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L’opposition guinéenne reste toujours tenace. Quarante- huit heures après la proclamation des résultats des législatives qui donnent le parti au pouvoir vainqueur avec 53 sièges sur 114, les leaders de l’opposition continuent de demander l’annulation pure et simple du scrutin. Pire, ils menacent de jeter leurs militants dans la rue si la Cour suprême ne rend pas un verdict en leur faveur. L’opposition veut-elle à nouveau mettre la Guinée sens dessus dessous ? Il faut bien le craindre. Si elle s’en remettait seulement à la Cour suprême, on aurait applaudi des deux mains. Car, elle aurait ainsi fait prévaloir l’esprit républicain. Mais mettre, comme elle le fait, le couteau sous la gorge de cette institution et lui dire de rendre un verdict qui lui est favorable, c’est faire preuve d’irresponsabilité. Quand on va à des élections, on doit savoir qu’il y a deux issues possibles : la victoire ou la défaite. Mais l’opposition guinéenne semble s’inscrire dans une autre logique. De fait, son attitude nous rappelle celle de l’ex-président ivoirien, Laurent Gbagbo, avec son fameux slogan : « On gagne ou on gagne ».

Cette opposition aurait pu tout simplement demander la reprise du scrutin dans les localités où il y a eu vraiment problème. Mais réclamer sa reprise entière semble, pour le moins, fort de café !

L’opposition guinéenne donne ainsi l’impression de vouloir coûte que coûte remporter ces élections avec pour finalité, empêcher le président Alpha Condé de gouverner. En tout cas, sa position maximaliste ne l’honore pas ; loin s’en faut. S’il est vrai que les élections ont été entachées d’irrégularités, faut-il pour autant demander l’annulation du scrutin et la re-convocation du corps électoral ? N’est-ce pas trop demander ?

Cette opposition aurait pu tout simplement demander la reprise du scrutin dans les localités où il y a eu vraiment problème. Mais réclamer sa reprise entière semble, pour le moins, fort de café ! Annuler le scrutin voudrait dire qu’il y a effectivement des preuves irréfragables de fraudes massives dans tous les bureaux de vote. Et si c’est que l’opposition veut faire croire, encore faut-il qu’elle parvienne à le prouver.

On peut saluer la cohésion dont fait montre l’opposition, une cohésion sans laquelle toute alternance paraît impossible en Afrique

Il est temps que l’opposition guinéenne sorte de sa logique de « fanatisme » politique. Et puis, l’argument paraît un peu trop court. Si le pouvoir avait organisé des fraudes massives, il ne s’en serait certainement pas tiré avec ce score de 53 sièges seulement. L’opposition a, certes, selon toute vraisemblance, perdu les élections.

Mais son score est honorable. Plutôt que de s’éterniser dans cette posture de « je gagne ou je gagne », elle devrait, dès maintenant, travailler à mieux se préparer pour la présidentielle de 2015.

En tout état de cause, en matière de contentieux électoral, la rue ne devrait pas constituer une alternative. Du reste, dans tous les pays ou presque, où les hommes politiques ont eu recours à la rue au lieu de s’en remettre aux institutions habilitées, cela n’a jamais rien arrangé, bien au contraire. Des vies humaines ont été perdues. L’exemple kényan, en 2008, pour ne citer que celui-là, est illustratif à cet égard.

Autant il est nécessaire de se faire entendre quand on croit avoir été le dindon d’une farce électorale, autant il importe de savoir choisir les moyens appropriés pour avoir gain de cause.

Le ciel socio-politique guinéen est chargé de gros nuages. Chacun, à son niveau, qu’il soit du pouvoir ou de l’opposition, doit travailler à les dissiper. En tous les cas, il faut absolument éviter le syndrome kényan.
Si ces menaces de l’opposition sont une stratégie politique qui consisterait à mettre la barre haut, pour pousser la Cour suprême à proclamer des résultats définitifs justes et transparents, c’est tant mieux.

Car, il faut le souligner aussi, sous les tropiques africains, les Conseils constitutionnels ou Cours suprêmes ont montré leurs limites pour ne pas dire leurs faillites.

Au lieu de dire le droit, beaucoup d’entre eux ont choisi d’aller dans le sens des intérêts du pouvoir en place, au détriment de l’intérêt supérieur de la nation.

Cela dit, on peut, au passage, saluer la cohésion dont fait montre l’opposition, une cohésion sans laquelle toute alternance paraît impossible en Afrique. De fait, l’opposant Dalein Diallo aurait pu se contenter de ses 37 sièges mais il a préféré faire corps avec le reste de l’opposition. Dans tous les cas, la Guinée a besoin de grandir. Et la responsabilité de ses dirigeants politiques y est fortement engagée.

Dabadi ZOUMBARA

Publié le lundi 21 octobre 2013

Source : Le pays