernant les assaillants de l’aube, le communiqué de la présidence révèle l’arrestation de deux militaires « dont un certain OK ». Ces deux militaires sont détenus au camp Samory pour des soins. Un officier du nom d’Alpha Ousmane Barry, connu sous le sobriquet d’AOB, serait, selon les services présidentiels celui qui a « dirigé l’attaque »… Plus tôt, la nouvelle de l’arrestation du général Nouhoun Thiam s’était répandue dans la ville comme une traînée de poudre. Cet ancien chef d’Etat major limogé en 2009 par Dadis avant d’être réhabilité par Sékouba Konaté nommé depuis haut représentant des Forces Africaines en attente est arrivé le 16 juillet dernier à Addis après une tournée qui l’a conduit en France, au Canada, au Congo et en Guinée Equatoriale.

Nouhoun Thiam, oncle de Tibou Camara, le puissant secrétaire général de la présidence sous Sékouba Konaté, sera aussitôt débarqué à l’investiture d’Alpha Condé et remplacé par un autre général : Kelefa Diallo alors commandant de la 3è Région militaire à Kankan. Des informations plus précises indiquaient, dans l’après-midi d’hier, que le Général Nouhoun Thiam aurait été arrêté par un commando dirigé par Claude Pivi, Moussa Tiegboro Camara et Sekou Resco, gouverneur de Conakry.

Il a été « conduit au Peloton mobile No 3 de la gendarmerie de Matam » en compagnie de quatre autres militaires, pour être entendu, croit savoir Guinéenews. Même si Cellou Dalein Diallo, absent de Conakry comme Sidya Touré, a condamné sans ambages l’attentat, « l’atmosphère à Conakry est tendue et nous craignons le retour des vieux démons », redoute un leader de la société civile guinéenne. Tant que ça ? Le pays malinké est indigné « par ce coup » très tôt dénoncé » sur Radio Kankan.

La piste des officiers mécontents

Les habitants de Conakry restent autant que possible chez eux. Les leaders associatifs et religieux se sont pressés d’aller voir le président pour lui exprimer leur soutien. Mais le risque, prévient un haut fonctionnaire Peul, est que la communauté Peul soit stigmatisée. Car au moins deux officiers supérieurs dont l’arrestation est annoncée sont de cette ethnie.

Qui est aussi celle de Cellou Dalein Diallo, l’irréductible opposant qui presse pour les législatives. Tout comme celle de Moctar Diallo, ancien ministre de la transition, icône des manifestations de janvier-février 2007 contre Lansana Conté et président de parti qui n’hésita pas, il y a quelques jours, à trouver Alpha Condé en deçà et de Lansana Conté et de Moussa Dadis Camara. Si cette piste est retenue, alors ce sera « le retour des vieux démons », déplore un analyste averti de la politique guinéenne. Et cela, à son avis, ne laissera guère d’autre choix que l’autodéfense.

On n’en arrivera peut-être pas là. Car les griefs ne manquent pas dans l’armée, notamment dans le rang des officiers supérieurs. « Alpha Condé a fermé les robinets et cela remet en cause bien des situations de rente, y compris chez les généraux », selon un des spécialistes commis pour la réforme de l’armée guinéenne du temps de Sékouba Konaté. Une source de frustrations. Le président guinéen, lui-même, reconnaît que ses mesures ont sevré des officiers qui faisaient illégalement fortune. De toutes les façons, la Guinée « n’est pas encore sortie de l’auberge », se lamentaient plusieurs personnes interrogées hier à Conakry.

Adam Thiam

20 Juillet 2011.